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Commissaire Vénère : Ponts en France, attention danger !

Publié le 15 août 2019

Un rapport tire la sonnette d’alarme sur l’état catastrophique des ponts sur le territoire. Une nouvelle peu rassurante…

Environ 25 000 ponts sur les 250 000 que compte l’Hexagone présentent un problème de sécurité, selon le rapport d’une mission du Sénat publié le 27 juin dernier. Commandé à la suite de l’effondrement du pont autoroutier de Gênes en Italie en août 2018 qui avait fait 43 morts, le document souligne qu’environ un sur dix de ces ouvrages gérés par les collectivités locales (communes, départements) ou par l’État serait dans un état préoccupant. Bon nombre de ces ponts sont toujours en service, malgré les énormes risques qu’ils représentent. La France ne serait donc pas à l’abri d’un accident tragique…

Parmi ces ouvrages problématiques, les sénateurs comptent 7 % des ponts de l’État, 8,5 % des ponts des départements, et « probablement 18 à 20 % » des ponts des communes et des intercommunalités. En Moselle, par exemple, le pont de Rosselmont à Petite-Rosselle tombe en ruine. Interdit aux véhicules de plus de 3,5 tonnes, il est néanmoins emprunté par un millier de véhicules tous les jours. Dessous, une ancienne voie ferrée et une piste cyclable…

Plus affolant encore, les GPS qui orientent le trafic – dont celui des poids lourds – sur des ponts qui n’ont pas été conçus pour supporter de telles charges – ce qui expliquerait en partie leur dégradation.

Les sénateurs préconisent un « plan Marshall » avec, comme priorité, l’augmentation des moyens consacrés à l’entretien des ponts.

Responsabilités et moyens financiers

  • En quoi consisterait ce « plan Marshall » des ponts préconisé par les sénateurs ?
    Les sénateurs, conscients de la déficience des finances locales, proposent un plan de 120 millions d’euros par an dès 2020 pour les ouvrages relevant de l’état ; la création d’un fonds d’aide aux collectivités de 130 millions d’euros par an pour les ouvrages dont elles ont la charge ; l’utilisation de l’enveloppe consacrée à la sécurité des tunnels dont la fin du programme est pour 2021 ; la mise en place d’une vraie gestion patrimoniale des ponts pour anticiper les actions à entreprendre.
     
  • Comment expliquer leur état préoccupant sur l’ensemble du territoire ?
    L’urgence de la prise en compte de ces ponts délabrés est essentiellement financière : les communes n’ont pas les moyens de payer leur entretien parce qu’une grande partie du budget communal devrait y être investie, voire la totalité. L’état lui-même compte plusieurs milliers de ponts en souffrance de réparations, sans que les crédits nécessaires y soient consacrés. L’urgence seule commande, alors qu’il faut y consacrer un budget pérenne annuel pour un entretien régulier.
     
  • Y a-t-il un risque d’effondrement de certains d’entre eux ?
  • Lesquels sont le plus dangereux ?
    Le viaduc de l’Arrêt-Darré, dans les Hautes-Pyrénées, le viaduc Boulevard national à Marseille, le viaduc d’Echinghen sur l’A16 (actuellement en cours de travaux), le pont de Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, le pont de Gennevilliers dans le même département (en cours de réfection), le pont de l’Aiguille du Midi… Une vingtaine de ponts sont répertoriés comme ayant une structure sérieusement dégradée. On se rappelle que le pont de Gennevilliers a commencé à s’effondrer le 15 mai 2018, sans faire de victime, mais qu’il a fallu le fermer pendant plusieurs mois.
     
  • Tous les ponts en France sont-ils surveillés et évalués régulièrement ?
    En théorie, les ouvrages sont inspectés une fois par an et ils font l’objet d’une inspection plus détaillée tous les trois ans. Il faut savoir la France compte environ 250 000 ponts pour un million de kilomètres de routes, soit un pont tous les quatre kilomètres. La surveillance en incombe donc aux administrations de l’état et à celles des collectivités locales. Il n’en reste pas moins que de nombreux « petits et moyens ouvrages » ne sont jamais inspectés ni entretenus, faute de moyens.
     
  • A qui signaler un pont ou une route qui semble endommagé(e) ?
    Si l’on se trouve sur une autoroute, on peut le signaler à un poste de gendarmerie ou à un service technique de l’autoroute. Sur une route nationale ou autre, le mieux est de le signaler au maire de la commune où se trouve l’ouvrage.

De nombreux ponts ne sont jamais contrôlés

On aurait pu penser que l’état, les concessionnaires d’autoroutes et les collectivités locales se montreraient plus vigilants. Mais non ! De nombreux ponts sur le réseau secondaire ne sont jamais contrôlés. J’ai en mémoire une interview du délégué général à la sécurité routière qui affirmait que les causes de la mortalité routière n’étaient en rien concernées par l’état du réseau routier. Faux ! Il suffit de ressortir les travaux d’étude sur la fiabilité du réseau routier, car les 250 000 ponts français (on ne connaît pas le nombre exact) en font partie, pour affirmer que rien n’est plus faux.

La faute essentielle à une réduction des dotations de l’état allouées aux collectivités, qui oblige ces dernières à faire l’impasse sur certains travaux, y compris les ponts, bien sûr. Le rapport du Sénat n’a mis que ces carences au grand jour, pointant du doigt les choix prioritaires de l’état qui ne rétrocède qu’une faible partie des contraventions routières au budget des infrastructures, et délaisse les collectivités locales. Pour information, une année de recettes de PV financerait le plan Marshall des communes pour dix ans.

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