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Olivier Constantin : La vérité du fils caché de Michel Legrand  !

Publié le 16 mars 2019

Olivier Constantin et Michel Legrand se seront croisés plusieurs fois sans jamais s’expliquer. Aujourd’hui il ne reste plus qu’un grand sentiment de tristesse et d’incompréhension…

Olivier Constantin, le fils caché de Michel Legrand, n’avait jamais entendu parler de la fameuse interview parue dans Platine en 2012, dans laquelle le compositeur, disparu le 26 janvier, avouait à demi-mot être son père. 

Comme France Dimanche vous le révélait la semaine dernière, le ­compositeur y évoquait pour la première et unique fois son histoire d’amour avec la chanteuse Lucie Dolène, qui l’avait quitté sur un coup de tête en 1953. Dans cet entretien exceptionnel, Michel Legrand avouait même connaître l’identité de leur fils, né alors qu’ils étaient déjà séparés et qu’il avait choisi de ne pas reconnaître. C’est pour nous raconter sa vérité qu’Olivier a accepté de nous ouvrir les portes de sa maison de l’est parisien, non loin des bords de Marne. 

Dans le jardin, un impressionnant dogue de Bordeaux, qui se révèle vite être un gros nounours (prénommé Otis, comme le chanteur Otis Redding), monte la garde. Le chanteur, choriste entre autres de Michel Polnareff et de Michel Sardou, a installé dans son garage un studio d’enregistrement où il travaille, au clavier ou à la guitare, à des compositions qui, espère-t-il, donneront naissance à un album ou un spectacle. 

Le lendemain matin doivent se tenir les obsèques de Michel Legrand, et c’est avec beaucoup d’émotion que ce sexagénaire à l’allure juvénile – sweat noir à capuche et baskets montantes – nous ouvre son cœur. L’interview donnée par son père ne l’étonne pas plus que ça. Car cela fait bien longtemps qu’il sait que « Michel Legrand savait ». Les deux hommes se sont même croisés plusieurs fois. Mais lors de ces rencontres, c’était comme si un mur de glace les séparait. Une barrière infranchissable que ni l’un ni l’autre n’auront finalement eu le courage de briser…

France Dimanche : Quand avez-vous appris que vous étiez le fils de Michel Legrand ?
Olivier Constantin : Je l’ai su à l’âge de 15 ans. Un jour, je suis rentré du collège avec de très mauvaises notes, ce qui a provoqué entre ma mère, Lucie Dolène, et le compositeur Jean Constantin, son mari, qui m’a reconnu à l’âge de 6 ans, une énorme dispute. Au cours de cette discussion très houleuse, j’ai entendu Jean lui lancer : « Si c’est comme ça, tu n’as qu’à en parler à son père ! » Sous le choc, j’ai demandé à maman des explications. Elle m’a pris à part et m’a avoué toute l’histoire. À l’époque, Michel avait orchestré plusieurs de ses chansons et il s’en était suivi une idylle passionnée. Mais ma mère l’avait quitté ensuite sur un coup de tête pour Robert Lamoureux… 

FD : Et vous naissez l’année suivante ?
OC : Oui, je suis né en 1953. Sauf que ma mère, qui s’est vite séparée de Robert Lamoureux, très occupée par ses tournées, a été obligée de me placer en nourrice chez un couple adorable qui m’a élevé jusqu’à mes 6 ans. Maman avait rencontré le compositeur Jean Constantin, et ils avaient décidé de se marier. Elle me l’a présenté et m’a dit : « À partir de maintenant, tu vas appeler Jean, papa. » Mon père de substitution n’a jamais fait la différence entre moi et ses autres enfants. J’étais son fils, point. Mais la chose la plus incroyable, c’est que Jean et Michel Legrand se connaissaient très bien puisqu’ils avaient habité ensemble, avant que maman ne fasse la connaissance de Michel…

FD : Vous avez grandi loin de votre père biologique, sans rien connaître du passé de votre maman ? 
OC : Oui, mais je sentais bien que l’on me cachait des choses. Après m’avoir révélé le nom de mon père, elle s’est bloquée et a refusé d’en reparler. Mais je compte bien avoir des réponses à toutes les questions que je me pose. Maintenant que Michel est mort, j’espère qu’elle m’en dira plus…


FD : C’est donc grâce à l’interview de Platine que vous découvrez pourquoi Michel Legrand a choisi de vous abandonner...
OC : Absolument, et ce que je lis là me blesse encore plus. J’apprends que maman l’a quitté car elle croyait être enceinte de Robert Lamoureux. Mais trois ans plus tard, elle revient vers Michel pour lui avouer que cet enfant est le sien, car je lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Je comprends tout à fait sa position à ce moment-là. Il était très amoureux d’elle et n’avait pas l’intention de lui pardonner aussi facilement. Me reconnaître aurait sans doute été pour lui un aveu de faiblesse. 

FD : Avez-vous eu l’occasion de le rencontrer seul à seul ? 
OC : C’est arrivé une fois, mais il s’est montré tellement détestable que je n’ai pas eu le courage de lui parler franchement. C’était en 1984. Mon agent m’avait appelé pour me dire que Jacques Demy cherchait quelqu’un pour doubler les parties chantées de Francis Huster dans son film Parking. Les auditions devaient avoir lieu chez Michel Legrand à Paris. Sur le coup, j’étais inquiet, ne sachant pas quelle allait être sa réaction, puis je me suis dit que c’était peut-être le moment d’avoir une explication. Mais il m’a accueilli très froidement et n’a cessé de me dire que ce que je chantais manquait d’émotion. Je voyais bien qu’il essayait de me rabaisser par tous les moyens. Puis Jacques Demy est arrivé. Lui, à l’inverse, m’a couvert d’éloges… Il estimait que je faisais parfaitement l’affaire, un avis que ne partageait pas du tout Michel. Finalement, Huster n’a pas souhaité être doublé, et c’est bien lui qui chante dans le film. Mais cet épisode m’a profondément blessé. J’ai compris qu’il me serait difficile d’entamer avec lui une vraie relation…

FD : Vous avez 65 ans aujourd’hui. Toutes ces années, à attendre un signe de sa part, ont dû être très difficiles à vivre ?  
OC : Avec le temps, je me suis forgé une carapace pour contenir ma déception et ma colère. Rhonda, ma femme, une ancienne danseuse originaire de New York, et nos deux filles, Chloé, 32 ans, et Maya, 18 ans, n’ignorent rien de mes origines. Comme moi, elles trouvent dommage que mon père n’ait pas cherché à me connaître davantage. Avec cette passion de la musique que j’ai héritée de lui, nous aurions pu partager tant de choses. Maintenant qu’il est parti, j’ai surtout, en plus d’une grande tristesse, la sensation d’un incroyable gâchis…

Véronique DUBOIS

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