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Thierry Wilson : “Coccinelle a été le premier homme 
à devenir une femme”

Publié le 27 juin 2017

Dernier époux de l’artiste Coccinelle, à qui la Ville de Paris rend hommage,  son veuf  Thierry Wilson revient sur leurs vingt ans d’amour.

Malgré leurs quarante ans d’écart, Coccinelle et Thierry Wilson (Zize à la scène) se sont mariés en 1996 et ont vécu vingt ans d’amour, jusqu’à la mort de l’artiste, en 2006. La légendaire meneuse de revue fut la première à changer de sexe à l’état civil. Et la Ville de Paris lui a rendu un bel hommage public en donnant son nom à une promenade à Montmartre, le 18 mai dernier.

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Cette inauguration marque la volonté de la municipalité de poursuivre son combat en faveur des personnes transgenres, et c’est une première pour une capitale européenne. L’endroit n’a pas été choisi au hasard : il se situe à quelques pas du cabaret Madame Arthur, où se produisit à ses débuts notre petite Coccinelle… Et où elle eut son coup de foudre pour son troisième mari, Thierry Wilson.

Thierry Wilson incarne Zize, personnage déjanté
Thierry Wilson incarne Zize, personnage déjanté

France Dimanche (F.D.) : Quel âge aviez-vous lorsque vous avez rencontré votre grand amour ?

Thierry Wilson (T.W.) : J’avais 16 ans, et c’était au cabaret Madame Arthur, où Coccinelle était meneuse de revue. J’ai tout de suite été subjugué par sa féminité. Après le spectacle, surmontant ma timidité, je lui ai demandé de me dédicacer son autobiographie, qu’elle avait écrite à son retour en France grâce à Daniel Filipacchi. Quand elle a entendu mon accent du Midi, elle m’a dit : « J’adore Marseille », la ville où je suis né, en 1971. Plus tard, elle m’a déclaré : « J’aime tes yeux marron. Ce sont les yeux d’un enfant que j’aurais voulu adopter. Tu es le fils que je n’ai jamais eu. » Entre nous, ce fut un coup de foudre, malgré nos quarante ans d’écart. Nous avons emménagé ensemble à Montmartre et ne nous sommes plus quittés pendant presque vingt ans. Tous les médias et les animateurs se l’arrachaient, de Tournez manège ! aux Dossiers de l’écran, de Frédéric Mitterrand à Thierry Ardisson.

F.D. : Né dans un corps d’homme le 23 août 1931 à Paris, votre grand amour fut la première célébrité française à changer de genre à l’état civil.

T.W. : Oui, née Jacques Charles Dufresnoy, elle est devenue officiellement Jacqueline Charlotte Dufresnoy en 1958. Elle s’est fait opérer et est devenue un modèle, la figure de proue de toutes les associations transgenres. C’était une pionnière. Et si elle était parmi nous aujourd’hui, à cette inauguration, elle se battrait pour que le mot « transgenre » n’existe plus : une fois opéré, on devient soit une femme, soit un homme. Elle lutterait aussi pour le droit à l’indifférence, et contre les amalgames entre personne transgenre, et travesti ou transformiste de cabaret.

Coccinelle et Michou
Coccinelle et Michou

F.D. : Racontez-nous votre spectaculaire mariage, le 11 avril en 1996, à Marseille.

