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Victor Lanoux : Il a emporté son secret !

Publié le 22 avril 2020

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© BESTIMAGE Victor Lanoux

Que ce soit dans “Un éléphant ça trompe énormément” ou dans “Louis la Brocante”, nous aimions retrouver Victor Lanoux. Aujourd’hui, son fils nous le fait revivre à travers un très beau livre de souvenirs…

Trois ans après la disparition de l’inoubliable Louis la Brocante, Richard Lanoux, son fils, a choisi de lui rendre hommage dans un ouvrage émouvant intitulé Victor, mon père, paru aux éditions Plon. Si on garde à l’esprit les plus grands rôles de cet acteur à la bonhomie naturelle, on est heureux aujourd’hui de découvrir l’homme qu’il était, tout en pudeur et en simplicité…

France Dimanche : Comment est née l’idée de ce livre ?
Richard Lanoux : Ça me trottait dans la tête depuis longtemps… Puis les éditions Plon m’ont demandé si j’aimerais écrire un livre sur Victor. Et comment ! Dès le lendemain matin, j’étais devant mon clavier. Tout ça devait germer en moi depuis pas mal de temps, car tout est venu spontanément. J’ai écrit presque d’une traite. Après sa disparition [le 4 mai 2017, ndlr], j’ai très vite essayé de cautériser ma peine en écrivant un premier roman, dans lequel mon père était mon héros, un nouveau brocanteur qui allait sur le tournage de Louis la Brocante pour apporter un accessoire et qui, à cette occasion, rencontrait Victor Lanoux. J’ai donc continué un peu à le faire vivre ainsi, ce qui m’a beaucoup aidé dans cette première année de deuil. Puis, j’ai enchaîné avec l’écriture de cette biographie très personnelle, qui m’a encore permis de passer un petit moment avec lui.

FD : Comment avez-vous vécu le fait de replonger dans tous ces souvenirs ?
RL : J’ai retrouvé plein de choses émouvantes, de vieilles photos, une très jolie lettre aussi, qu’il m’avait écrite lorsque j’avais une vingtaine d’années, lui qui était si pudique. Mais on dit souvent que le livre a tendance à prendre le pouvoir, et c’est vrai. À peine m’étais-je attelé à ce projet qu’il s’est écrit tout seul. J’avais le sentiment de m’adresser à lui, dans la bienveillance, la tendresse et l’amour.

FD : Quelle image gardez-vous de lui ?
RL : On s’est beaucoup rapproché sur les dix dernières années. Notre collaboration sur Louis la Brocante nous a permis de construire une belle relation. Sur un pied d’égalité. On a écrit ensemble les premiers épisodes mais, ensuite, il m’a laissé faire, il était trop occupé par ailleurs et il me faisait confiance. Dès lors, on est entré en symbiose.


FD : Avait-il peur de partir ?
RL : Je lui ai posé cette question peu de temps avant, mais non. Il avait été quand même assailli par de nombreux problèmes de santé et avait lutté les dix dernières années de sa vie. Il souffrait d’une paraplégie quasi totale après son AVC. Mais une longue rééducation à l’hôpital de Garches lui avait quand même permis de bien se remettre, sans retrouver toutefois son entière autonomie. C’était parfois un peu compliqué. Continuer à tourner était pour lui primordial et il a arrêté seulement un an avant de mourir. Il est allé jusqu’au bout.

FD : Était-il triste d’être un peu boudé par le cinéma ?
RL : Pas du tout. Télé ou ciné, pour lui, c’était le même métier. Ce qui lui importait, c’était de tourner le film dont il avait envie. Il n’a jamais eu de frustration côté cinéma. Entre les Louis la Brocante, Les Enquêtes du commissaire Laviolette, et d’autres unitaires, il tournait quatre ou cinq téléfilms par an. Il aimait ce métier passionnément et tout ce qui va avec, l’écriture, la production, etc. Il ne s’est pas contenté d’être acteur !

FD : Victor a vécu treize ans d’idylle avec Marie-José Nat, qui nous a quittés à l’automne dernier…
RL : Oui, je le regrette énormément car j’avais imaginé profiter de ce livre pour renouer un lien avec elle. Elle m’avait connu adolescent, mais on n’avait plus de contact depuis bien longtemps. J’aurais tellement aimé qu’elle voit celui que j’étais devenu, pouvoir lui présenter ma petite famille ! J’aimais beaucoup Marie-José. Avec Victor, ils formaient un si beau couple.

