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Yves Montand et Marilyn Monroe : Un regard et leurs cœurs se sont embrasés !

Publié le 15 juillet 2015

Nous sommes en 1959 : le sex-symbol est marié au dramaturge Arthur Miller, la star française, à Simone Signoret. Et pourtant, en un clin d’œil, lors d’un dîner, Marilyn Monroe et Yves Montand vont se sentir seuls au monde...

Un regard. Il a suffi d’un regard plein d’intensité d’Yves Montand pour que Marilyn Monroe soit foudroyée par l’amour! Ce soir de décembre 1959, Marilyn est sagement assise à côté de son mari, Arthur Miller. Le célèbre dramaturge new-yorkais a décidé d’inviter à dîner chez lui Simone Signoret et Yves Montand, le couple de Frenchies dont tout Hollywood parle et qu’il connaît bien, afin que sa jeune et belle épouse, Marilyn, fasse enfin leur connaissance. Très mauvaise idée… Car, alors que Simone discute politique avec son ami Arthur, il se passe entre Yves et Marilyn quelque chose d’incroyable. Montand semble ailleurs, comme hypnotisé par les doux sourires que la pulpeuse blonde lui adresse. Ni l’un ni l’autre ne touche d’ailleurs aux délicieuses pâtes que Miller, fou de cuisine italienne, a fait préparer. Ils ne boivent même pas le succulent chianti venu de Toscane. Ils n’ont pas besoin de s’enivrer : leurs sens sont déjà en pleine ébullition! Jamais Yves Montand n’a ressenti un tel trouble. Il écrira plus tard : «Face à elle, je n’étais plus moi-même. Elle possédait une sorte d’innocence, et moins elle en faisait, plus elle était attirante.» Certes, l’acteur adore sa femme, mais là il est comme désarmé, vulnérable, perdu. Il tente de se raisonner en songeant au «couple modèle» qu’il forme avec Simone. Peine perdue!

De son côté, Marilyn n’aime plus depuis des mois Arthur Miller, son troisième mari. Dépressive, elle se refuse à lui, se bourre de somnifères et passe ses nuits à sangloter, la gorge nouée. Cultivé, cérébral et fou de littérature, Arthur Miller a conquis le sex-symbol de l’époque avec son esprit et sa culture. Mais il manque à Marilyn la force animale d’un «vrai» homme qui agit plus qu’il ne discute… À la fin du repas, alors que Miller salue ses convives, Yves et Marilyn ne sont plus les mêmes. Ils ont au fond des yeux le même amour qui les transcende. Dans la nuit, une obsession va naître dans l’esprit de l’actrice, qui ne trouve pas le sommeil : revoir Montand, coûte que coûte! Et elle sait comment faire… Celle qui sera bientôt à l’affiche du Milliardaire, une comédie musicale réalisée par George Cukor, décide d’intervenir auprès des producteurs de la puissante 20th Century Fox pour que l’acteur français soit son partenaire dans ce film. Une chance : Frank Sinatra et Charlton Heston viennent justement de refuser cette comédie, qu’ils jugent «trop légère». Gros titres La comédienne téléphone donc à Spyros Skouras, le grand patron de la Fox, suggérant, comme si de rien n’était : «Et pourquoi pas Yves Montand?» Skouras trouve l’idée séduisante. Il appelle en personne l’artiste, qui achève sa tournée à San Francisco.

Sur le tournage, leur passion sera si torride que la comédienne en oubliera son texte suscitant la colère du réalisateur.

Le sang de Montand ne fait qu’un tour. Il accepte dans la seconde : il va enfin revoir celle qui habite son esprit! À Simone Signoret, qui s’étonne de son engouement, il lâche d’un ton sec : «On ne refuse pas de travailler avec George Cukor!» Ni avec Marilyn Monroe, aurait-il pu ajouter… Le tournage – dont le titre américain, prémonitoire, est Let’s Make Love («aimons-nous») – commence au début de l’année 1960. Il va se dérouler sous le signe de cette passion amoureuse. Marilyn, qui est folle de Montand, n’arrive pas à se concentrer : elle est incapable de retenir plus de cinq phrases de son texte. Elle pique des crises de nerfs, accumule sautes d’humeur et caprices, puis s’enferme dans sa loge, en larmes. Chaque fois que son partenaire la frôle, elle croit s’évanouir. Et il suffit que Montand lui parle de sa belle voix chaude pour que son cœur batte la chamade. Le réalisateur George Cukor, excédé, menace de tout arrêter… La seule personne qui parvient à apaiser Marilyn reste Yves Montand. Un soir, à la demande de Cukor, il vient raisonner pour une énième fois l’actrice prostrée dans sa loge. Debout face à elle, beau comme un astre avec son pantalon noir et sa chemise blanche, il lui parle tendrement, comme à une petite fille, en lui passant ses paumes tièdes sur les joues.

