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Eric Braeden : Il brûle d’une passion intacte depuis 39 ans !

Publié le 17 mai 2019

A 78 ans, Eric Braeden, le pilier du feuilleton le plus populaire au monde, Les Feux de l’amour, nous a reçus chez lui à Los Angeles, en exclusivité.

Décrocher un rendez-vous à Hollywood n’est pas une mince affaire. Mais après de nombreuses tractations avec ce qu’on appelle les publicists, ces agents artistiques tout puissants qui gèrent les carrières des célébrités, tout s’est soudain éclairci par la magie d’un mail reçu à 4 heures du matin, heure de Paris !

Oui ! Eric Braeden, le légendaire acteur du feuilleton le plus regardé de la planète, Les feux de l’amour, était d’accord pour nous recevoir chez lui. Le jour J, à peine atterris dans la cité des Anges, consigne nous est donnée de nous rendre, en toute discrétion, à l’ouest de cette ville tentaculaire, pas très loin de l’endroit où Sunset Boulevard, le fameux boulevard du crépuscule immortalisé par le réalisateur Billy Wilder dans le chef-d’œuvre du même nom, rejoint l’océan Pacifique. Eric Braeden est aussi charismatique à la ville qu’à l’écran. Affûté comme un jeune homme, bronzé, le sourire enjôleur, il porte beau ses 78 ans.

Le pilier du feuilleton aux 100 millions d’aficionados à travers le monde, diffusé en France sur TF1, dans le « show » comme il dit, depuis 1980, nous accueille – en français ! – avec un tonitruant « Bonjour, comment ça va ? ». D’entrée, Eric nous raconte être venu dans notre belle capitale, à l’initiative de TF1, pour y mettre en boîte un épisode des Feux de l’amour, il y a de ça une dizaine d’années. Une expérience qu’il aimerait bien renouveler, nous souffle-t-il avant d’ajouter : « J’adorerais tourner avec un réalisateur français… » 

Installés dans son opulent salon plein de souvenirs de voyage, ouvert sur un jardin luxuriant – avec piscine ! –, nous savourons ce moment hors du temps, bien conscients d’être des privilégiés. Or le beau moustachu, né en Allemagne dans la région de Kiel en 1941, a dû batailler pour en arriver là.

Issu d’un milieu très modeste, orphelin de père à 12 ans, il débarque, aux États-Unis, à l’âge de 18 ans, avec 50 dollars en poche et l’adresse d’un vague cousin. à force d’acharnement, il va réaliser son rêve, au-delà de ses espérances. En 2007, dix ans après s’être illustré dans Titanic de James Cameron, il décroche enfin son étoile sur le très convoité Walk of Fame à Hollywood au terme d’une trajectoire vertigineuse.

Mais surprise ! Dans la vraie vie, le méchant Victor Newman des Feux de l’amour est un être exquis, marié à la même femme depuis cinquante-trois ans, à mille lieux, donc, du redoutable patriarche au cœur d’artichaut qui règne sur Genoa City depuis des milliers d’épisodes. Conversation à bâtons rompus avec un survivor, un survivant pas près de raccrocher…

France Dimanche : Vous êtes un francophile passionné, amoureux de Paris et fans de nos footballeurs, merci, nous sommes flattés !
Eric Braeden : Oui, tout d’abord, je dois vous dire que je suis un grand fan des Bleus ! Vos joueurs de foot sont impressionnants. Mais mon préféré reste Zidane, un des plus grands joueurs de tous les temps. Un mec fantastique. Je me souviens de la victoire de la France, en 1998, contre le Brésil, quel match ! Dernièrement, j’ai été aussi très impressionné par un autre de vos grands sportifs, Kevin Mayer, le champion du monde de décathlon. Ce qu’il est capable de faire est juste incroyable. J’en sais quelque chose, moi qui ai participé à des compétitions d’athlétisme dans ma jeunesse. J’étais très fort au javelot et au lancer de poids. En 1958, j’ai remporté avec mon équipe le championnat d’Allemagne junior dans ces deux disciplines. J’avais 17 ans et déjà la rage de vaincre ! 

