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William Sheller : Il a vécu avec Barbara !

Publié le 7 novembre 2015

À l’heure où sort enfin son nouvel album, après sept ans de silence, le chanteur William Sheller se souvient avec � émotion � de sa relation avec la Dame en noir.

Il revient ! À force d’attendre, les inconditionnels de William Sheller finissaient par désespérer. Pensez donc : sept ans sans voir poindre le moindre album de ce musicien et chanteur atypique !

Et les dernières nouvelles que l’on avait eues de lui n’étaient guère rassurantes, évoquant arythmie cardiaque et longs séjours à l’hôpital… On soulignait que ce lutin bondissant n’allait pas tarder à se transformer en septuagénaire…

Fausses alertes ! Non content de laisser ses ennuis de santé derrière lui, l’artiste nous revient avec un nouveau disque, Stylus. Dans cet opus aussi épuré que magnifique, l’auteur n’y est accompagné que par un quatuor à cordes et, bien sûr, son inséparable piano.

Le piano, c’est son point commun le plus évident avec celle qu’il n’a cessé de révérer : Barbara. Mais ils en ont un autre, un lien resté secret jusqu’à ce jour, révélé par les confidences que l’interprète d’Un homme heureux vient de faire au Nouvel observateur. Ce lien, c’est celui que l’illustre interprète de L’aigle noir et lui ont tissé durant les quelques mois qu’ils ont vécus sous le même toit, partageant tout dans une intimité que nul n’avait encore entrevue !

Cette idylle musicale et humaine remonte à 1973. À cette époque, Barbara est en haut de l’affiche : à 43 ans, elle est au même niveau que les Brassens, Brel, Aznavour, Ferré et consorts. Elle s’apprête à enregistrer l’un de ses plus beaux disques, La louve, mais a un problème de taille : désireuse de faire du neuf, elle s’est séparée de tous ses arrangeurs, qui donnent sa « couleur » à un album. Comment résoudre ce problème ?

Écoutons William Sheller, alors jeune musicien de 26 ans presque totalement inconnu : « J’avais enregistré une messe pour des amis, Lux aeterna, un disque devenu culte depuis. Il se refile aujourd’hui en douce, mais à l’époque on l’avait vendu comme des cages à lion : environ 2 000 exemplaires. Barbara l’entend et clame aussitôt que c’est exactement ce qu’elle recherche. »

C’est le début d’une collaboration qui a bien failli s’achever avant d’avoir commencé ! Car William, pour son premier rendez-vous avec la Dame en noir, a l’idée saugrenue d’arriver tout de blanc vêtu ! Cri d’horreur de Barbara, qui clame que ce n’est pas possible, que ce jeune blondinet va lui porter la poisse. Heureusement, passé ce malentendu, ils se découvrent tous les deux, en matière de chanson, des références et des goûts communs, malgré leurs dix-sept ans d’écart.

Leur complicité devient telle que, très vite, l’évidence s’impose, tout naturellement : ils vont vivre sous le même toit ! Ce que William, aujourd’hui, évoque par une ellipse pudique : « Quand je l’ai rencontrée, Barbara emménageait à Précy-sur-Marne… et moi avec elle. »

Ce ménage artistique, intense et passionné, va durer le temps de faire un enfant ensemble ; un enfant, ce disque superbe, La louve, dont l’univers sonore doit tant au génie de William Sheller.

Bizarreries

Et, sinon, c’était comment, cette vie quasi maritale avec la « longue dame brune » ? « Je n’y ai passé que six mois, mais c’était suffisant pour constater des bizarreries, tout à fait naturelles chez elle. Comme sa spécialité culinaire : les omelettes à un œuf qu’elle me faisait manger, tandis qu’elle tournait autour de moi en suçant un citron. Le tout en déshabillé noir, comme Edwige Feuillère dans L’aigle à deux têtes.

BarbaraJ’avais l’impression qu’elle ne fermait pas l’œil de la nuit, je l’entendais fourrager là-haut comme si elle déplaçait des commodes ou je ne sais quoi. Au beau milieu de la nuit, elle frappait à ma porte : “Tu dors ?” – “Non, plus maintenant !”

On traversait le jardin pour aller dans sa pièce à musique chercher l’accord sur lequel elle butait depuis des heures. Il fallait trouver celui qui lui permettait de lancer sa main en l’air, dans ce geste de diva qu’elle faisait sur scène. Je trouvais la solution et j’allais me recoucher. »

Mais les histoires d’amour, même musicales, finissent mal. D’abord, William a quitté la maison de Précy pour voler de ses propres ailes et devenir l’artiste que l’on sait. Sa complicité féconde avec Barbara s’est cependant poursuivie ; jusqu’au jour où…

« C’était durant l’aventure de Lily Passion [l’album studio n’est jamais paru, ndlr] se souvient William Sheller. J’y ai travaillé, avant d’être mystérieusement mis à l’écart […]. Nous enregistrions des morceaux splendides, ça prenait une de ces gueules ! Jusqu’au jour où j’avais rendez-vous avec elle et où elle n’est pas venue. […] Je ne l’ai pas revue. »

De cette histoire, il reste ce disque, conçu ensemble il y a un peu plus de quarante ans. Et qui, contrairement aux enfants de chair et d’os, n’a pas pris la moindre ride.

Valérie Bergotte

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