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Pour toute réponse, Marilyn plante ses yeux bleus magnifiques dans ceux de l’acteur et l’embrasse fougueusement! Montand a écrit, à propos de cet instant magique : «Sa tête pivote, mes lèvres dérapent… C’est un baiser superbe, tendre. Je suis là, à moitié sonné. Le lendemain, les choses paraissent d’abord rentrées dans l’ordre. Nous travaillons. Mais c’est un incendie, un déchirement, je n’essaie même plus de calmer le jeu.» Ni l’un ni l’autre ne veut résister à l’appel du désir, et la digue cède enfin. Le destin va aider cet amour-là à exploser : une grève du syndicat des acteurs bloque le tournage, laissant les deux amants livrés à eux-mêmes pendant plusieurs semaines. Quant à Simone Signoret et Arthur Miller, ils ont tous deux quitté le tournage pour suivre leurs carrières, en Italie pour Signoret, à New York pour Miller. Logés par la production dans des bungalows voisins du très chic Beverly Hills Hotel, Montand et Marilyn partagent la même piscine, le même jardin et… le même lit!

Simone Signoret, effondrée, les découvre en une d’un quotidien italien. Son homme s’envole alors pour Rome et tente de la reconquérir

Pendant quinze jours, ils vont s’aimer avec une fougue inouïe, insouciants, faisant blanchir leurs nuits et vivant comme hors du temps et de la raison. Se moquant éperdument des femmes de ménage qui les surprennent au saut du lit, ils s’affichent bientôt dans les restaurants huppés de Hollywood. Mais déjà, un réceptionniste du palace a prévenu la presse. Les journaux américains font vite leurs gros titres avec cette romance inespérée. Pour Arthur Miller, le coup est rude. Mais il résiste à la tentation du scandale et se mure dans un mutisme total. Simone Signoret, alors à Rome, découvre la terrible nouvelle à la une d’un grand quotidien italien. Elle tombe sur son lit et pleure en silence, étouffant des cris, recroquevillée dans sa douleur.De son côté, en découvrant la presse, Yves Montand revient peu à peu à la réalité. Il envoie un télégramme à Simone Signoret, qui ne répond pas. Le 30 juin 1960, pris de panique, il décide de prendre l’avion pour Paris. Ce soudain changement de cap brise le cœur de Marilyn. Contrairement à lui, elle est prête à tout laisser tomber pour vivre leur passion au grand jour, et ses avocats travaillent déjà à son divorce d’avec Miller. Montand n’a pas vraiment la même vision des choses : il a certes vécu de beaux moments, mais la raison reprend ses droits, et il ne compte certainement pas quitter sa femme! Bafouée De retour en France, il oublie vite sa fougue amoureuse et parle, à propos de sa liaison avec Marilyn, d’un banal «béguin de gamine». Face à une Simone Signoret terriblement ébranlée, il ne cesse de minimiser cette «escapade sentimentale». Simone encaisse l’humiliation avec une dignité et une abnégation rares.

Pour ses amis qui l’interrogent sur cette liaison, elle a cette fameuse réponse : «Vous connaissez beaucoup d’hommes qui resteraient insensibles en ayant Marilyn Monroe dans leurs bras?» Reste que le lien de confiance est définitivement rompu avec celui qu’elle appelle dorénavant «Montand», d’une voix blanche. Inconsolable d’avoir ainsi été trahie et bafouée, Simone Signoret sombre peu à peu dans l’autodestruction, entre abus d’alcool et de tabac. Elle ne s’en remettra jamais. Et au fil des années, la rayonnante Marie de Casque d’or (1952) va se flétrir pour devenir la triste Clémence du Chat (1971). Pour Marilyn, c’est encore pis : éperdument amoureuse d’un Montand qu’elle ne reverra plus, elle s’enfonce dans une dépression de plus en plus sévère, multipliant les aventures et amplifiant une consommation de médicaments qui lui sera finalement fatale, le 5 août 1962. Et Yves Montand? Il n’aimait pas évoquer cet épisode de sa vie. Mais il n’a jamais oublié le sublime regard de Marilyn Monroe, lors du fameux dîner chez Miller. Au journaliste François Bott, il avouera, bien des années plus tard, la voix enrouée par l’émotion : « J’aimais encore Simone, mais j’ai été bouleversé, émerveillé par Marilyn. Avec ses caprices, sa fantaisie, sa blondeur, ses blessures cachées, elle avait tellement de charme!».

Vanessa ROUDET

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