FD : Vous parlez un français impeccable, bravo…
EB : J’ai appris votre belle langue à l’université, avec pas mal de facilité car tout ce qui est français m’intéresse. Je lis en ce moment un ouvrage sur Napoléon. Très instructif ! J’aime aussi beaucoup Camus, Simone de Beauvoir et Sartre. Je ferme les yeux et je m’imagine aux Deux Magots, à Saint-Germain-des-Prés, au temps des existentialistes, une époque où tout le monde fumait dans les bars !

FD. : Vous qui êtes si soucieux de votre forme, j’imagine que ce n’est pas votre cas.
EB : Je ne fume pas, c’est vrai, mais tous les soirs, je bois deux verres de tequila à l’apéritif. Une habitude prise au Mexique, sur le tournage de Titanic, où les habitants nous conseillaient d’en boire dès le réveil pour éviter les ennuis intestinaux. Ensuite, pendant le dîner, je m’accorde un verre de cabernet rouge de Californie. Vous voyez je ne suis pas aussi raisonnable que ça !

FD : Venez-vous souvent en France ?
EB : Aussi souvent que possible. J’apprécie énormément le sud du pays. La Provence, Saint-Tropez, c’est magique. Le seul souci, c’est le monde ! La Côte d’Azur, c’était formidable dans les années 70. Aujourd’hui, c’est envahi par la foule et les milliardaires russes… C’est dommage. Mon fils unique, Christian Gudegast, qui est réalisateur, a tourné des scènes de son dernier film, Criminal Squad à Marseille, une ville plus authentique que celles de la French Riviera. J’y avais un petit rôle, ce qui m’a permis d’être du voyage, pour mon plus grand plaisir !

FD : Vous semblez très proche de votre famille. Vous êtes un grand-père modèle…
EB : J’ai trois petites-filles : Tatiana 15 ans, Oksana, 7 ans et Angelika, 3 ans. Elles sont très souvent à la maison pour profiter de la piscine et du jardin. Tatiana, l’aînée, est une cavalière très douée. Elle fait même des compétitions. Je suis très fier d’elle. Avec la plus petite, Angelika, je retombe en enfance. Elle est si craquante. Je passerais des heures à jouer avec elle.

FD : Tatiana ne rêve pas de jouer la comédie comme son grand-père ?
EB : Non et heureusement ! La concurrence dans le métier est devenue si rude… Los Angeles est une jungle où des milliers de jeunes sont serveurs pour manger en attendant de décrocher un rôle. Mais seul 1 % d’entre eux va y parvenir. C’est cruel, mais c’est la dure réalité.

FD : Vous aussi, vous avez connu la galère. à 18 ans, vous quittez votre Allemagne natale et débarquez aux États-Unis avec seulement quelques dollars en poche. Pour vivre, comme vous le racontez dans votre autobiographie (I’ll Be Damned, éd. Dey Street Books, qui n’est pas encore sortie en français), vous faites alors toutes sortes de petits boulots…
EB : Oui, j’ai tout fait. J’ai d’abord été garçon de ferme, bûcheron puis cow-boy dans le Montana… Et quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai trouvé un emploi de voiturier pour un restaurant.

FD : Vous étiez alors loin d’imaginer l’incroyable carrière qui vous attendait. Vous possédez maintenant votre étoile sur le fameux Walk of Fame sur Hollywood Boulevard, la consécration absolue.
EB : Dès que j’ai foulé le sol américain, j’ai senti que quelque chose d’exceptionnel allait m’arriver. La vie ordinaire ne m’intéressait pas. Je rêvais d’un destin hors norme et j’étais résolu à tout donner pour atteindre mes objectifs…

FD : Quand vous débutez Les feux de l’amour, en 1980, vous êtes affolé par toutes ces pages de texte à apprendre tous les jours. Vous vous dites qu’à ce rythme-là, vous ne tiendrez pas plus de trois mois, et vous êtes encore là trente-neuf ans plus tard. Quel est votre secret ?
EB : à Hollywood, beaucoup d’acteurs, une fois qu’ils ont du succès, prennent le risque de changer de registre, c’est une grossière erreur. Car, souvent, c’est là que leur carrière s’effondre. Quand vous plaisez dans un certain genre, que ce soit à la télévision ou au cinéma, mieux vaut capitaliser sur ce potentiel. C’est ça la clef du succès. Il faut être là au bon moment, avec le bon personnage. Moi, je dois tout à Victor Newman.