T.W. : C’est TF1 et France Dimanche qui l’ont financé ! Nous avons touché 100.000 francs. Elle disait que ça ferait un immense scandale à cause de nos quarante ans d’écart. Or Coccinelle adorait les scandales. Nous nous sommes dit « oui » sur le Vieux-Port, devant la Bonne Mère ! Dans la plus belle ville du monde ! C’est Jean-Marc Morandini qui a retransmis nos noces en direct dans Tout est possible. Pour l’état civil, il aurait été normal que Coccinelle devienne Mme Thierry Wilson. Mais il n’en fut rien. Elle s’était déjà mariée deux fois, dans les années 60. Et je suis devenu M. Coccinelle ! Nous avons ouvert ensemble le cabaret Chez Coccinelle, à Marseille. Nous y avons vécu très heureux, avec mon père, ma mère et ma meilleure amie Valérie, qu’elle disait être sa propre fille. On était sa deuxième famille. De mon côté, je suis devenu maquilleur professionnel en 1998. Le music-hall a toujours été ma passion, j’avais débuté comme transformiste chez Madame Arthur en 1989. Mais nous voulions désormais vivre à Marseille, après avoir visité le monde entier.

F.D. : Était-il facile de vivre avec une telle star ?

T.W. : C’était tout le temps Dynastie ! Glamour, paillettes et strass ! Coccinelle était toujours spectaculaire, et tellement belle malgré les années qui passaient. Elle détestait faire le ménage, mais adorait cuisiner… et déguiser ses maris. Elle avait une passion pour Marilyn Monroe, pour sa joie de vivre et le côté faux naïf de la « blonde ». Dans les années 50, elle s’était fait une silhouette à la Marilyn, avec lunettes et robe lamée bleu. Jean Amadou a d’ailleurs écrit à son sujet : « Si beaucoup la comparaient à Marilyn, ils oubliaient que la féminité de Marilyn lui était acquise. Peu de gens peuvent se targuer d’avoir infléchi autant son destin que Coccinelle : elle a modifié la décision de la nature, qui était irrévocable, et ce à une époque où les sacro-saints tabous n’étaient pas battus en brèche. Elle est la preuve que les apparences priment sur la réalité, et que ce qu’on ressent a plus de vigueur que ce qui existe. Elle a ouvert la porte à toutes celles qui l’ont suivie. » Elle m’a passé le relais, en m’aidant à créer mon personnage transformiste de Zize, lui aussi inspiré par Marilyn. C’est ma Marseillaise à moi : une caricature outrancière, à la fois cagole et bourgeoise. Au fil des années, je me suis inscrit moi aussi dans ce registre et je fais partie du paysage artistique français. À partir du 3 octobre, je me produirai à la Comédie-Caumartin : ce sera un one-maman-show délirant ! Et j’y referai le mariage du siècle.

Inauguration par Thierry Wilson de la promenade Coccinelle à Montmartre
Inauguration par Thierry Wilson de la promenade Coccinelle à Montmartre

F.D. : Racontez-nous vos dernières semaines passées ensemble.

T.W. : Elle me disait toujours : « Tu vas voir que je vais devenir vieille. » Après son second AVC, il y a eu des complications. Et elle est décédée à l’hôpital de la Timone, à Marseille, en octobre 2006. Jusqu’à la fin, elle me parlait de Marilyn, son modèle. Ses derniers mots auront été : « Oh ? Tu es là ? Il faut absolument que je change d’hôtel. Le service est déplorable. » Quelques minutes avant de mourir, elle m’a dit : « Je t’aime tant. » J’étais tout pour elle : son producteur, son imprésario, son secrétaire, sa nounou, son souffre-douleur, son confident… et accessoirement son mari !

F.D. : Coccinelle n’a jamais révélé le lieu où elle souhaitait que ses cendres soient dispersées. Pouvez-vous dévoiler ce secret ?

T.W. : Non, surtout pas ! Dans son testament, elle a écrit : « Je n’ai pas eu ma vie, comprenez que je souhaite qu’on me laisse ma mort. » Ses milliers de fans, ses admirateurs, ses amoureux, toutes celles et ceux pour qui elle était devenue une icône transgenre ne savaient où se recueillir. Désormais, ils pourront le faire sur l’allée Coccinelle ! Dans sa promenade et son jardin parisien, à Montmartre. Tout près du cabaret de Madame Arthur, où elle avait débuté en 1953, et où nous nous sommes rencontrés et aimés tout de suite.

Cédric Potiron

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