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Vatican : 50 nuances de gays !

Publié le 13 mars 2019

Une très sérieuse enquête de quatre ans au sein de la cité-État met en lumière la présence considérable d’homosexuels aux commandes de l’Église catholique.

Avis de tempête sur le clocher ! De scandales en procès, l’Église catholique vit sans doute l’un des pires moments de sa longue existence. Dernière affaire en date ? Celle concernant l’ambassadeur du pape en France, monseigneur Luigi Ventura, visé par une plainte pour « attouchements ».

Selon la victime, un jeune cadre de la Mairie de Paris, les faits se seraient produits le 17 janvier dernier, lors de la traditionnelle cérémonie des vœux organisée par Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville. Un comportement déplacé dont le nonce apostolique serait coutumier. De nombreux jeunes hommes ont en effet confié au journal La Croix avoir subi des assauts similaires de la part de l’envoyé du saint-père, allant jusqu’à le comparer à un « frotteur du métro ».


Autre affaire qui a fait grand bruit, la révocation par le Vatican, le 16 février, de l’ancien cardinal américain Theodore McCarrick, accusé d’actes pédophiles. C’est la première fois dans l’histoire qu’un cardinal est réduit à l’état laïc pour abus sexuels. 

Faut-il y voir la volonté d’un pape déterminé à remettre de l’ordre dans sa bergerie ? Il semblerait en effet que François veuille faire changer les choses. Les agressions sexuelles commises par des hommes de robe, mais aussi la responsabilité du clergé qui, par son silence, a couvert ces crimes, ont d’ailleurs fait l’objet du sommet d’évêques du monde entier, qui a eu lieu du 21 au 24 février à Rome.

Et c’est dans ce climat plus que tendu qu’une nouvelle bombe a éclaté, le 21 février. Sodoma, enquête au cœur du Vatican (chez Robert Laffont) est le titre de la passionnante investigation qu’a menée durant quatre ans, le journaliste Frédéric Martel.

L’ouvrage fait la lumière sur les rouages secrets de ce monde à part, où le sacré côtoie le péché, où les apparences sont plus trompeuses qu’ailleurs. Pour l’auteur, ouvertement homosexuel, aucun doute : le Vatican, c’est 50 nuances de gays !

Déjà en 2014, le pape François dénonçait ces prélats qui : « se créent un monde parallèle où ils mettent de côté tout ce qu’ils enseignent sévèrement aux autres et commencent à vivre une vie cachée souvent dissolue. » Qui visait-il ?

D’après Martel, ce sont les plus hauts dignitaires du Vatican, souvent à l’avant-garde des luttes morales menées par l’Église, qui seraient soit des gays, soit des homosexuels refoulés. Sur quoi l’auteur, qui lui-même préfère les hommes, base-t-il cette assertion ? Tout remonte à sa rencontre, en 2013 avec Francesco Lepore, alors prêtre et traducteur de Benoît XVI. Celui-ci avoue au journaliste être gay et mener une double vie, comme la plupart des prélats entourant le saint-père. Intrigué, l’enquêteur veut en savoir plus. Il s’arrange pour croiser d’autres prêtres qui lui confirment ces propos, et finit par s’installer à Rome pour être au plus près de son objet d’étude. Il interrogera en tout 1 500 ecclésiastiques, dont 41 cardinaux et 52 évêques avant de parvenir à cette conclusion édifiante : depuis des années, le Vatican, qui n’a cessé de condamner – parfois très sévèrement – l’homosexualité, est un royaume gay !

Comment l’auteur s’y est-il pris pour obtenir ces confidences? Martel s’en est expliqué dans une interview accordée au Point : « Des prêtres ou des évêques étaient ouvertement gays avec moi parce qu’il y a une relation amicale, voire de séduction. On se fait beaucoup draguer au Vatican. » 

L’autre question qui s’impose est pourquoi ces hommes ont-ils choisi de devenir les serviteurs de Dieu plutôt que de vivre pleinement, et sans doute avec plus de bonheur, leur homosexualité ? Simplement parce qu’ils n’avaient pas d’autre refuge que l’Église. En effet, si l’orientation sexuelle d’un individu est moins un problème aujourd’hui, ce n’était pas le cas dans l’Italie très croyante d’avant les années 2000. Entrer dans les ordres apparaissait alors comme la seule issue : « Vous vous retrouvez entre garçons, vous mettez des robes, votre mère trouve que c’est une bonne solution car elle a compris votre secret, et les copains d’école qui vous faisaient de mauvaises blagues vous prennent pour un saint », écrit Martel. 

