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William Sheller : Un homme malheureux !

Publié le 17 avril 2021

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Dans son autobiographie, William Sheller, à 74 ans, revient sur l'histoire poignante de son enfance volée…

En 1991, il chantait Un homme heureux, un texte romantique sur une mélodie très mélancolique, une chanson qui traduit bien la personnalité de William Sheller ! Le musicien de 74 ans publie ces jours-ci, aux éditions des Équateurs, son autobiographie, sobrement intitulée William, le récit poignant de son histoire familiale, troublée par un secret dont il ne s'est libéré qu'en 1996, à la mort de sa mère…


1944 : le père biologique de cet artiste rare et précieux est un G.I., arrivé en France lors du Débarquement. C'est dans ce contexte qu'il rencontre Paulette, à qui il fera un enfant. Mais l'idylle ne va pas durer car bientôt, le soldat Collin Thomas McLeod doit repartir pour son Amérique natale. Amoureux de sa belle Frenchie et heureux d'être devenu père, il prévoit de rompre avec la femme qui l'attend au pays, revenir continuer son histoire et s'occuper de son nouveau-né : « Il m'avait vu à la fin de la guerre, juste avant de partir au Havre pour se faire démobiliser », a confié le chanteur en 2018 sur le divan de Marc-Olivier Fogiel.

Seulement voilà, la « garce », comme la nommait l'auteur du Carnet à spirale dans l'émission de France 3, ne l'entend pas de cette oreille et s'enfuit, son fils sous le bras, pour disparaître à jamais de la vie de son militaire. À son retour sur le sol français, le malheureux McLeod, libre de toute attache, ne retrouvera pas celle qu'il aimait et rentrera bredouille aux États-Unis sans avoir revu son enfant. Dépité, il s'installera à Detroit où, devenu comptable, il fondera une famille. « Il m'a ensuite cherché toute sa vie, le pauvre homme ! » a aussi déploré le chanteur dans Paris Match

Pendant ce temps, Paulette Desboeuf « mène une vie de patachon » et ne tarde pas à se mettre en ménage avec un contrebassiste de jazz nommé « Hand » qui reconnaîtra le jeune William et lui donnera son nom. Pour autant, la jeune femme ne s'occupera pas vraiment de son petit bonhomme. Le garçon sera en effet élevé en grande partie par sa grand-mère, ouvreuse au théâtre des Champs-Élysées, et par son grand-père, décorateur à l'Opéra Garnier. Le futur musicien passera des heures dans les coulisses de ces deux établissements à regarder les artistes évoluer sur scène, et à écouter les plus beaux morceaux du répertoire lyrique.

Un lieu magique où est née sa vocation… « Je voyais des ballets classiques, Gisèle, Le Lac des cygnes, a aussi raconté ce papa de deux enfants, Siegfried et Johanna. Dès que j'avais la scène pour moi seul, je m'amusais à faire tous les mouvements des danseurs. Un jour, un vieux monsieur a demandé : “Qui est ce petit garçon qui sautille sur le plateau ?” On lui a dit que j'étais le petit-fils d'une dame qui travaillait ici. “Est-ce que vous pourriez appeler cette dame ?” demanda-t-il. […] En fait, il s'agissait de Serge Lifar, qui lui a dit qu'il me trouvait doué et qu'il voulait me prendre dans sa classe. Débat à la maison qui s'est terminé par un non définitif parce que, dans la tête de ma mère, les danseurs classiques devenaient homosexuels. »

Le garçonnet grandit donc entouré des plus grandes stars de la musique et de la danse. Nul doute qu'il aurait pu poursuivre son chemin jusqu'au bout en croyant que le compagnon de sa maman qui lui avait donné son patronyme était son véritable géniteur. Mais, en 1996, quelques minutes avant sa mort, l'imprévisible Paulette lui lâche la vérité. Cette révélation lui fait l'effet d'une bombe. Il lui faudra huit ans pour surmonter son état de sidération et décider, en 2004, de lancer des recherches afin de remonter le fil de son histoire. Deux ans plus tard, en 2006, il y parviendra. « En allant aux États-Unis, j'ai fini par retrouver sa trace, a-t-il confié à Libération. De retour à Paris, je lui ai écrit, car je ne voulais pas larguer une bombe dans sa famille ou qu'il fasse une crise cardiaque. »

Hélas, Collin Thomas McLeod s'était éteint en 1989. « Sa famille m'a répondu, et j'ai découvert que j'avais un demi-frère et une demi-sœur. Je suis parti les voir en 2006 et nous sommes allés tous les trois sur la tombe de mon père. C'était émouvant. » En 2016, la demi-sœur de la star est venue pour la première fois rendre visite à ce parent français. Elle s'était aussi munie d'un trésor pour ce nouveau frère : la plaque militaire de leur père ! Un cadeau que William Sheller a fait monter sur une chaîne qu'il porte au cou en permanence.

Et aujourd'hui, sur sa page Facebook personnelle, l'artiste, qui a annoncé vouloir arrêter la musique, se fait désormais appeler William Sheller-McLeod.

Clara MARGAUX

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