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Véronique Jannot : Tabassée dans le RER !

Publié le 7 février 2014

Ces minutes� tragiques où les coups destructeurs de trois malfrats l’ont percutée au cœur de son intimité ne sortiront jamais de sa tête.

C’est le spectre qui hante plus ou moins toutes les femmes, le cauchemar, hélas bien réel, dans lequel elles redoutent de plonger un jour. Elles le redoutent d’autant plus qu’elles savent bien, plus ou moins consciemment, que même lorsque le cauchemar semble fini, on n’en sort jamais vraiment. Il continue à revenir vous détruire, encore et encore. Certaines, bien sûr, plus optimistes ou plus inconscientes, n’y pensent jamais. Hélas, cela ne les met nullement à l’abri d’en devenir les victimes.

C’est ce qu’a compris, un soir, Véronique Jannot. Faisait-elle, avant le drame, partie de celles qui tremblent ou de celles qui préfèrent ne pas voir le danger ? On n’en sait rien, et ce n’est pas cela qui compte : l’important est que, soudain, la tragédie a fondu sur elle. De quoi parlons-nous ? De la violence ; de l’agression barbare ; des coups et de la souffrance. Toute femme qui, un soir, dans le métro ou une ruelle déserte, s’est trouvée seule face à deux ou trois hommes déterminés à la détruire peut en témoigner : même si, par « chance » on en réchappe, on ne s’en remet jamais vraiment : toujours, chevillée au corps et à l’âme, il y aura cette peur terrible que « ça » recommence ; que le cauchemar revienne la saisir pour, en quelque sorte, achever le travail.

Cover 3519Pour Véronique Jannot, tout avait commencé de la façon la plus banale. Après avoir dîné avec un ami très cher, elle monte dans le RER qui doit la ramener à Enghien. Il est tard, les passagers sont rares ; des solitaires pour la plupart, mais aussi un ou deux couples ; quelques-uns ont les yeux fermés, prenant une petite «avance » sur leur nuit…

Piège

Soudain, trois hommes montent dans le wagon. Ils sont jeunes et parlent un peu trop fort. Leur dégaine n’inspire pas confiance, mais Véronique se morigène : l’habit ne fait pas le moine. Pourtant, prudente, elle fait mine de s’absorber dans la contemplation de son reflet, que lui renvoie la vitre teintée, à sa droite, afin d’éviter de croiser leurs regards. Hélas, c’est peine perdue. Lorsque l’un des voyous, mal rasé, chapeau sur la tête, s’assoit en face d’elle, un autre à sa gauche et le dernier sur la banquette juste derrière elle, elle comprend que le piège est en train de se refermer.

Ce qu’ils veulent de cette femme seule et sans défense ? C’est malheureusement facile à deviner… Dans un premier temps, malgré la peur qui la tenaille, Véronique tente de les calmer, de les amadouer, pour échapper à son terrible destin. Elle n’y échappera pas. Quand ils comprennent que la jeune femme qu’ils serrent de près n’est pas disposée à leur accorder de son plein gré ce qu’ils exigent d’elle, une rage destructrice les embrase. Ce qu’ils ne peuvent avoir, ils vont le détruire.

Les coups se mettent à pleuvoir sur la malheureuse Véronique. Ses tibias se mettent à enfler, ses vertèbres encaissent douloureusement les coups de pieds, assénés avec des rugissements de fauves ivres de sang par ses agresseurs. Deux de ses dents volent en éclats. Mais le pire, peut-être, c’est que malgré ses hurlements de douleur et ses supplications, aucun des passagers ne tentera de lui venir en aide ! Chacun, dans son coin, fait mine d’être brusquement devenu sourd et aveugle. Sur la jeune martyre les coups pleuvent de plus en plus violents.

Calvaire

Enfin, après un calvaire qui a lui semblé durer des heures, des jours même, Véronique connaît la seule délivrance encore à sa portée : elle sombre dans le coma. Ce drame, la comédienne ne l’a pas réellement vécu, fort heureusement. Mais ce n’est pas non plus que du cinéma, comme elle vient de le révéler dans Télé Poche. Cet épisode traumatisant s’est déroulé en 1982, lorsqu’elle tournait, au côté de Gérard Lanvin, le film de Jean-Claude Missiaen, Tir groupé. Au début de l’histoire, son personnage vit exactement ce qu’on vient de raconter, au point d’en mourir !

« Cette scène où les trois voyous me tuent dans le RER reste mon pire souvenir de tournage, se souvient la comédienne. Le metteur en scène n’avait pas jugé bon d’avoir recours à un régleur de combats, tout a été fait n’importe comment et j’ai passé la journée à me faire tabasser, à m’esquinter les vertèbres, à me déglinguer les tibias. J’ai eu deux dents cassées ! » Sans ambiguïté, Véronique Jannot rejette la faute de ce qu’elle a subi sur Missiaen, imprévoyant « par manque d’expérience et d’intelligence ».

Mais elle souligne que les trois « voyous » se sont montrés, eux, adorables, pour tenter de se faire pardonner ce qu’ils étaient bien obligés de lui faire subir ! Les voyous en question étaient Roland Blanche, trop tôt disparu, Dominique Pinon et Jean-Roger Milo, tous trois excellents acteurs. Mais, justement, le fait qu’ils jouent à merveille, qu’ils entrent à ce point dans leurs rôles de brutes, ne pouvait qu’accroître le malaise et l’angoisse ressentis par leur pauvre partenaire, qui a, en quelque sorte, vraiment vécu le drame des femmes agressées et violentées « de l’intérieur » !

Une expérience douloureuse, au propre comme au figuré ; si douloureuse que, plus de trente ans après, elle y pense encore.

Pierre-Marie Elstir

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