France Dimanche > Actualités > Zizi Jeanmaire : 78 ans d'amour avec Roland Petit !

Actualités

Zizi Jeanmaire : 78 ans d'amour avec Roland Petit !

Publié le 4 août 2020

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Neuf ans après la disparition de son pygmalion, la meneuse de revue Zizi Jeanmaire s’est éteinte à 96 ans raccrochant définitivement son “truc en plumes”.

La reine du music-hall, l’iconique Zizi Jeanmaire aura fini par rejoindre son âme sœur, celui qui fut l’homme de sa vie mais aussi son pygmalion de génie, Roland Petit. Le célèbre chorégraphe s’était éteint en 2011 à l’âge de 87 ans terrassé par une leucémie foudroyante. Dès lors, sa muse n’aspirait plus qu’à le retrouver tout là-haut, au paradis des étoiles… C’est aujourd’hui chose faite. C’est leur fille Valentine qui a annoncé la triste nouvelle via un communiqué transmis à l’AFP dans lequel elle précise que sa maman « s’est éteinte paisiblement à son domicile en Suisse » ce 17 juillet.


Zizi et Roland ne sont encore que des enfants quand ils se rencontrent en 1933 à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Un jour, lors d’une répétition, les regards des deux « petits rats » se croisent alors que celle qui se prénomme encore Renée, fille d’un industriel très prospère, n’a que 9 ans ! Elle est éblouie par ce garçon si talentueux, dont la mère n’est autre que Rose Repetto, la créatrice des célèbres chaussons de danse du même nom.

Tous deux intègrent en 1940 le corps de ballet du palais Garnier. Mais quatre ans plus tard, ils démissionnent, persuadés que le succès les attend ailleurs. Alors que Roland Petit se tourne vers la chorégraphie, Renée intègre les ballets de Monte-Carlo avant de rejoindre l’année suivante ceux des Champs-Élysées, que vient de créer Roland.

Débute alors une série de chassés-croisés, au cours desquels les futurs époux ont bien failli se louper ! N’en faisant qu’à sa tête, l’impétueuse ballerine s’en retourne à Monaco. Mais Roland lui manque affreusement. Elle décide de tout plaquer pour le retrouver en 1948 aux ballets de Paris qu’il vient de fonder au théâtre Marigny.

Le chorégraphe qui a succombé à son charme la nomme danseuse étoile. Mais en créateur avant-gardiste qu’il est, il refuse que sa vedette continue à rassembler ses cheveux noirs dans un petit chignon bien trop sage. Il imagine pour elle un style androgyne qui va rompre avec tous les codes de la danse classique en lui faisant adopter cette coupe à la garçonne qu’elle ne quittera plus.

Très vite, les deux inséparables unissent leur talent et enchaînent les triomphes, notamment le ballet Carmen, d’après Bizet, joué à Paris en 1949 qui la propulse au rang de vedette, suivi en 1950 de La Croqueuse de diamants avec des chansons de Raymond Queneau. La danseuse et chanteuse a, entre-temps, troqué son prénom, Renée, contre celui très osé de Zizi, un surnom dont on l’affuble depuis que sa maman l’appelait son « p’tit zizi » quand elle était enfant. Durant une représentation, le réalisateur producteur Howard Hughes la repère et la fait venir à Hollywood où elle tourne Hans Christian Andersen et la Danseuse sous la direction de Charles Vidor et aux côtés de Danny Kaye, Roland Petit réglant les chorégraphies. Mais à leur retour en France, cette belle entente vole en éclats et il faudra deux ans de séparation avant que les amants magnifiques se retrouvent enfin. Mais quand Zizi racontait leur beau roman d’amour, elle préférait, par pudeur, occulter ses errements du cœur qui avaient failli avoir raison de leur histoire.

« J’ai été attirée par Roland dès que je l’ai connu, avouait Zizi au Parisien en 2008. Pendant les périodes où nous ne travaillions pas ensemble, il me manquait au quotidien. Quand je suis partie le retrouver à New York, c’était sans arrièrepensée, juste pour vivre près de lui. Et là, c’est arrivé ! Moi, je ne pensais même pas au mariage, c’est lui qui a voulu. Après, rien n’aurait pu nous séparer. Je lui ai dit : “Fais-moi un enfant”, et notre Valentine est arrivée. » Zizi livrait ainsi un joli résumé de leur histoire d’amour intense couronnée par un mariage dans le joli village beauceron de Saint-Cyr-la-Rivière, le jour de Noël 1954, un an tout juste avant que leur petite fille ne pointe le bout de son nez. Mais ce n’est pas à New York, comme elle le disait, s’emmêlant dans ses lointains souvenirs, mais à Hollywood que Zizi retrouvera son Roland…

En 1953, les deux amants se fâchent. le chorégraphe part exercer son art à Los Angeles aux côtés de la Paramount. Pour la fougueuse Zizi, ce sera New York, où elle a été engagée pour jouer dans la comédie musicale The Girl in Pink Tights. Mais alors que Roland travaille sur le film Papa longues jambes, avec Fred Astaire et Leslie Caron, voilà que la danseuse débarque à Hollywood pour renouer avec celui qu’elle ne peut pas oublier.

Dans cette cité bénie des anges, les deux ex-petits rats de l’Opéra retombent dans les bras l’un de l’autre et ne se quitteront plus, s’unissant devant Dieu la même année.

Devenue une flamboyante meneuse de revue, Zizi Jeanmaire crée en 1961 à l’Alhambra une chanson qui fera d’elle une légende, Mon truc en plumes, épaulée par Yves Saint Laurent au stylisme, Jean Constantin à la musique et Bernard Dimey aux paroles. Dans les coulisses, le chorégraphe n’a d’yeux que pour sa gouailleuse épouse qui a mis Paname à ses pieds…

En 1970, Roland rachète le Casino de Paris. Les années qui suivent, ses jambes interminables gainées de bas couture, elle y descend l’escalier avec panache dans des revues grandioses conçues spécialement pour elle par son mari.

Jusqu’à la mort du chorégraphe en 2011, ils n’auront de cesse de se dévorer des yeux. Une folle passion de 78 ans qui ne s’est jamais démentie au point que Zizi déclarait trois ans avant la disparition de son époux : « Quand on est ensemble, les heures passent sans qu’on s’en rende compte… » Ce à quoi Roland rétorquait : « Zizi a construit autour de moi tout ce que j’aime ». Elle le confirmait en 2000 au Monde : « Avec Roland, seule la création a guidé nos vies ». Preuve que ces affinités électives qui poussent deux êtres l’un vers l’autre sont capables d’accomplir des miracles.

Valérie EDMOND

À découvrir