FD : Vous avez eu l’occasion de faire l’acteur quand vous étiez jeune… Ça ne vous a pas donné envie de suivre les traces de votre père ?
RL : Pas du tout. Je ne l’ai pas fait à contrecœur, mais c’était un vrai hasard. J’étais régisseur sur un film avec mon père et Marlène Jobert [Une sale affaire, d’Alain Bonnot, en 1981, nldr]. Richard Anconina était prévu au casting, mais cette adorable Marlène a dit au réalisateur : « Pourquoi ne prends-tu pas plutôt Richard, le fils de Victor, il est tellement plus beau ? »

FD : Elle avait flashé sur vous ?
RL : Oui, ça doit être ça ! Mais bon, suite à ce sympathique accident de parcours, je n’ai jamais ressenti ce besoin de lumière. À la différence de mes sœurs qui, elles, ont un peu joué à la télé ou au théâtre, j’ai préféré l’ombre. Quand, petit, je voyais mon papa se préparer et se maquiller pour les tournages, ça me gênait, je sentais que ce n’était pas dans ma nature, j’étais trop pudique pour ça.

FD : Qu’est-ce qui vous manque le plus de lui ?
RL : J’ai toujours écrit, et il était mon premier lecteur. C’est donc son regard et son retour qui me manquent beaucoup. Toutes ces choses aussi dont on parlait ensemble à la fin de sa vie. On était vraiment arrivé à un niveau de communication et de confiance totale. Lui qui était si pudique, il parvenait enfin à se livrer.

FD : Quel grand-père était-il avec vos deux fils, Abel, 17 ans, et Yann, 15 ans ?
RL : Formidable ! Ils ont eu la chance de vraiment profiter de lui. Ils ont grandi avec Louis la Brocante et venaient souvent avec moi sur les tournages. J’ai retrouvé des photos où ils ouvrent des yeux écarquillés, tant ils étaient impressionnés par tout ça ! Pendant les dix dernières années qui ont été très éprouvantes pour Victor, je me dis au moins qu’il a connu ce merveilleux réconfort auprès de ses petits-fils.

FD : Pourquoi dites-vous qu’ado, vous vous êtes sûrement drogué pour le punir ?
RL : C’est une analyse personnelle que j’ai faite après m’en être sorti. On dit souvent qu’il faut tuer le père, c’était peut-être ma façon à moi de le faire. De lui montrer que j’avais très mal vécu le fait de voir ma maman si malheureuse à cause de ses infidélités. Je n’aurais pas dû être à cette place-là, mais je l’étais bien malgré moi, et je pense qu’inconsciemment je lui en voulais pour ça. Heureusement, avec le temps, tout ça s’est guéri, au point d’ailleurs qu’on n’en a jamais reparlé.

FD : Avait-il surmonté le fait d’avoir été chassé de la maison par sa mère à 14 ans ?
RL : Il avait une vraie faculté à tourner la page, même si la blessure est sûrement restée présente. Il m’avait parlé de son enfance difficile, où il s’était retrouvé à vivre avec son père qui passait son temps à jouer et ne voyait pas l’intérêt de travailler. Toute son adolescence, il était livré à lui-même.

FD : Il paraît qu’il a bien failli ne pas faire Nous irons tous au paradis ?
RL : En effet ! Juste avant le début du tournage, Yves Robert, le réalisateur, les a tous envoyés, lui, Jean Rochefort, Guy Bedos et Claude Brasseur, se faire entraîner par un champion de tennis. Mais Rochefort, qui n’avait sans doute jamais touché une raquette, a fait un revers en plein dans les dents de mon père. Heureusement, grâce au dentiste et une bonne dose de maquillage, il a pu tourner. Mais la question qu’il ne fasse pas le film s’est quand même posée !

FD : C’est très touchant de voir que vous avez respecté ses dernières volontés…
RL : Oui, il tenait à ce que ses cendres soient dispersées dans une rivière, peu importe laquelle, pour rendre un peu aux poissons ce qu’il leur avait pris pendant toute sa carrière de pêcheur à la ligne !

FD : Son vrai nom était Nataf. D’où lui venait ce pseudonyme de Lanoux ?
RL : Je ne l’ai jamais su ! Il l’a adopté très jeune, mais il n’a jamais dit d’où ça venait. Et c’est trop tard pour lui poser la question, il a emporté son secret. Moi, je ne me serais jamais appelé Lanoux de son vivant, mais maintenant qu’il est parti, je l’ai adopté. Comme un hommage à cette continuité dont il me parle si bien dans sa fameuse lettre que j’ai choisi de publier en préambule de mon livre. Comme ça, Lanoux continue d’exister encore un peu…

Caroline BERGER

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