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Vanessa Paradis : Joe le taxi était une femme !

Publié le 19 mars 2019

Maria-José, qui inspira à Étienne Roda-Gil le tube de la Lolita, s’est éteinte à l’âge de 64 ans.

Tous ceux qui ont regardé un jour le clip du tube sorti en avril 1987 gardent en tête l’image d’un chauffeur noir, au volant d’une des nombreuses voitures jaunes lancées sur le bitume new-yorkais. Un cliché trompeur, car le vrai modèle de Joe le taxi, la chanson qui lança la carrière d’une gamine de 14 ans, Vanessa Paradis, n’était pas un homme mais une femme, et ne roulait pas dans les artères de la Grosse pomme mais dans les rues parisiennes. Elle s’appelait Maria-José Leaos Dos Santos et s’est éteinte sans faire de bruit, succombant à un cancer le 3 mars dernier, à l’âge de 64 ans.

Si elle n’a jamais rencontré la chanteuse qui l’a, à sa façon, rendue célèbre, ce personnage, fasciné par le monde de la nuit et avide de rencontres, aura été proche d’Étienne Roda-Gil, lui aussi disparu, en 2004. 

Un soir, ce célèbre parolier qui fit le bonheur de tout le show-biz hexagonal, de France Gall à Claude François, en passant par Johnny et Barbara, monte dans le taxi de cette femme. Et le courant passe tout de suite entre le fils d’exilés politiques espagnols ayant fui la guerre civile et l’immigrée portugaise, qui s’était retrouvée au volant d’une Opel blanche presque par hasard, après avoir accumulé les petits boulots, aussi abrutissants que mal payés, dans les années 70, gardant entre autres des enfants pour apprendre le français. Elle aussi était venue en France pour échapper à une dictature, celle de Salazar, pour s’installer avec sa sœur dans les Yvelines.

Son client a d’abord dû être surpris de tomber sur une femme, car si la première à conduire un taxi, madame Decourcelle, a ouvert la voie dès 1908, ces dames ne représentent encore aujourd’hui que 5 % des chauffeurs. Sa forte personnalité, son look de garçonne bien charpentée et son sens de la repartie piquent la curiosité de l’amoureux des mots, qui décide d’en faire son chauffeur attitré après les soirées arrosées. Et lorsqu’elle se raconte, Étienne tend l’oreille. Cette femme, heureuse de transporter les célébrités comme les anonymes, fait de chaque trajet un voyage intime, un tête-à-tête avec ses passagers. Toujours coiffée d’un chapeau – dont elle possède une imposante collection –, cette figure noctambule de la capitale évoque, devant Roda-Gil, les clubs lesbiens qu’elle fréquente – elle qui fut danseuse topless – et toutes les adresses interdites ou inconnues figurant à son répertoire.

C’est là que, entre un mambo et un verre de rhum, elle se liera d’amitié avec Elula Perrin, alors patronne de discothèque, qui lui fera connaître les vedettes fréquentant ses établissements. Des épisodes qui inspireront au parolier ces quelques lignes : « Son saxo jaune connaît toutes les rues par cœur. Tous les petits bars. Tous les coins noirs. » Et à la fin d’une course, Étienne se lance : « Ça ne te dérange pas si j’écris une chanson sur ta vie ? » Et Joe de rétorquer par un « non » lapidaire. L’histoire était en route, et le seul embouteillage dans cette affaire aura été celui provoqué par les acheteurs du disque de la Lolita de la variété française, écoulé à plus de 3 millions d’exemplaires.


Trente-deux ans plus tard, Maria-José s’est pour toujours rangée des voitures. Et si elle ne s’est jamais exprimée dans les médias, Johanne, sa compagne, a parlé dans les colonnes du quotidien Le Parisien de la pointe d’amertume qu’éprouvait son amie défunte envers la gracile blondinette : « On devait aller à l’un de ses concerts pour la première fois, a-t-elle expliqué. Depuis qu’elle était malade, Joe était un peu remontée. Elle disait : “Après tout, Vanessa me doit bien une partie de son succès.” Je vais lui réclamer une compensation en lui demandant de faire un don de 10 000 euros à une association ! Finalement, elle n’en aura pas eu le temps. » L’ex de Johnny Depp sera peut-être émue en apprenant cette nouvelle, et qui sait si elle ne réalisera pas l’ultime vœu de cette inconnue à laquelle son destin restera pourtant, quoi qu’il arrive, à jamais lié…

En attendant, espérons que les paroles inspirées par son parcours à Étienne Roda-Gil aient été prémonitoires « Vas-y Joe / Vas-y Joe / Vas-y fonce / Dans la nuit vers l’Amazone », et souhaitons-lui bonne route pour sa course ultime…

Claude LEBLANC

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