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The Voice : Yoann Fréget "Il est bègue, il dort avec un doudou et mange avec les mains !"

Publié le 24 mai 2013

Pour France Dimanche, le gagnant de l’édition 2013 de The Voice s’est livré comme jamais.

Eh bien, voilà, c’est lui ! Lui le champion, lui le vainqueur de The Voice : Yoann Fréget, le Montpelliérain de 26 ans, coaché par Garou et dont la voix céleste a d’ores et déjà conquis la France entière. Mais la voix n’est pas tout. Si Yoann a finalement été sacré, c’est aussi parce qu’il a toujours fait preuve d’une volonté hors du commun et su relever les plus insurmontables défis qui se sont présentés à lui au cours de son existence. Car si l’on examine un moment son parcours et son personnage, comme ça, à froid, on se dit qu’au départ, ses chances de triomphe étaient bien minces, en dehors de son exceptionnel talent, bien entendu.

D’abord, pour l’emporter dans ce genre de compétition éprouvante, il est nécessaire d’avoir une solide maturité. Or, qui aurait parié sur celle d’un grand garçon qui avoue dormir toutes les nuits avec… un écureuil en peluche ? Bizarre ? Pas tant que cela, en fait : c’est tout simplement que Yoann adore la nature, et en particulier les écureuils. Il le disait encore, lundi dernier, juste après son couronnement, dans les colonnes du Parisien : « La nature me porte. J’aurais pu chanter toute ma vie pour les écureuils dans les forêts cévenoles, en me passant des autres. » Heureusement pour tout le monde, il n’en a rien fait : les écureuils y auraient certes gagné, mais nous aurions, nous, beaucoup perdu !

Moteur

Ensuite, si l’on veut se lancer dans une brillante carrière d’artiste international – et telle est bien son ambition, nous y reviendrons dans un moment –, il vaut mieux savoir se présenter sous son meilleur jour, si l’on veut être admis partout. Or, il n’est pas sûr que ce soit le cas d’un jeune homme qui avoue ingénument manger… avec les doigts ! Un rustre, Yoann ? Pas du tout ! Là encore, la chose s’explique aisément. Écoutons-le : « Je mange avec les mains, comme en Inde. » Car ce garçon des Cévennes est très attiré par les civilisations orientales, et en particulier celles de l’Inde justement, ceci expliquant cela. Du reste, il s’empresse de préciser, avec humour : « Mais il m’arrive de manger avec des couverts… ». Bon, dans ce cas, tout va bien.

Mais, bien entendu, le plus terrible handicap à s’être dressé entre Yoann et la consécration de samedi dernier, c’est son bégaiement. Enfin, ça, c’est qu’ont tout naturellement tendance à penser les gens qui ne bégaient pas. Car Yoann Fréget, lui, n’est pas loin de penser que son problème d’élocution, loin de le désavantager, s’est finalement révélé être un formidable moteur. Mais il a fallu du temps pour surmonter cette épreuve, comme il le confiait à France Dimanche, au début du mois d’avril : « Je bégaie depuis l’âge de 3 ans. À l’école, j’étais bon élève et, malgré mon bégaiement, je voulais toujours participer oralement [déjà l’envie et le besoin de lutter, de se lancer des défis, ndlr]. Les moqueries et le regard des autres étaient difficiles à vivre, mais je n’ai jamais baissé les bras, même si j’ai vécu le bégaiement comme un handicap jusqu’à l’âge de 19 ans. »

Bègue à 3 ans, donc. La question vient alors spontanément aux lèvres : Pourquoi ? Que s’est-il passé ? D’où est-il venu, ce handicap soudain ? La réponse tient en un mot : héritage familial. Mais, comme rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, avec Yoann, il se trouve que la personne qui lui a transmis ce fardeau lui a également fait découvrir le moyen de s’en débarrasser – et cette personne c’est son père. Son père, musicien et bègue !

