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Philippe Bouvard : “Je suis coupé du monde !”

Publié le 4 octobre 2016

À 86 ans, l’ex-animateur des “Grosses têtes” s’est résigné à faire un adieu définitif à tout ce qu’il avait de plus précieux. Il tire un trait sur sa vie d’avant…

C’est un phénomène que l’on constate trop souvent, chez les personnes qui s’enfoncent dans la vieillesse : à mesure que les années passent, le monde extérieur semble s’éloigner, ainsi que les gens qui le peuplent, l’univers se rétrécit, le silence s’installe, de plus en plus impénétrable. Pour bien comprendre ce phénomène, réécoutez donc la chanson de Brel, Les vieux : tout y est.

Cette expérience, rarement réjouissante, Philippe Bouvard est en train de la vivre : à 86 ans, il n’hésite plus à dire « Je suis coupé du monde », parce qu’il appartient à une époque révolue.

Cette sensation, qu’il évoquait il y a quelques jours dans Le Parisien, est d’abord psychologique, bien sûr : soudain, un matin, on prend conscience que la société autour de soi est devenue comme étrangère, que l’on n’est plus « dans le coup » et qu’il est normal d’être remplacé par d’autres, plus jeunes. C’est ce qui est arrivé à Philippe Bouvard : « Mon départ des Grosses têtes reste un souvenir douloureux. Je les ai présentées pendant trente-sept ans, tous les jours. C’est toute une vie. On m’a remplacé par le meilleur concurrent [Laurent Ruquier, ndlr]. […] Mais, finalement, je crois qu’ils ont eu raison. Nous sommes en train de changer de repères culturels, il fallait passer à un autre animateur. Vous savez, longtemps, j’ai déploré ce changement. Aujourd’hui, je suis résigné. »

Résigné : mot terrible, n’est-ce pas ? Surtout venant d’un homme que l’on a toujours connu hyperactif, bataillant sur tous les fronts en même temps. D’ailleurs, petites parenthèses, lorsque Bouvard se dit coupé du monde, il noircit tout de même le tableau, puisqu’il continue de travailler à la fois pour la presse écrite (Nice-Matin) et pour la radio (RTL, le week-end). Mais enfin, par rapport à ses très nombreuses activités antérieures, on peut comprendre qu’il ait aujourd’hui l’impression que tout tombe en ruine autour de lui…

Philippe Bouvard : "C’est un peu mon cadre de vie qui va disparaître"

D’autant que l’impression n’est pas seulement psychologique. Sur le plan matériel aussi, Philippe Bouvard est en train de voir sa vie passée s’en aller en poussière. En effet, mardi 4 octobre, il va dire un adieu définitif à ce qu’il avait de plus précieux : les quelque 4 000 volumes de sa bibliothèque seront mis ce jour-là aux enchères. Ainsi que quantité d’autres souvenirs de toutes les époques de sa vie, y compris sa chère Rolls-Royce. Pourquoi un tel arrachement ? Parce que, juste après, Philippe Bouvard dira également un adieu définitif à l’écrin de toutes ces merveilles, dans lequel il vit pourtant depuis si longtemps : sa maison de 300 m2, sise dans le XVIIe arrondissement de Paris.

« Cette maison est trop grande, trop lourde, a-t-il expliqué au Parisien. Les impôts ont atteint un niveau confiscatoire. Surtout quand on est un travailleur indépendant…Donc je me sépare de cette maison pour aller dans un appartement plus petit de 100 m2, ce qui est déjà pas mal. Je ne pouvais pas tout emporter. Cela me fait de la peine, mais c’est plus raisonnable. […] C’est un déchirement. C’est un peu mon cadre de vie qui va disparaître. Un cadre de vie dans lequel je me réfugie depuis trente-cinq ans, dans cette pièce où j’aimais recevoir, travailler et réfléchir. J’ai à la fois l’impression, avec cette vente, d’avoir déjà disparu, mais aussi d’être mon propre héritier. »

La tristesse et le regret sont palpables… Cela dit, on aurait tort de s’imaginer un Philippe Bouvard totalement abattu, voire déprimé, à la perspective de tous ces changements. Malgré son âge, l’homme a encore l’œil vif et la dent dure, quand il veut !

Pour s’en convaincre, il suffit de le lancer sur l’une des grandes passions de sa vie : la télévision. En lui demandant, par exemple, ce qu’il pense des animateurs de la nouvelle génération, s’il préfère Yann Barthès à Cyril Hanouna, ou l’inverse. Sa réponse de fin gourmet fuse comme une balle : « Ni l’un ni l’autre. Barthès, c’est prétentieux comme toujours, parce qu’il l’est. Je trouve qu’il y a un peu plus de contenu qu’avant. Mais c’est souvent fourre-tout. Hanouna, il a fait mon siège pour que je revienne sur des petites méchancetés que j’avais dites sur lui. Il m’appelait tous les jours. J’ai fini par dire que j’avais dit ça sans vraiment le regarder. Ce qui était une méchanceté supplémentaire… Il a un don de bonimenteur mais un petit pois à la place du cerveau. »

Et vlan ! Il se sent peut-être coupé du monde, notre Bouvard, mais cela ne l’empêche toujours pas de lui dire crûment son fait, au monde en question !

Jean-Louis VINTEUIL

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