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Yves Rénier : “Muriel est exceptionnelle en Jacqueline Sauvage !”

Publié le 31 octobre 2018

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Si, Yves Rénier l’acteur s’est fait plus discret, le réalisateur, lui, ne manque pas une occasion de nous bouleverser…

Il nous a souvent habitués à des sujets poignants, voire éprouvants. Son nouvel opus, Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi, ne déroge pas à la règle, bien au contraire, et nous touche une fois encore en plein cœur. Une aventure dont l’acteur et réalisateur de 75 ans, avoue lui-même de pas être « ressorti indemne ». Alors, qu’en sera-t-il de vous ? Pour le savoir, ne manquez surtout pas ce rendez-vous du lundi 1er octobre, à 20 h 50, sur TF1.


France Dimanche : Comment est née l’envie de tourner un film sur ce fait divers ?
Yves Rénier : En fait, c’est mon quatrième film et à chaque fois, ce sont des histoires de femmes. Avec Mathilde Seigner, j’ai d’abord réalisé Médecin-chef à la Santé (2012), sur les prisons ; puis Flic tout simplement (2015), encore une femme dans un univers d’hommes ; et Je voulais juste rentrer chez moi (2017), sur l’affaire Patrick Dils et le combat de cette mère pour sortir son fils de taule. Et pour ce dernier, j’ai fait des infidélités à Mathilde Seigner, parce qu’elle n’avait pas l’âge du personnage, et que lorsque le producteur Franck Calderon m’a parlé de ce projet, c’est sans la moindre hésitation que j’ai pensé à Muriel Robin. Alors, quand je l’ai appelée pour lui demander si ça l’intéresserait d’interpréter Jacqueline Sauvage, elle a laissé un blanc et m’a répondu : « Mais c’est moi, je suis Jacqueline Sauvage ! » Je l’avais trouvée exceptionnelle dans le rôle de Marie Besnard, l’empoisonneuse pour lequel elle avait d’ailleurs obtenu un Emmy Awards à New York, et je lui ai dit : « Muriel, je vais t’en offrir un deuxième et on ira le chercher ensemble ! » [Rires]

FD : Vous avez rencontré Jacqueline Sauvage ?
YR : Bien sûr, de nombreuses fois. C’est une personne ordinaire qui va vivre une affaire extraordinaire. L’histoire en elle-même n’est pas très originale avec ces femmes qui se font battre et tuer. Aujourd’hui encore, il y en a une qui meurt tous les trois jours, dans l’anonymat, sans que ça émeuve personne, c’est aussi ce que dénonce le film. Néanmoins, ce n’est pas qu’une baston qui dure quarante-sept ans, mais aussi une histoire d’amour fusionnel entre un mari et son épouse. Et ça a été l’étonnement général, car les voisins, le maire du village, même les gendarmes, tout le monde pensait qu’elle en sortirait les pieds devant. Mais, elle a renversé les rôles. À un moment donné, trop c’est trop ! Et à la limite, ce n’est pas les coups qu’elle ne supporte plus, mais les viols sur ses filles.

FD : A-t-elle vu le film ?
YR : Figurez-vous que non. Il faut dire que comme des journalistes campaient devant chez elle pour tenter de la choper, elle est partie se mettre au vert. Elle veut se protéger et je la comprends. Je lui ai moi-même conseillé de ne pas répondre aux interviews, car je vois poindre la polémique sur les réseaux sociaux où se déverse tant de haine. Et j’ai déjà commencé à lire de telles horreurs !

FD : Comment êtes-vous tous ressortis de cette aventure ?
YR : Je ne peux pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, je n’en suis pas ressorti indemne. Ça m’a beaucoup atteint. C’est comme si j’avais fait un sujet sur des tortionnaires de chiens ou les abattoirs, à un moment donné ça devient insupportable. Là c’est pareil, cette femme qui se fait matraquer, humilier, jeter devant ses enfants, c’est abominable. D’ailleurs, le film est à la fois fort et très dur. C’est pour ça que pour le prochain, je veux de l’oxygène, des bulles, de la légèreté. Plus de meurtres, d’avocats, de sang… je veux un truc positif.

FD : Auprès de qui vous êtes-vous documenté pour coller au plus près de l’histoire ?
YR : On a eu la version de Jacqueline bien sûr, ainsi que le point de vue de ses avocates. J’ai aussi eu l’une de ses filles au téléphone, Fabienne, qui a repris le boulot de son père, camionneur, certainement la plus virulente, qui cherche à protéger sa mère à tout prix. Si Jacqueline a bien tué son mari et méritait d’être sanctionnée par la loi, méritait-elle 10 ans, confirmés en appel, à chaque fois par des juges femmes ? On se pose la question. On ne l’a pas crue. Les filles, sidérées, ont dit : « Vous pensez vraiment qu’on est prêtes à raconter de telles histoires juste pour faire les guignols dans une cour d’assises ? » C’est d’une injustice totale. Mais Jacqueline, qui voyait déjà sa mère se faire frapper par son père, pensait qu’être battue était normal.

FD : Comment va-t-elle aujourd’hui ?
YR : Elle va bien. Elle a adopté une chienne qui ne la quitte pas, et elle est heureuse. Je pense qu’elle a trouvé une forme de paix, de sérénité et de bonheur. Et quand on lui demande si elle a des regrets, elle répond : « Non, car là où il est, il ne pourra plus faire de mal. » C’est un beau film, dont je suis très fier.

FD : En ce qui concerne Johnny Hallyday, on ne vous a pas trop entendu…
YR : Non. On m’a encore invité à un dîner des « anciens de Jojo », mais je n’irai pas. Je n’ai pas envie qu’on parle de moi par rapport à la mort d’un ami. Moi, j’ai perdu un vieux pote, un mec que j’adorais, et j’en suis bien assez triste. Je suis allé lui faire un petit bonjour à Saint-Barth cet été. Seul sur sa tombe, une nuit, il n’y avait personne, je lui ai parlé pendant une demi-heure. J’espère qu’il n’a pas trop souffert, lui qui craignait tant la mort. Quant au reste, je ne veux pas m’en mêler, ce sont leurs histoires de famille. Je l’avais dirigé sur un [Commissaire] Moulin, ce qui nous avait énormément liés. On avait aussi fait ensemble la route 66, et je me souviens qu’à l’hôtel, je le rejoignais dans sa chambre, m’allongeais à côté de lui, et on parlait toute la nuit de tout et n’importe quoi. On avait une très grande complicité. Et même si, ces derniers temps, on se voyait moins, il me manque beaucoup.

Caroline BERGER

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