Et comment ces prélats qui, rappelons-le, ont fait vœu de célibat, voire de chasteté, s’arrangent-ils avec leur conscience ? Plus ou moins mal. Certains respectent leur engagement mais n’en demeurent pas moins « façonnés » par leur sensibilité gay, tandis que d’autres, à l’instar de ce très proche collaborateur du pape, très mal à l’aise avec leur différence, se punissent en s’infligeant de violents châtiments physiques. Certains vivent avec leur partenaire « leur assistant ou beau-frère », tandis que d’autres encore font appel à des escorts, payés sur les deniers du Vatican, ou bien fréquentent des prostitués issus des quartiers sordides de Rome. 

« Plus on monte dans la hiérarchie plus on trouve d’homosexuels. Ils se cooptent parce qu’ils se méfient des hétérosexuels », affirme encore Martel. 

Les papes ont eux aussi leur part d’ombre dans l’histoire. Hormis François, le premier à avoir révélé « l’hypocrisie du système », Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, que l’auteur dépeint comme un « dandy homosexualisé », auraient encouragé cette perversion consistant à s’ériger en modèle de vertu, alors que l’on pratique dans l’intimité ce que l’on condamne publiquement. 

En effet, comme l’explique l’auteur, si ces trois papes n’ont sans doute pas rompu leurs vœux, leur entourage était « truffé d’homosexuels pratiquants ». C’est même un véritable « anneau de luxure » qui s’est mis en place autour du Polonais Karol Wojtyla, dont le pontificat a été marqué par l’offensive en bonne et due forme de l’Église contre les gays. Ces derniers constituaient pourtant la grande majorité de la garde rapprochée de Jean-Paul II, tels ces deux cardinaux confondus dans une sordide affaire de prostitution… Corruption, jalousies et polémiques, dans ce petit royaume où chacun se dispute le pouvoir, tous les coups sont permis, comme le déplore l’auteur : « En toile de fond de ces intrigues se cachent tant de haines recuites, de médisances, de rumeurs et parfois d’histoires d’amour, de liaison et de ruptures amoureuses anciennes qu’il est difficile de démêler les problèmes interpersonnels des véritables questions de fond. »

C’est aussi durant le pontificat de Jean-Paul II qu’ont éclaté des scandales sexuels, telle l’affaire Karadima, au Chili. Ce prêtre impliqué depuis 1984 dans de nombreuses agressions pédophiles sera longtemps couvert par sa hiérarchie, malgré les preuves accablantes de sa culpabilité. Ce n’est qu’en septembre dernier, par décret du pape François, que Fernando Karadima a été démis de l’état clérical et renvoyé de toutes ses fonctions.

Tout l’intérêt de cette incroyable enquête est de ne pas assimiler homosexualité et pédophilie. Les prêtres gays ne sont pas tous, loin s’en faut, pédophiles. Mais, et c’est toute l’hypocrisie du système en place, étant homosexuels, actifs ou refoulés, et vivant donc, ou croyant vivre, « dans le péché », ils auraient, de peur d’être dénoncés, « couvert » les agissements pervers de certains de leurs pairs : « Les prêtres pédophiles utilisent les informations dont ils disposent sur la hiérarchie catholique pour se protéger. C’est une forme de pression ou de chantage. Les évêques qui ont eux-mêmes des relations homosexuelles sont contraints de se taire pour éviter que leur propre homosexualité ne soit découverte », plaide Martel. 

« Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » s’interrogeait en juillet 2013 le pape François. Déterminé à trancher avec ses prédécesseurs et en finir avec le mensonge qui a si longtemps fait loi au Vatican, le saint-père parviendra-t-il à assainir ces écuries d’Augias ? Il est des signes, comme ces récentes condamnations par l’Église de prêtres ayant perpétré des agressions sexuelles, qui peuvent en tout cas permettre de l’espérer…

Lili CHABLIS

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