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"A 16 ans, j'ai été privé de maquis"

Publié le 26 février 2011

"Quand la Seconde guerre mondiale a débuté, j'avais douze ans. Comme nombre de nos concitoyens, nous avons fui les Allemands après la défaite de l'armée française. Avec mon père et ma mère, nous avons décampé sur des vélos, suivant la voiture à âne de mon grand-père. Tout le pays était sur les routes de l'exode avec la peur au ventre. Mais dix jours plus tard, nous étions rattrapés par les occupants. Nous avions la haine des “Boches“. Les souvenirs de la guerre de 14-18 étaient encore tenaces, d'autant que mon père en portait les stigmates sur son visage. C'était une “gueule cassée“. Mes frères aînés s'étaient engagés dès les premières heures du conflit. Et je n'avais qu'une idée en tête : combattre.

Mais j'étais trop jeune. Jusqu'au jour où une occasion s'est présentée. Mon grand-père, qui avait un bureau de tabac dans le 16e arrondissement de Paris, possédait une ferme dans le Gâtinais. Envoyé là-bas comme pensionnaire du laitier voisin, j'ai fait la connaissance d'une jeune fille du coin. Ensemble, nous allions au cinéma et dansions dans les bals du samedi soir.

Un jour de l'hiver 1943, elle m'a confié avoir surpris une conversation entre ses parents. Son père parlait d'un parachutage auquel il avait participé, citant le nom d'un serrurier que je connaissais. J'ai décidé d'aller voir cet homme pour lui faire comprendre que j'étais au courant des parachutages. Car je rêvais de participer aux opérations.

L'artisan a nié les faits. Mais j'insistais. Inquiet, il m'a ordonné de n'en parler à personne. Et quand je lui ai proposé mon aide, il m'a dit : “Demande des cigarettes à ton grand-père pour les réfractaires“. C'était ma première participation à la résistance. Mais je voulais en faire plus ! Quelle n'a pas été ma joie lorsque j'ai reçu un fusil anglais, des cartouchières en toile, des chargeurs et trois grenades ! Je ne me rendais pas compte du danger.

En août 1944 alors que les Allemands battaient en retraite, on se postait en embuscade près des routes. La consigne était de les harceler puis de décrocher. Mon chef nous faisait sans arrêt la leçon : “On tue les Boches, mais on ne prend pas de risques.“ Pendant quinze jours, j'ai vécu ainsi dans les bois avec mes compagnons de maquis. Puis notre groupe a été appelé en renfort dans une ville voisine. C'est là qu'une fille de mon village m'a vue le 25 août lors de la présentation des armes au monument aux morts. Elle a aussitôt alerté mes parents.

Mon père est venu me chercher à la caserne. Il m'a ordonné de rentrer à la maison. Il avait peur que je me blesse ou meure au combat. “Tu ne vois pas la gueule que j'ai“, m'a-t-il lancé. Ma mère, elle était dans tous ses états. Elle ne voulait pas que la guerre lui arrache un autre de ses fils. Elle venait d'enterrer mon frère aîné quelques jours auparavant. Quant à moi, n'ayant pas 18 ans, je suis rentré à la maison plein de regrets de quitter le maquis."

Propos recueilli par Anéma Isaac

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