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Thierry Redler : l'interview qui laissait entendre le pire...

Publié le 1 août 2014

Il y a un an, nous rencontrions Thierry Redler. Déjà, il nous faisait part de son immense mal de vivre.

Pour lui, Marc, dans  "Les filles d’à côté", c’est du passé ! Photographe, cinéaste, auteur de théâtre, il vit près de Paris où depuis la mort de son épouse, il élève seul Lou, 9 ans.

Le GPS du taxi peine à trouver la destination. Nous ne sommes qu’à une quinzaine de kilomètres à l’est de Paris, pourtant nous avons l’impression d’être perdus en pleine campagne. Après avoir trouvé de l’aide dans le voisinage, nous arrivons enfin à bon port. Comme indiqué sur le portail, la sonnette ne fonctionne pas.

Thierry Redler motoNous pénétrons dans la propriété où un chien nous accueille chaleureusement. Au bout d’un petit chemin de terre, on aperçoit une gigantesque maison dont la porte d’entrée est restée entrouverte en cet après-midi orageux. À l’intérieur, le propriétaire des lieux, au téléphone, nous invite d’un geste de la main à nous mettre à notre aise. Le temps qu’il raccroche, on admire son mini-studio photo installé dans un coin du salon.

« Peu de gens le savent, mais je ne suis pas que comédien », nous explique alors Thierry Redler, 55 ans. « En réalité, j’exerce beaucoup d’autres métiers, mais je n’ai jamais osé le dire avant aujourd’hui. Bien sûr, on me parle des Filles d’à côté… mais ça ne me gêne pas, ça m’amuse ! » Celui qui a incarné dans les années 90 Marc Malloy de la célèbre sitcom d’AB Productions (rediffusée actuellement en boucle sur TMC, AB1 et NT1) est également écrivain, photographe, producteur… et auteur. « J’ai écrit entre autres, sous un pseudonyme, des chansons qui sont devenues des tubes, mais je préfère garder ça secret. »

L’homme a également des talents de réalisateur, comme il l’a prouvé en 1998, avec un premier téléfilm, "La traversée du phare", salué par le public et la critique. Il y raconte son histoire sous forme de fiction. À 8 ans, Thierry perd sa maman. « Elle est morte dans mes bras d’une embolie pulmonaire, raconte-t-il. Je m’en veux encore de n’avoir rien pu faire sur le coup… Quant à mon père, après avoir souffert dans les camps nazis, il est parti vivre en Afrique. Je ne l’ai réellement connu qu’à partir de 11 ans. »

Thierry Redler portraitTroubles

Livré à lui-même, le jeune garçon traverse une passe difficile. « Je me suis notamment retrouvé en maison de redressement où j’ai découvert les drogues dures », avoue-t-il. Il s’invente alors un jumeau, dans l’espoir qu’on lui pardonne ses bêtises. Son seul recours ? Les médicaments, qu’il prend depuis qu’il est tout petit : « À 4 ans, on me donnait déjà des cachets pour dormir. Puis, à 8 ans, j’ai commencé les antidépresseurs après le décès de ma mère. Je ne savais pas à l’époque que l’on m’empoisonnait… Pour moi, c’est une drogue licite. »

Les médecins le déclarent bipolaire, avant de le diagnostiquer autiste Asperger – les personnes qui en sont atteintes sont souvent très intelligentes et ont une mémoire exceptionnelle, mais présentent certains troubles du comportement. «En ce qui me concerne, poursuit-il, je n’ai aucune émotion. Depuis le décès de ma mère, je ne ressens plus rien. Et heureusement ! Comment aurais-je pu supporter ma vie ? »

Plus étonnant, l’acteur ne ressent pas la douleur physique, comme il nous le démontre en écrasant une cigarette allumée sur le dos de sa main ! Cette absence de sensations ne l’a pas empêché de tomber amoureux. D’abord d’un mannequin allemand avec qui il a eu quatre enfants, âgés de 20 à 31 ans : trois garçons (Romain, Jim, Arthur) et une fille (Kim). Puis, vingt ans plus tard, de Delphine, l’autre femme de sa vie.

Hélas, après dix ans de bonheur, la mort vient de nouveau frapper à sa porte. Delphine, atteinte d’un cancer du sein, disparaît à l’âge de 38 ans. « Elle était la seule personne qui m’acceptait tel que je suis », regrette celui qui se retrouve seul responsable de l’éducation de leur fille Lou, 9 ans.

Thierry Redler théêtreCamisole

Lou, à qui il doit d’être toujours en vie. Sans elle, il aurait sans doute persévéré dans ses tentatives de mettre fin à ses jours. Comme lors de ce séjour à Sainte-Anne [centre hospitalier spécialisé en psychiatrie, à Paris, ndlr] où il a tenté de s’étouffer dans un sac plastique. Ou encore, lorsque, peu de temps avant la mort de Delphine, il s’est tiré une balle dans le ventre à l’aide d’un fusil.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, depuis qu’il a arrêté son traitement, Thierry a repris goût à la vie, malgré ses cicatrices : « J’ai retrouvé un sens à mon existence, et suivant les conseils d’un médecin, je me suis séparé de ma camisole chimique. Je me sens enfin revivre ! »

Du 8 au 31 juillet, il sera au Festival d’Avignon pour présenter À côté d’elle, une pièce dont il est le coauteur et le producteur. Accompagné sur scène de sa fille Lou et d’Alexandra Magin, il rend hommage à celle qui lui manque cruellement. « Mais vous savez, pour ma fille et moi, elle n’est pas décédée. Juste partie… Nous en avons la preuve ! », nous explique-t-il. Et à cet instant précis, le ciel s’est mis à gronder…

Philippe Callewaert

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