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Valérie Perrin : “Pour Claude Lelouch, j’ai tout quitté !”

Publié le 3 février 2019

La jolie quinquagénaire Valérie Perrin, vivant avec le réalisateur Claude Lelouch depuis douze ans, nous a reçus en exclusivité pour nous parler de son dernier livre et de l’homme de sa vie.

Pénétrer dans le refuge du couple que forment Valérie Perrin et Claude Lelouch à Montmartre a tout d’un film. À deux pas du Théâtre Lepic, l’ancien antre du cinéaste, désormais aux mains de sa fille Salomé, l’accès à cet étrange appartement circulaire dont la disposition en escargot, insolite, interpelle, se mérite. Après plusieurs petites portes passées en catimini et des escaliers en colimaçon, nous y voilà enfin ! Une cuisine ouverte, un bar, des canapés, un lit rond jonché de coussins, un piano et un écran géant ponctuent la visite. La vue panoramique sur tout Paris depuis l’immense terrasse nous rappelle que nous sommes bien sur la Butte… Magique !

Pour parler de son dernier livre, Changer l’eau des fleurs (Albin Michel), tout juste couronné par le prix Maison de la presse, Valérie aurait pu nous recevoir dans un café ou chez son éditeur comme cela se passe généralement. Eh bien, non ! C’est dans ce lieu si intime, propre à faire rêver tous les cinéphiles, débordant de photos et de souvenirs de tournages, qu’elle nous met vite à l’aise, proposant, après les embrassades, un café et une part de gâteau. La ravissante compagne de Lelouch, 51 ans, nous intrigue car il faut forcément posséder une part d’ombre pour écrire une histoire dont la trame se déroule dans un cimetière. Décidément, les écrivain(e)s sont des êtres insondables…

France Dimanche : Comment cette idée étrange vous est-elle venue ?
Valérie Perrin : Ce roman a bizarrement pris forme alors que j’accompagnais Claude sur la tombe de ses parents à Auberville, dans le Calvados. Je me suis interrogée sur ce que pouvait être le métier de gardienne de cimetière. Très vite, j’ai eu l’envie d’en faire un livre. Mon héroïne, Violette, serait une femme vivant seule après le départ de son mari…

FD : Vous réussissez à dépeindre un univers plein de fantaisie, presque onirique, qui évoque les films de Jean-Pierre Jeunet…
VP : Oui, on me l’a souvent dit. Mais je décris aussi les réalités d’un milieu que j’ai appris à connaître. Je n’ai pas rencontré de gardiens de cimetière, mais un responsable de pompes funèbres et aussi un fossoyeur, un personnage si extraordinaire que j’ai tenu à le mettre dans mon livre. Celui que j’ai appelé Nono m’a raconté des histoires incroyables, où le pire côtoie le plus beau. Il y a des gens qui se tapent dessus devant un cercueil qu’on met en terre pour des conflits d’héritage. Mais aussi ces lettres passionnées déposées sur les pierres tombales. J’aurais pu écrire dix volumes avec tout ce qu’on m’a raconté. Ça m’a fascinée…

FD : J’imagine que Claude est votre premier lecteur ?
VP : Oui. Pour Changer l’eau des fleurs, j’ai attendu d’en être à la moitié avant de lui faire lire. Ensuite, je lui donnais chapitre par chapitre. Son avis compte tellement pour moi. Bien sûr, il ne peut s’empêcher de penser déjà à une adaptation cinématographique, déformation professionnelle oblige !

FD : C’est en projet ?
VP : Oui, bien sûr. Mais, avant de me mettre à écrire le scénario, je me réserve un peu de temps, car le livre va être traduit à l’étranger, notamment aux États-Unis. Ce qui peut donner lieu à des collaborations. On ne sait jamais ce que réserve la vie !

