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"700 km pour rendre visite à notre fille handicapée !"

Publié le 23 décembre 2015

Chaque mois, ce couple de retraités de 72 et 74 ans effectue de nombreuses heures de route en voiture pour passer le week-end avec leur enfant qui ne trouve pas de place en maison d’accueil proche de chez eux. Jeanine, la maman, s’avoue désespérée.

« Notre fille Valérie vient d’avoir 48 ans. Elle est polyhandicapée depuis la naissance, ne peut ni manger, ni s’habiller, ni marcher seule. Elle a besoin d’assistance 24 heures sur 24. Dans sa maison d’accueil spécialisée de Montastruc, dans les Hautes-Pyrénées, elle est parfaitement prise en charge par des éducatrices et des kinésithérapeutes admirables. C’est là qu’elle vit depuis l’âge de 10 ans, et nous n’avons jamais eu aucun reproche à faire à toute l’équipe. Bien au contraire !
Depuis toutes ces années, Jean, mon mari, et moi, partons tous les mois passer le week-end avec elle. Valérie a besoin de ces visites régulières. Chaque fois, elle nous reconnaît et nous accueille avec des cris de joie. “Papa ! Maman !” hurle-t-elle dès notre arrivée. On s’embrasse et on l’emmène se balader en fauteuil roulant, dans les chemins, sur les marchés alentours. On file parfois jusqu’en Espagne, le temps d’une virée tous ensemble. Elle s’est habituée à ce rythme et nous aussi !

"On est devenus fragiles. Il faut qu’elle vienne vivre plus près de chez nous."

Mais aujourd’hui, j’ai 72 ans, et Jean, 74. On vieillit et on a peur de ne plus être capable de faire les 700 kilomètres aller-retour en -voiture (de la Gironde jusqu’aux Hautes-Pyrénées) pour passer du temps avec elle. Mon mari a eu un cancer du poumon et j’ai subi plusieurs opérations du dos. On est devenus fragiles. Il faut qu’elle vienne vivre plus près de chez nous.

Depuis quatre ans, j’ai alerté tout le monde. J’ai d’abord écrit aux responsables des dix maisons d’accueil de notre région. Mais il n’y a aucune disponibilité. Deux d’entre elles ont même 500 demandes en attente. On est sur les listes, bien sûr, mais quand obtiendra-t-on une place ? Je ne sais pas. J’ai aussi écrit à la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine… Pas de réponse.

En revanche, notre députée essaie de nous aider… Mais certains directeurs de maisons nous ont dit que ce n’était plus la peine de s’inscrire sur la liste d’attente, tellement il y avait de monde… Bien sûr, c’est décourageant. Car on se demande comment on va faire à l’avenir.

"Il est impossible de prendre en charge Valérie chez nous, car elle nécessite une attention de tous les instants."

Il est impossible de prendre en charge Valérie chez nous, car elle nécessite une attention de tous les instants. Je dois la changer et je n’ai vraiment plus la force. Il y a deux ans, on a envisagé de déménager pour se rapprocher des Hautes-Pyrénées.

Mais aujourd’hui, on n’a plus le courage. Plus jeunes, on croyait que l’on arriverait toujours à s’en sortir. On avalait les kilomètres sans problème et, surtout, on ne pensait pas qu’un jour on ne pourrait plus se déplacer comme avant.
Je sais que nous ne sommes pas prioritaires. Car pour avoir ce statut, il faut avoir son enfant handicapé à domicile. Ce qui est compréhensible. Mais, notre espoir, c’est de trouver une place en Gironde. Ou alors si l’on pouvait faire échange avec une famille qui réside plus près de Montastruc. Je veux juste pouvoir continuer à rendre visite à notre fille chérie. »
 

Alicia Comet

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