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Victor Lanoux : Son déchirant testament !

Publié le 21 novembre 2014

Parce que Victor Lanoux préfère la mort à l’horreur qu’il a vécue, le comédien a passé avec Véronique, sa femme, un  pacte terrible mais qui en dit long sur la force de leur amour…Parce que Victor Lanoux préfère la mort à l’horreur qu’il a vécue, le comédien a passé avec Véronique, sa femme, un  pacte terrible mais qui en dit long sur la force de leur amour…

Lanoux livre« Je considère que les héros ne doivent pas vieillir »… En se confiant à notre confrère Le Parisien en mars dernier, Victor Lanoux parlait de son célèbre personnage de Louis, le brocanteur au grand cœur, qui, après seize ans et quarante-quatre épisodes, allait tirer sa révérence.

Mais alors que vient de paraître son dernier livre, Deux heures à tuer au bord de la piscine, aux éditions du Cherche Midi, ses mots sonnent aujourd’hui comme un déchirant testament… Oui, celui qui nous avait tant fait rire dans Un éléphant ça trompe énormément, semble avoir écrit cet ouvrage pour expliquer à son public à quel point il est diminué.

Ceux qui ont un peu suivi le comédien à travers les articles que nous lui avons régulièrement consacrés savent qu’en 2007, il avait vécu un premier drame : pris d’un malaise en plein tournage, il doit être opéré d’urgence d’un anévrisme.

Une intervention qui tournera au cauchemar, puisque Victor Lanoux confiera au micro d’Europe 1 : «Quand je suis sorti de la salle d’opération, j’étais paraplégique, j’avais une corde vocale flinguée et en plus ils me disaient que tout s’était très bien passé ! » Quatre ans plus tard, l’acteur était contraint de repasser sur le billard.

Désormais, pour se lever du fauteuil dans lequel il se tient, il doit déployer des trésors d’énergie. Et c’est au prix d’efforts désespérés qu’il parvient enfin à se mouvoir… « Mes pauvres quadriceps torturés ne suffisent plus à lever mon cul. Il me faut l’aide des bras et des épaules, qui commencent de leur côté à crier grâce », raconte-t-il.

Décision

L’on découvre, au fil des pages, que sa vie quotidienne est devenue difficile, douloureuse. « Tout ce qui pour les autres est promenade, balade, pour moi n’est qu’escalade, crapahutage. La moindre taupinière est un obstacle. Ne serait-ce que pour faire 10 mètres, je suis toujours en marche forcée. »

Comment Victor Lanoux pourrait-il faire autrement que de ressasser l’opération qui l’a mené à cette situation catastrophique ? Au bord de sa piscine, malgré l’odeur envoûtante des lilas, un coucou qu’il entend au loin, et surtout l’amour, si fort, de sa femme, Véronique, une réalisatrice rencontrée sur le plateau de Louis la Brocante, épousée en 2008, il repense à ses treize heures d’opération.

« Là, Véronique a bien cru que j’y restais […] tellement j’ai mis de temps à récupérer mes facultés mentales comme physiques. Tout ce que j’avais gagné à ma première rééducation a été à moitié perdu. Il m’a fallu me remettre en solide, moi qui n’étais plus qu’une flaque. »

Depuis, il n’a jamais récupéré toutes ses facultés. « Aujourd’hui, je ne suis pas loin de rejoindre l’armée des rampants », écrit-il. Et, alors que Lanoux passait un scanner, récemment, lors d’une visite de contrôle, son chirurgien lui a annoncé une nouvelle qui a sans doute beaucoup compté dans ses récentes décisions : deux nouveaux anévrismes mettaient sa vie en danger… « Au moins un anévrisme nécessiterait bientôt une intervention… pour renforcer… vous voyez… », lui dit son médecin.

Hélas, ce que l’acteur voit ne lui plaît pas : l’hôpital, encore, une énième opération, une nouvelle série de séances de rééducation… Non ! Ce n’était pas possible, ça n’était plus possible ! « Ça pétera quand ça pétera », écrit-il dans son livre. En clair, Victor refuse de se faire opérer, et préfère la mort à l’horreur qu’il a vécue et dans laquelle il se projette. « Des années avec ma canne, bientôt mon fauteuil roulant, c’est inconcevable », écrit-il.

Victor Lanoux (Louis Roman) et Sim (Theo) dans
Victor Lanoux (Louis Roman) et Sim (Theo) dans "Louis la brocante" © Scenaristes.biz

Sans doute peut-on penser que Victor Lanoux pourra revenir sur cette décision, qui paraît terrible, le jour où il le voudra. Que si demain il le souhaite, il pourra se faire opérer, et espérer ainsi vivre un peu plus longtemps. Mais l’on a le sentiment, en le lisant, qu’il n’en peut plus. Qu’il a trop donné. Qu’il a tellement tiré sur la corde que son existence ne tient plus qu’à un fil.

Et puis, avec lui, près de lui, il y a celle qui compte tellement, sa femme, Véronique. « Toujours elle, si présente, si réchauffante », avec un « énorme bouquet d’espérance au fond des yeux », qui embellit la journée de Victor quand il est encore à l’hôpital.

Elle, qui, par amour, va comprendre sa détresse, sa souffrance, son martyre, et lui venir en aide… Oui, vous l’avez compris. Les deux époux vont faire un pacte, un pacte terrible, mais qui dit en dit très long sur l’amour qu’ils se portent l’un à l’autre.

« Je ne veux pas finir dans une petite voiture. Je préférerais crever », lui lance-t-il un jour, après avoir bien avalé sa salive. Et Véronique lui répond, en lui passant doucement la main sur le front : « Tu ne finiras jamais dans une petite voiture. Je te le promets. »

Fusil

Victor Lanoux a donc décidé que ce serait lui qui choisirait sa mort. Le moment, le moyen. Peut-être avec son fusil qui, parfois, semble le regarder avec l’air de lui dire « Viens me chercher si t’es un homme ». Ce qui compte sûrement pour lui, c’est de savoir qu’il est compris, que sa femme a entendu sa souffrance, et qu’elle ne lui en voudra pas si un jour il décide de s’en aller.

Car il est une douleur qui l’aurait véritablement anéanti, c’est que Véronique doive s’occuper de lui, de lui très diminué : « Je ne puis imaginer qu’elle, qui se met déjà en deux pour moi, soit obligée de se mettre en quatre, et pourquoi pas en seize ? De même que l’on doit euthanasier ceux qui sont à moitié morts, on se doit de laisser la vie à ceux qui vivent », écrit-il, magistral.

Et en vie, même si nous respectons les volontés du comédien, nous souhaitons vraiment que Victor Lanoux le reste le plus longtemps possible.

Laurence Paris

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