FD : Vous avez coécrit plusieurs scénarios avec Claude Lelouch ?
VP : Oui, Les plus belles années, Chacun sa vie, Un + une et Salaud, on t’aime, ses quatre derniers films. On adore ce travail à quatre mains. Mais chacun a ses rituels. Moi, je m’installe toujours sur le même fauteuil devant la terrasse pour voir les chats passer, avec mon ordinateur sur les genoux, quand Claude, lui, ne peut s’empêcher d’aller d’un canapé à un autre. Il déborde d’idées. C’est un vrai passionné…

FD: Comment vous êtes-vous rencontrés ?
VP : D’une drôle de façon, à vrai dire. Digne d’un roman, en tout cas ! J’ai toujours admiré ses films, et tout particulièrement la période d’Édith et Marcel. Il m’arrive souvent, quand un artiste me touche, de lui envoyer quelques mots pour le féliciter, comme je l’ai fait dernièrement avec l’auteur du Goncourt, Nicolas Mathieu. Avec les réseaux sociaux, c’est tellement facile ! Pour Claude, je lui ai écrit une lettre, à l’ancienne. Je l’ai donnée à une amie commune qui s’est chargée de la lui remettre. Je n’en attendais rien. C’était juste pour lui dire ce que je pensais de son cinéma, en lui expliquant combien ses films me touchaient. Quand il a cherché à me voir, j’ai été très étonnée. Il m’a dit n’avoir jamais reçu une lettre qui parlait aussi joliment de son travail. Après cette première rencontre, ç’a été comme une évidence. Entre nous, tout est allé très vite. J’ai quitté ma vie bien rangée de mère de famille en province pour m’installer chez lui, ici, à Montmartre.


FD: Entre vous, c’est fusionnel, on dirait ?
VP : Oui. Nous partageons tellement de choses. Le fait que je sois devenue sa coscénariste nous lie encore plus. Je suis aussi sa photographe de plateau. Nous échangeons des idées en permanence. C’est un processus créatif où l’on se nourrit chacun l’un de l’autre…

FD : Vous l’admirez beaucoup ?
VP : Oui, il me bluffe toujours autant. Son énergie incroyable, sa curiosité de tout – il passe des heures devant les chaînes d’info – et sa passion sans bornes pour le cinéma en font un être à part. À 81 ans, il repousse sans cesse ses limites. Partir tourner en Inde Un + une a constitué un véritable défi. Même s’il y a toujours un scénario très bien cadré, certaines scènes entre Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont été totalement improvisées sur place, au milieu du chaos des rues de Bombay. Et puis, il a aussi envie de transmettre son art aux jeunes générations. Dans son école de cinéma à Beaune, il forme une poignée de talents prometteurs. Pour la sélection de ses poulains, il reste ouvert à tout, il faut juste lui envoyer une vidéo. Ça lui suffit à détecter un potentiel. Le septième art, c’est toute sa vie.

FD : Vous vous retrouvez à la tête d’une grande famille recomposée…
VP : Oui et je peux vous dire que ce n’est pas évident de réunir tout le monde. Nous y sommes tout de même parvenus pour les 80 ans de Claude l’année dernière. C’était très émouvant. Il y avait ses sept enfants, ses six petits-enfants, sans oublier ma fille et mon fils… Une vraie tribu !

FD: Sans compter les piliers du clan Lelouch…
VP : Oui, dans la vie de Claude, il y a des fidèles qui lui sont indispensables. Hélas, certains l’ont quitté récemment, comme Francis Lai, qu’il considérait comme son frère et dont la disparition l’a beaucoup affecté. Heureusement, ses deux acteurs fétiches, Anouk Aimée, qui habite à côté, à Montmartre, et que nous voyons très souvent, et Jean-Louis Trintignant, toujours éblouissant au théâtre à 88 ans, continuent de l’inspirer. La nouvelle suite d’Un homme et une femme, dont il vient d’achever le tournage, s’annonce vraiment bouleversante…

Sophie MARION

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