FD : Dans la série, c’est un homme impitoyable, dans la lignée du J.R. de Dallas, votre parfait opposé en somme…
EB : C’est vrai, nous n’avons pas grand-chose en commun. Il s’est marié plus de treize fois alors que moi, je reste fidèle à la même femme, Dale, à qui j’ai dit oui en 1966. Quand j’ai voulu arrêter Les feux de l’amour au tout début, elle m’a retenu. Sans savoir ce qui l’attendait. Me voir à la télé embrasser des femmes très attirantes à longueur d’épisodes, ce n’est pas toujours facile. La jalousie, c’est humain ! Mais je la rassure, ce n’est qu’un boulot ! Sans elle, je n’aurais pas tenu le coup aussi longtemps. Il y a toujours une femme derrière un homme qui réussit, surtout à Hollywood où rien n’est jamais acquis, pour personne. J’ai bien conscience d’être un survivant. Mais j’ai dû batailler dur pour ça. Ça tombe bien, la bagarre, j’adore ça !

FD : Vous faites toujours de la boxe ?
EB : Oui, bien sûr ! Tous les matins, j’attaque la journée avec une bonne séance de sac de frappe. Et très souvent, je vais boxer avec un sparring-partner, un boxeur amateur d’un certain niveau, qui me sert d’adversaire.

FD : Vous êtes d’une grande exigence vis-à-vis de vous-même…
EB : Vous savez dans ce métier, il est interdit de se relâcher. Rester au top, c’est un combat permanent. Les acteurs de soap [feuilleton télévisé, ndlr] sont constamment sous pression et sur une série comme Les feux de l’amour, le rythme est intense. Dès mon arrivée sur le plateau, vers 7 heures du matin, je rentre dans la peau de mon personnage en apprenant mon texte. Je dois parfois mémoriser 50 pages de répliques. Titanesque ! On doit boucler un épisode par jour, alors on va enchaîner les scènes, et ce jusqu’à pas d’heure dans la soirée. Quand je tourne, je suis très concentré mais dès que je quitte les studios de CBS, j’oublie tout ! Je peux ensuite passer à autre chose. Je m’intéresse beaucoup à la politique, beaucoup plus qu’au cinéma et à la télévision.

FD : Vous trouvez encore le temps de suivre l’actualité ?
EB : Je suis un boulimique de news, toujours accroché à mon smartphone pour ne rien louper. Depuis que Trump est au pouvoir, je suis consterné. Très en colère même, quand j’entends qu’il veut faire construire un mur avec le Mexique, une absurdité… Je suis aussi de très près ce qui se passe en France. Je n’arrive toujours pas à comprendre ce que réclament les « gilets jaunes ». Plus de justice sociale, c’est bien ça, non ? Pourtant, vous avez la chance d’avoir un très bon système de santé et des aides sociales que nous n’avons pas ici aux États-Unis. Mais je ne connais pas suffisamment la situation française pour me permettre de juger.

FD : Vous pourriez vous lancer en politique comme Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de Californie…
EB : Oh non ! Surtout pas ! J’aurais trop peur de décevoir les gens. Satisfaire tout le monde est la tâche la plus délicate quand on accède au pouvoir. Je me contente, plus modestement, de donner mon opinion sur les réseaux sociaux… Je me projette déjà vers les prochaines élections présidentielles de 2021. Bientôt Trump devra céder sa place à un démocrate, j’espère…

FD : Vous êtes un acteur très engagé, tout comme Robert De Niro à qui on vous compare souvent à Hollywood pour votre jeu très Actors Studio, ça vous flatte ?
EB : Bien sûr, Bob est génial. Mais je pense avoir développé mon propre style… [Rires]

FD : C’est grisant, la célébrité ?
EB : Grisant oui, bien sûr, mais jusqu’à un certain point. J’apprécie le fait d’être populaire mais j’ai aussi besoin de vivre comme Monsieur Tout-le-monde. à L.A., nous, les acteurs, faisons partie du décor. Dans les supermarchés, vous pouvez croiser sans problème des stars en train de faire leurs courses. Moi, tous les matins, j’ai mon petit rituel, je vais au café du coin prendre mon petit-déjeuner – expresso, croissant, œufs au plat, saumon-épinards – et je lis ensuite les journaux en toute tranquillité. Le rêve !

Véronique DUBOIS

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