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Véronique Sanson : Laissée pour morte !

Publié le 17 mars 2020

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Une récente biographie retrace un drame intime survenu alors que la chanteuse n'était qu'une adolescente...

« Le bonheur, les galères, je les accepte avec la même gratitude. Je suis juste une profiteuse de la vie. […] C'est pour ça que le temps qu'il me reste est très précieux, il faut que j'y arrive pour profiter de tout », confiait-elle il y a quelque temps au micro de RTL.

Avoir envie ne suffit hélas pas toujours, cette éternelle amoureuse ne le sait que trop. En juillet 2018, après une visite de routine chez son médecin, la chanteuse apprenait en effet qu'elle était atteinte d'un cancer des amygdales. Contrainte d'annuler une série de concerts en France, elle subit alors une lourde radiothérapie qui la laisse exsangue. Totalement épuisée, souffrant de violents acouphènes qui l'empêchent de marcher, Véronique n'est plus que l'ombre d'elle-même. « J'avais juste une envie totale de disparaître. […] Rien ne m'a consolée. Surtout pas la musique, car j'avais très peur de ne plus pouvoir composer une chanson, ni écrire des textes, ni aller sur une scène. Je suis tombée dans une profonde dépression », expliquait-elle dans Libération.


Pourtant, cette fille de résistants – ses parents, Colette et René, étaient des membres actifs du réseau du musée de l'Homme – trouve l'énergie de se battre. Malgré la fatigue, le sifflement continu lui vrillant les tympans et le fait qu'elle n'ait plus de salive – autre effet secondaire des rayons – elle reprend les concerts après sept mois d'absence. Le 24 avril dernier, au Palais des Sports de Paris, elle soufflait, avec les chansons de sa tournée « Dignes, dingues, donc… », ses 70 bougies. Une parenthèse de grâce et de joie partagée avec son fils, Christopher, chanteur lui aussi. Vue des coulisses cependant, la réalité était nettement moins rose, comme l'artiste le confiait alors à L'Obs : « J'en ai encore pour quelques mois à subir les effets secondaires du traitement : l'absence de salive et de goût. Sur scène, c'est compliqué, je suis obligée de boire des litres d'eau. »

La chanteuse en compagnie de ses parents, Colette et René, deux héros de la Résistance.

N'écoutant que son cœur, l'interprète de Besoin de personne poursuit sa tournée, s'aménageant toutefois une longue pause estivale afin d'attaquer la rentrée en forme. Mais, avec dix-sept dates au programme et deux concerts à la salle Pleyel, les 30 et 31 décembre 2019, Véronique n'a-t-elle pas présumé de ses forces ? Ce corps frêle, qu'elle n'a jamais ménagé et qui a déjà connu tant de maux, allait-il résister ? La récidive frappe souvent au moment où l'on s'y attend le moins. Quand, croyant le pire derrière soi, on savoure justement comme jamais les moindres plaisirs de l'existence…

Comme le raconte Alain Wodrascka dans Véronique Sanson – l'amour qui bat (Éditions de l'Archipel), l'artiste a jonglé très jeune avec la mort. En cet été 1965, elle a 16 ans. C'est la fin des vacances, un séjour enchanteur passé avec sa sœur, Violaine, et ses parents à Villefranche-sur-Mer. La veille du départ, Véronique va au cinéma. Soudain, au milieu de la projection, elle ressent une migraine atroce qui paralyse tout son corps. Elle parvient péniblement à rentrer, et va se coucher. Au matin, la douleur s'est encore accentuée… Mais sa pâleur n'attendrit pas René, persuadé que sa fille joue la comédie pour ne pas faire ses bagages. Chacun prend place dans la voiture. À l'arrière, Violaine, qui sent sa cadette très mal, l'abreuve d'eau aromatisée. Leur père ne voit rien, absorbé par les embouteillages. Ils ont parcouru 300 kilomètres quand Véronique perd connaissance. « J'ai été incapable de me lever, un corps inerte. Mes parents se sont affolés – ce sont des choses qu'on m'a racontées bien plus tard – et deux heures après, j'étais dans l'avion spécial pour Paris. En pleine nuit, on m'a accueillie à l'hôpital Necker », confie-t-elle.

Elle est dans le coma. Ses rares moments de conscience ne sont que souffrance. Elle ne comprend pas ce mot, « méningite », dont on lui dit qu'elle est atteinte, la lumière du jour lui arrache les yeux, l'obscurité est pire encore : « Une nuit, une petite fille se mit à hurler. Immédiatement, un concert de gémissements, de hurlements de terreur éclata dans tout l'hôpital. Je me joignis à tous ces gosses. […] Je n'étais consciente de rien sauf d'une chose : c'est que j'allais mourir. »

Au bout de cinq jours, quand elle émerge enfin, elle découvre à son chevet le prêtre qui a marié ses parents. Il est en train de lui donner l'extrême-onction ! Mais, miracle, alors que tout le monde la croit perdue, Véronique revient à la vie.

Pas tout à fait la même cependant. En effet, la plupart de ses souvenirs d'enfance se sont effacés de sa mémoire. Elle en tire cette formidable leçon, qu'elle appliquera à toute son existence : « Au lieu de regarder vers ce passé pour moi désormais mutilé, j'ai vécu intensément mon présent, j'ai regardé avec enthousiasme l'avenir. »

C'est sans doute à ce formidable appétit de vivre qu'elle doit sa victoire contre le « crabe ». Car, oui, aujourd'hui, « Véro » va bien. La preuve : le 19 janvier, elle a fait, après vingt ans d'absence, son grand retour au sein des Enfoirés. Et, à partir de mai prochain, elle sera à l'affiche de nombreux festivals. Indestructible, chantait-elle en 1998. Elle ne croyait pas si bien dire…

Lili CHABLIS

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