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Jean Dujardin : Il révèle son enfance de souffrance !

Publié le 1 juillet 2017

Comme il l’a confié à Laurent Boyer, petit, l’acteur Jean Dujardin était chétif, paralysé par la timidité, nul à l’école et raillé  par ses frères qui le surnommaient “le nain”.

Parmi les nombreux personnages qu’il a incarnés, au théâtre, à la télévision ou au cinéma, il en est deux qui lui collent particulièrement à la peau : le surfeur Brice de Nice, et The Artist, le rôle qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur en 2012. Brice, qui n’a peur de rien et surtout pas d’être ridicule, c’est celui que Jean Dujardin aurait aimé être quand il était gamin. Quant à The Artist, il l’a toujours été, un être à part, rêveur, « différent », comme disent ses frères.

Une différence qui lui vaut tous les honneurs aujourd’hui, mais qui n’a pas été tous les jours facile à assumer, loin de là ! Comme vous le découvrez dans le très beau portrait documentaire de Laurent Boyer, De Loulou aux Oscars, diffusé à 21 h sur C8, le 6 juin 2017, la vie, et notamment l’enfance, de « Duj’ », comme l’appellent ses proches, n’a pas été qu’une partie de rigolade.

À 45 ans, qu’il fêtera le 19 juin prochain, cet acteur accompli, amoureux de sa compagne, Nathalie Péchalat, papa comblé de Simon, 17 ans, Jules, 16 ans, et Jeanne, 1 an et demi, revient en effet de loin !

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Petit dernier d’une fratrie de quatre garçons, Jean grandit à Plaisir, près de Versailles. Il est très proche de Françoise, sa mère, qui s’occupe du foyer, un peu moins de son père, Jacques, chef d’entreprise dans le bâtiment. Chétif et très introverti, il a du mal à trouver sa place auprès de ses frères, Marc, Pierre et Vincent, trois costauds, futurs rugbymen. Ces derniers, s’ils l’aiment bien, lui en font voir de toutes les couleurs.

Humiliations

Ce sont eux qui lui trouvent son premier surnom, « le nain », qui hantera Jean pendant des années. Timide, mal dans sa peau, l’enfant a peur de s’éloigner de Françoise, sa mère, qui s’inquiète pour lui. À 9 ans, son benjamin ne parle pas, ou très peu, préférant se réfugier dans un silence peuplé de rêveries et d’amis imaginaires. Car à l’école, ça ne se passe pas mieux qu’à la maison. Sa timidité presque maladive l’empêche de prendre la parole.

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Complexé, il n’arrive pas à suivre, regarde plus souvent par la fenêtre qu’au tableau, ou bien s’amuse à observer les autres, en douce. Et il dessine. Comme le cancre de Jacques Prévert qui dit non avec la tête mais oui avec le cœur, il ne se sent pas adapté à ce milieu scolaire : « J’étais un peu lent en classe parce que j’observais. Et puis je n’aimais pas le moteur de l’école : il faut que tu te battes, que tu avances, que tu apprennes… », confie-t-il à Laurent Boyer.

C’est une de ses institutrices qui lui donnera son deuxième surnom, Jean de la Lune, un sobriquet que s’empresseront de reprendre ses camarades… Ces petites humiliations quotidiennes auraient pu le détruire. Elles vont lui inspirer au contraire un personnage qui assume sa bêtise, ne se laisse pas marcher sur les pieds, et sait être méchamment drôle. Ce personnage qui casse à tour de bras vous dit bien sûr quelque chose. Comme le confie le comédien : « Brice, c’est tout ce que j’aurais voulu être plus jeune quand j’étais incapable de dire un mot […], le fantasme du petit garçon qui n’a jamais osé parler. »

Imitations

C’est un incident en apparence anodin qui va l’amener à changer. Un jour, après une séance de piscine, Jean décide de s’acheter une madeleine au distributeur de confiseries qui se trouve à l’entrée de l’établissement. Il met une pièce dans la machine qui, malheureusement, se bloque. C’est alors qu’arrive un garçon plus âgé qui, à son tour, glisse une pièce et voit tomber deux madeleines : la sienne et celle de Jean ! Comme le raconte ce dernier : « Je n’ose même pas lui dire quoi que ce soit ! Et je le regarde bouffer ma madeleine. Je rentre tout seul et je pleure.

Puis je me dis : “On ne me volera plus jamais ma madeleine.” » Il a 12 ans et commence alors à prendre un peu d’assurance. Ayant passé des heures à observer ses petits camarades, il se met à faire le pitre dans la cour de récréation. Ses imitations font marrer tout le monde. À la maison, il agit de même avec ses frères. Comme le confie l’un d’eux : « Il a commencé à l’ouvrir, et quand il a pris un peu d’assurance, il s’est mis à nous regarder et à se foutre de nous. »

Cette confiance reste néanmoins limitée, notamment avec les filles. Sa maigreur le complexe beaucoup. Alors, les conquêtes, il les laisse aux autres. Comme il le raconte : « J’étais souvent le meilleur copain du mec qui emballait le plus. » Toujours aussi rêveur, il va cependant passer à l’action. Avec ses amis scouts, il achète une caméra et réalise, à 15 ans, son premier court-métrage. Il écrit, joue, dirige, bref s’amuse comme un fou, mais le plus sérieusement du monde.

Ce plaisir qu’il éprouve à faire le clown devant une caméra, il l’expérimente sur les planches quatre ans plus tard, lorsqu’il prend son premier cours de théâtre. C’est la révélation. Découvrir qu’il peut faire rire en étant sur scène lui donne enfin l’impression d’exister. Jean a trouvé sa voie, il n’en déviera pas.

Il met au point le personnage de Brice, d’abord sous forme de sketches qu’il expérimente au Carré blanc, à Paris. Puis, en 1997, il tente sa chance dans Graines de star, émission présentée par Laurent Boyer, dans laquelle le public choisit les artistes de demain. Jean est retenu. À la suite de son deuxième passage, il reçoit un appel d’une certaine Isabelle Nanty qui lui souhaite le meilleur et lui prédit qu’ils se reverront un jour. Le meilleur ne tarde pas à arriver.

Quelques mois plus tard, avec ses copains comédiens rencontrés au Carré blanc, il a formé le groupe Nous Ç Nous, une parodie de boys band qui tape dans l’œil de Patrick Sébastien. Très vite, ces mousquetaires du rire décrochent une émission hebdomadaire et sortent un disque qui cartonne. L’avenir semble tout tracé quand, un jour, Jean passe un casting pour une série courte, intitulée Un gars, une fille… Loulou consacre son succès à la télévision.

Mais Jean, qui est un fidèle, ne laissera pas tomber son ami Brice. Le film, sorti en 2005, fait un carton. Onze ans, 26 films – dont Toutes les filles sont folles, avec… Isabelle Nanty ! – et un Oscar plus tard, Jean réitère avec Brice 3.

Aujourd’hui les réalisateurs se l’arrachent, Hollywood lui tend les bras (mais il préfère la France !), et le public l’adore. Pourtant, au fond de lui, Jean Dujardin a toujours la trouille de redevenir le cancre qu’il était enfant.

Perfectionniste jusqu’à la maniaquerie, Jean Dujardin est capable de répéter des scènes qui ont déjà été tournées parce que, confie-t-il : « Je ne veux plus être le cancre. Je ne veux plus qu’on me dise : “T’es maigre, t’es nul”. »

Lili Chablis

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