Éric Fréget, 51 ans, a lui aussi été chanteur, dans un groupe baptisé ORL. Il avait à peu près l’âge qu’à son fils aujourd’hui, à l’heure de son triomphe. Lui aussi, étrange coïncidence, est devenu bègue à l’âge de 3 ans, quand il a dû être séparé de sa mère durant toute une année, parce qu’elle souffrait d’une grave maladie. Mais, lui, le père, en a énormément souffert, au point d’étouffer dans l’œuf une carrière artistique pourtant prometteuse, cette carrière qui s’ouvre désormais, un quart de siècle plus tard, devant son fils. « Attention, tient à préciser Éric Fréget dans le Gala de cette semaine, certes, j’endormais Yoann en lui faisant écouter mes propres compositions ou du reggae, mais je n’ai jamais cherché à réaliser mes propres rêves à travers lui. Je ne l’ai jamais poussé dans cette voie. »

Pas poussé, non ; mais initié, ce qui est bien mieux, beaucoup plus riche et durable. Ce que confirme d’ailleurs Yoann, également dans l’hebdomadaire : « Mon père a formé mon oreille. » Donc, lorsque le futur vainqueur de The Voice entame sa quatrième année, catastrophe : ses parents se séparent. Douloureusement frappé par cette situation qu’il ne peut évidemment pas comprendre, le petit Yoann contracte alors le même bégaiement que son père ! Seulement, lui, il a déjà cette arme à sa disposition, même s’il ne le sait pas encore : la musique, dont ce même père lui a transmis le goût, lui a révélé les mystérieux pouvoirs. Et ce qui, pour Éric, était réellement un handicap va se transformer chez Yoann en un formidable défi, un pari à gagner contre lui-même.

« Ce qui m’a sauvé c’est le gospel, que j’ai découvert avec la chorale d’Emmanuel Djob, nous expliquait-il en avril dernier. Il m’a permis de m’épanouir, de prendre confiance en moi : le fait de chanter en groupe m’a beaucoup aidé. Au point que, vers 18 ans, j’ai décidé de me mettre au défi en chantant a cappella [sans aucun accompagnement, ndlr] dans les rues de Montpellier ! » Car, lorsqu’il chante, son bégaiement disparaît dès les premières notes ! Les scientifiques disent que c’est normal, que le chant ne fait pas travailler la même partie du cerveau que la parole. Mais Yoann, lui, préfère attribuer cela à une sorte de « grâce », qui descendrait sur lui dès qu’il commence à donner de la voix…

Défi

Pourtant, à cette époque, le jeune prodige n’envisage pas encore nettement son avenir. Voyant à quel point le chant l’aide à surmonter son handicap, il décide de se lancer dans des études de musicothérapie à l’université de Montpellier. Afin de pouvoir, à son tour, aider les autres bègues, les faire profiter de son expérience et… de son savoir. L’appel de son art sera finalement le plus fort : il sera chanteur ! Le fait d’être, en 2011, pris comme choriste par le grand Stevie Wonder lorsqu’il est venu se produire à Monaco, le confirme dans son choix. Et, l’année suivante, après avoir longuement hésité, il finit par s’inscrire pour participer à l’édition 2013 de The Voice : on connaît la glorieuse suite…

Mais, dans l’esprit du vainqueur, ce n’est qu’un début ! Quand on lui demande comment il envisage la suite, ce qu’il aimerait faire maintenant, il répond le plus naturellement du monde qu’il aimerait bien faire un album avec Stevie Wonder ! Et le plus fort c’est qu’il est capable d’y arriver! Après tout, il n’en est pas à son premier défi. Lors de notre entretien, en avril, nous lui avions posé la question cruciale : « Pensez-vous pouvoir être The Voice ? » Yoann avait répondu : « Peu importe que je gagne ou pas. Ce que je veux c’est donner le meilleur de moi-même ! » Eh bien, c’est ce qu’il a fait, et c’est justement ça qui lui a permis de devenir The Voice !

Maintenant, en dehors de l’album avec Stevie Wonder, Yoann Fréget a un autre défi à relever : trouver la femme de sa vie. Car lui qui se dit peu intéressé par les amourettes sans lendemain avoue croire au grand amour, celui qui dure éternellement. Nul ne doute qu’il le rencontrera, et surtout pas lui. En attendant, il dort avec son écureuil en peluche.

Propos recueilli par Didier Balbec

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