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Bernadette Chirac : “Je ne survivrai pas…”

Publié le 12 octobre 2019

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© BESTIMAGE Bernadette Chirac

Très affaiblie, Bernadette Chirac n’a pas été en mesure d’assister à l’ensemble des cérémonies d’hommage à son mari ni même à son inhumation.

S’était-elle préparée à cette catastrophe intime, perdre celui dont elle a partagé le meilleur et le pire de l’existence durant soixante-trois ans ? Tout porte à croire que oui. Comment, en effet, cette femme de tête, à la volonté de fer, n’aurait-elle pas anticipé la disparition de son grand homme qui, ses dernières années, n’était plus que le fantôme de lui-même ? Murée dans l’hôtel particulier de François Pinault, rue de Tournon, à Paris, Bernadette Chirac avait, depuis plus d’un an, renoncé à toute apparition publique ; et, selon un proche de la famille, vivait ces derniers temps « muette, réfugiée dans la paix du silence ». 

Il y avait eu, deux ans et demi plus tôt, ce drame dont ni elle ni Jacques Chirac ne s’étaient remis, la mort de leur fille Laurence, victime d’anorexie mentale. Depuis cette date fatale du 14 avril 2016, la santé de l’ex-Première dame n’a cessé de décliner. À l’hommage national de Simone Veil, le 5 juillet 2017, on l’avait vue en fauteuil roulant, visage émacié, corps flottant dans une petite robe noire, fragile, pour la première fois peut-être de son existence.


Fragile mais déterminée à remplir, contre vents et marées, le rôle pour lequel elle avait dit « oui » un beau jour de mars 1956 : être aux côtés de son Jacques. Et insuffler de toutes ses forces la vie, l’envie de vivre à ce grand corps affaibli, à ce cerveau de moins en moins présent. En juin 2018, elle avait assisté avec leur fille Claude à l’inauguration de l’avenue Jacques-et-Bernadette-Chirac, à Brive-la-Gaillarde, cette ville corrézienne qui était devenue leur fief. Dans le bref et émouvant discours prononcé à cette occasion, elle racontait combien son époux avait été touché en apprenant qu’une rue allait porter leurs noms : « J’ai lu sur son visage, dans son regard, son sourire, un très grand bonheur. » C’est sans doute pour ces instants de grâce, de plus en plus rares ces dernières années et donc d’autant plus précieux, qu’elle a tenu bon.

A-t-elle parfois espéré partir la première ? C’est en tout cas ce qu’elle laissait entendre à Erwan L’Éléouet qui, en février dernier, lui a consacré un ouvrage, Bernadette Chirac, les secrets d’une conquête : « Je ne survivrai pas à la mort de ma fille et à celle de mon mari coup sur coup. Je ne pourrai pas résister. J’admire vraiment les femmes qui sont capables d’assumer, car je suis finalement très dépendante », confiait-elle.

Une dépendance partagée selon Jacques Toubon qui est depuis longtemps un proche de la famille. En effet, comme l’a déclaré l’ex-ministre de la Justice à BFM TV : « On a toujours dit que c’est Bernadette qui passait son temps à reconquérir Jacques Chirac. C’est peut-être l’inverse. C’est Jacques qui passait son temps à la reconquérir. »

Une chose est sûre, ni les multiples coups de canifs de l’ex-chef de l’État, ni les phrases assassines qu’ils échangeaient parfois – comme ce jour où elle avait déclaré à son homme, retiré de la vie politique, qu’il n’était plus rien –,n’ont réussi à détruire ce couple, soudé envers et contre tous, y compris parfois contre eux-mêmes. Il est des oiseaux connus sous le nom d’inséparables parce qu’ils passent leur vie entière avec le même compagnon. Lorsque l’un des deux meurt, l’autre ne survit pas. Bernadette serait-elle l’inséparable de Jacques ?

C’est accompagnée de sa fille Claude et de son petit-fils Martin que la veuve a assisté à la messe intime et familiale donnée pour les obsèques de son époux en la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides, ce lundi 30 septembre. Un effort sans doute surhumain pour cette vieille dame dont le monde – car Jacques était son monde – venait de s’effondrer. Elle n’était en effet pas présente à la cérémonie d’hommage national, présidée par Emmanuel Macron, qui s’est tenue dans cette même cour des Invalides à l’issue de l’office. Trop affaiblie selon Claude, elle a également manqué la seconde messe célébrée le même jour par l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, en l’église Saint-Sulpice. Plus inquiétant encore, elle n’a pas été en mesure d’accompagner son époux jusqu’à sa dernière demeure au cimetière du Montparnasse où il repose désormais.

Comme l’a confié Stéphane Bern sur RTL, l’ex-Première dame n’en finit pas d’accuser le choc : « J’ai eu des échos des Pinault qui sont allés lui rendre visite et qui sont des amis très proches. Et elle est très fragile, il faut le dire. » À 86 ans, doublement meurtrie par la disparition des deux êtres si chers à son cœur, sa fille et son époux, il semblerait que Bernadette Chirac, plus murée que jamais dans sa tour d’ivoire, n’attende plus qu’une chose, que la mort les réunisse enfin tous les trois pour toujours. 

Lili CHABLIS

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