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Wendy Bouchard : “Ma journée avec Brigitte Bardot”

Publié le 21 octobre 2014

La journaliste d’Europe1 Midi a été reçue par BB qui a accepté de lui ouvrir un de ses  refuges tropéziens. Elle y a découvert une femme toujours aussi combative à 80 ans.

« C’est l’automne, mais il fait encore si bon à La Garrigue. L’air marin se mêle aux odeurs de pins et de chênes verts, on entend le silence, presque monacal. Je comprends pourquoi Brigitte Bardot a fait de cet endroit, à la fois coquet et sobre, l’un de ses refuges.  Son mari, Bernard, m’a menée du centre euphorique de Saint-Tropez à cette maison provençale, retirée et paisible.

En descendant de voiture, une vision presque irréelle : c’est un cheval blanc, en liberté, qui me souhaite la bienvenue. Puis le bestiaire se découvre : les chiens me font la fête, les chats sortent de leur tanière, les chèvres et les ânes aussi. À La Garrigue, les animaux entourent Bardot, à moins que ce ne soit elle qui vive au milieu d’eux. Je l’aperçois maintenant, derrière la verdure : elle est assise, en terrasse, à sa table de ferme, concentrée, répondant avec sérieux et par écrit à une nouvelle interview. Les mêmes questions depuis soixante ans. Mais elle donne toujours le sentiment que c’est la première fois.

Je la trouve lumineuse et belle. Son chignon relevé est rehaussé de fleurs d’oranger ; ses yeux noircis de khôl. Son sourire m’accueille. 80 ans ? Je ne parviens pas à l’imaginer. Elle a dans son regard des éclats de jeunesse et de candeur. Et une telle énergie pour répondre au téléphone aux journalistes, et aux centaines de lettres qu’elle reçoit tous les jours !

Wendy en vertFidélité

Voilà ce qu’elle me montre d’ailleurs, après m’avoir serrée dans ses bras, en me conduisant dans sa petite cuisine à l’américaine : des caisses remplies de courrier. Cent cinquante à deux cents lettres par jour envoyées à La Garrigue ou à La Madrague en nom propre. Le facteur connaît le chemin ! Brigitte me confie être à la fois émue aux larmes et débordée par tant de fidélité, mais elle met un point d’honneur à répondre à ce courrier, à la main. Son écriture est belle, ronde, énergique. Mais elle ne s’en sort plus… Des amis l’aident à trier les lettres et les colis…
Elle allume une cigarette. Oui, elle fume toujours, et regrette au passage notre société d’interdits : “Je crois qu’on n’a même plus le droit d’être heureux”, souffle-t-elle. Pendant ce temps, son fax avale et recrache toute la journée les communiqués de sa fondation, les prises de position sur les sujets de la préservation animale. Bardot garde son téléphone à portée de main.

Elle est aux avant-postes de son combat et reste une redoutable femme d’affaires. Elle appelle directement tous les présidents et les ministres concernés quand elle a un message à faire passer, avec le langage fleuri qu’on lui connaît, si besoin est ! Depuis son petit bureau, elle peut observer la nature et surveiller le ballet de ses animaux.

Un magnifique setter anglais se couche à mes pieds : “14 ans, il a failli mourir d’une hémorragie, la véto l’a sauvé en pleine nuit.” Un chat monte sur le bar, alors que nous nous servons un verre de cidre. Brigitte ne boit plus de champagne, mais a besoin d’un peu de sucre pour la journée.

Wendy + BBTenace

Je regarde autour de moi. Cet endroit est adorable et si modeste. Qui peut imaginer que la plus grande star française vive dans ce dépouillement? Ce n’est pas une posture. Depuis 1987, et la vente aux enchères de tous ses objets les plus chers pour financer sa fondation, elle se défait de tout. C’est aussi cela qui me touche. Bardot ne demande rien, mais elle a le courage de ses convictions.

Tous les jours, elle fait la navette entre ses deux propriétés : La Madrague pour se ressourcer et retrouver ses chats ; La Garrigue pour vivre et travailler. Je la trouve tenace et si jeune ! Pas nostalgique, ni passéiste : résolue à mener son combat. Ses deux causes les plus importantes aujourd’hui ? La lutte pour l’étourdissement avant l’abattage du bétail, et la fin de la consommation de la viande de cheval.

Wendy microElle me dit qu’elle ressent la souffrance des animaux, et de plus en plus fort. Qu’elle-même est au fond un petit animal, et que cette violence la torture… Ses mots sur la détresse des chevaux conduits à l’abattoir m’émeuvent aux larmes. Elle me glisse des adresses d’associations pour aider les équidés.

Puis devant l’étendue des cadeaux reçus ce seul jour, déplorant de ne savoir qu’en faire, elle me demande de relayer un message à ses admirateurs : “N’envoyez plus de lettres ni de colis. Cela me touche, mais gardez votre argent pour parrainer un animal, pour adopter, c’est cela qui me ferait le plus plaisir.”

Voilà pourquoi je voulais partager avec vous ces quelques heures avec Brigitte Bardot. En toute sincérité, en toute liberté, elle m’a offert sa détermination qui ragaillardirait un régiment de déprimés ! Elle ne ressent pas ses 80 ans, mais les accepte volontiers, me confiant avec un sourire : “L’avantage de vieillir, c’est de ne pas mourir jeune !” »

Wendy Bouchard

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