France Dimanche > Actualités > Yves Montand : Il voudrait tant que l'on se souvienne...

Actualités

Yves Montand : Il voudrait tant que l'on se souvienne...

Publié le 24 octobre 2021

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Yves Montand, cet acteur et chanteur à l'itinéraire gâté est né il y a 100 ans. Il a laissé une empreinte durable dans la mémoire collective en mettant son rayonnement au service de ses convictions

De La Cabucelle à Marseille, où il grandit, à Hollywood où il brilla, en passant par Moscou ou Santiago du Chili, Yves Montand a arpenté la scène toute sa vie. Une vie de petit garçon pauvre à l'usine dès 11 ans. Une vie d'homme qui a tenu dans ses bras les plus belles femmes. Une vie de chansons qui nous ressemblent. Une vie de cinéma du garçon émacié des Portes de la nuit au patriarche implacable de Jean de Florette. Une vie de citoyen pour servir ses idéaux de solidarité et de justice sociale. Chanteur, acteur, militant, séducteur, il fut tout cela à la fois, avec un talent en mode panoramique et une classe transartistique.


Ivo Livi naît le 13 octobre 1921 à Monsummano Alto en Toscane. Il est le troisième enfant de Giovanni et Giuseppina Livi. Son père militant du Parti communiste italien est persécuté par son beau-frère en chemise noire. En 1923, la famille s'exile à Marseille. À l'âge de 11 ans, il quitte l'école et entre à l'usine. À 14 ans, il devient apprenti coiffeur dans le salon de sa sœur.

Trois ans plus tard, un cabaret marseillais l'engage pour « chauffer la salle ». Il se constitue un répertoire et prend le pseudonyme d'Yves Montant, orthographié avec un « t », en souvenir de sa mère qui, pour l'appeler lorsqu'il jouait, criait : Ivo monta ! L'artiste débutant se produit d'abord avec des imitations. Le patron du cabaret l'envoie chez Charles Humel qui réinvente le monde des westerns avec Dans les plaines du Far West. Il inaugure cette première chanson le 21 juin 1939 à l'Alcazar, le temple du music-hall de la cité phocéenne. Un triomphe.

Sous l'Occupation, il doit abandonner ses émois de chanteur et joue les manœuvres métallurgistes aux Chantiers de Provence et les dockers de transit. Au printemps 1941, il retrouve la scène et devient la sensation du moment. Il emballe le public par son panache, la belle expressivité de son style vocal et sa gestuelle.

L'année suivante, il est enrôlé pour des travaux collectifs dans les chantiers de jeunesse, créés par le régime de Vichy. Le 17 février 1944, fuyant les rafles pour le Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, il débarque à Paris, sans papiers.

Dans la capitale, il alterne les engagements entre les salles de spectacles (Bobino, Folies-Belleville) et les cabarets. Il passe une audition pour remplacer au pied levé la première partie d'Édith Piaf au Moulin-Rouge. La Môme est séduite. Elle aide son nouvel amant et l'entoure de sa garde rapprochée : Henri Contet et Marguerite Monnot. Le 5 octobre 1945, il se produit au théâtre de l'Étoile à Paris, avant de faire ses premiers pas sur grand écran avec Édith Piaf dans Étoile sans lumière de Marcel Blistène.

À g., en 1971, avec Louis de Funès dans La Folie des grandeurs, un film signé Gérard Oury. Au centre, dans Le Milliardaire de George Cukor, en 1960, avec Marilyn Monroe. À dr., en 1986, dans Jean de Florette de Claude Berri avec Daniel Auteuil.

La Môme le quitte au moment où il remplace Jean Gabin dans Les Portes de la nuit. Montand retourne au music-hall. Jacques Prévert et Francis Lemarque enrichissent son répertoire et il fait la connaissance du guitariste Henri Crolla et de Bob Castella qui devient son pianiste.

Une passion chasse l'autre : 19 août 1949, il rencontre, à Saint-Paul-de-Vence, celle qui sera sa femme à la vie, à la mort : Simone Signoret. L'amour lui donne des ailes et il a tous les atouts pour prendre son envol. Le 5 mars 1951, à l'Étoile, le Tout-Paris chavire sur ses chansons qui éclaircissent l'horizon de l'après-guerre. Le 22 décembre, il épouse pour l'éternité sa « Simone ».

Tous les voyants sont au vert. Il devient une star. En 1953, il chante durant huit mois à guichets fermés à l'Étoile. Aura hexagonale et internationale avec une première tournée dans les pays de l'Est (il affiche son soutien au Parti communiste) puis au Canada, au Japon, en Angleterre… L'Amérique succombe aussi à sa séduction ensorcelante. Marilyn Monroe, avec qui il tourne en 1960 Le Milliardaire, n'y échappe pas.

Durant les deux décennies qui s'annoncent, il est de tous les combats (contre l'arme nucléaire, pour l'indépendance de l'Algérie, les réfugiés chiliens…). Il tourne des films à caractère politique avec Costa-Gavras – Z, L'Aveu, État de siège – et incarne la bourgeoisie chez Claude Sautet – César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres… Qui plus est, il endosse même le rôle du bouffon dans La Folie des grandeurs de Gérard Oury et le personnage de séducteur dans Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau.

Ils auraient eu 100 ans. Ce couple phare du cinéma resta soudé en dépit des vicissitudes de la vie. Entre eux, il se passa « une chose fulgurante, indiscrète et irréversible, dira-t-elle. Je n'ai jamais été autre chose que sa groupie ». Trente-cinq ans de vie commune remplie de triomphes, de combats, de trahisons et d'amitiés. Les orages sont fréquents dans le couple. Elle boit beaucoup, fume trop, vieillit prématurément. Elle meurt en 1985 d'un cancer. Il lui survit six ans, refait sa vie et devient père pour la première fois. Mais les deux amoureux sont réunis à jamais au cimetière du Père-Lachaise.

Le public se languit de son absence. Il revient à l'Olympia en octobre 1981 et à l'été 1982. Le 8 septembre 1982, le Metropolitan Opera de New York lui offre un trône. Au cinéma, il pulvérise le box-office avec le rôle du Papet dans Jean de Florette et Manon des sources.

La mort de Simone Signoret le 30 septembre 1985 le terrasse. Mais le héros, fatigué, décide de revenir à la chanson. Jean-Loup Dabadie lui écrit un texte consacré à Valentin, le fils qu'il a eu en 1988 avec Carole Amiel.

Sa silhouette tapisse les panneaux d'affichage pour son retour sur scène en mai 1992 au Palais Omnisport de Paris Bercy. Mais son temps est compté. Il décède le 9 novembre 1991 alors qu'il termine le tournage d'IP5 de Jean-Jacques Beineix.

Dominique PARRAVANO

À découvrir

Sur le même thème