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"A 24 ans, je gagne ma vie au Poker"

Publié le 15 avril 2011

« Je suis née dans une famille de joueurs : belotte, tarot, rami, etc. À 8 ans, je me concentrais déjà pour ne pas faire d'erreurs. Dix ans plus tard, je “tapais le carton“ entre les cours avec les copains. J'étais dans une école de management et tout le monde jouait au poker !  Pour moi c'est aussitôt devenu une passion : j'ai commencé à acheter des magazines spécialisés, je m'entraînais sur Internet, je voulais progresser. Mais je ne me voyais pas aller toute seule dans un cercle de jeu à Paris : ce monde d'hommes m'effrayait un peu, du haut de mes 19 ans...

J'ai fini par trouver un joueur qui a bien voulu m'accompagner dans un cercle des Champs-Élysées : c'était magique ! Ce soir-là, j'ai eu une “main“ insolente, la chance du débutant : avec 50 euros, j'en ai gagné 300, je me prenais pour un génie ! J'ai compris plus tard mon erreur... En attendant, j'avais décidé d'arrêter mes études.

Aujourd'hui, à 24 ans, mon métier, c'est le poker ! Au début, ma mère l'a mal pris. Puis, me voyant si passionnée, elle m'a dit : “OK, si c'est ce que tu veux, fais-le mais fais-le à fond, en professionnelle !“ J'ai potassé tous les bouquins et suivi des cours dans une école, à Paris (Docteur Stratagème). Puis j'ai décroché un job dans un cercle, ce qui m'a permis de m'approcher en spectatrice des grosses tables : observer les “sharks“ (les requins), c'est-à-dire les très bons joueurs qui misent des sommes illimitées, m'a menée à un niveau supérieur.

Puis, en 2008, j'ai été sélectionnée pour participer sur NRJ 12 à un tournoi de télé-réalité, à Las Vegas. Je n'ai pas gagné les 200 000 dollars de la finale, mais j'ai tenu un mois et demi et suis restée un mois de plus à Vegas ! Un an après, je me qualifiais pour l'European Poker Tour à Deauville.

C'est là que j'ai trouvé mon sponsor, Pokerstars, ce qui change tout : mes frais sont désormais pris en charge, et j'ai la vie que je voulais. Je voyage d'un tournoi à l'autre en Europe, je me lève et me couche tard. Et depuis la loi française qui autorise à jouer de l'argent sur internet, je travaille aussi chez moi.

Dans le monde encore très masculin du poker (10 % de femmes), je joue bien sûr de ma féminité : à certaines tables, les hommes peuvent s'agacer de se mesurer au sexe dit faible. S'ils s'énervent, ils jouent moins bien... Je vise aussi les tables modestes, dans des pays comme la Belgique ou le Maroc où le jeu arrive seulement : on y trouve des “fishs“ (des poissons), c'est-à-dire des joueurs débutants. Mais je suis prudente et respecte une règle d'or : ne jamais jouer plus de 5 %  de ma “bankroll“, c'est-à-dire les gains mis de côté exprès pour jouer. Pour cela, j'ai suivi des cours de gestion parce qu'à force de prendre des claques il a bien fallu que je m'assagisse !

Maintenant, je fais en sorte de m'assurer un salaire tranquille sans viser des sommets : environ 3 000 euros par mois. Mais c'est une moyenne sur l'année. On a tous des périodes de “bad run“ : on ne fait que perdre ! Et puis ça revient. Moi, j'alterne le “cash game“ (le jeu d'argent pur et dur où on peut se lever de la table à tout moment) et les tournois où les enjeux sont plus gros. On peut gagner jusqu'à 500 000 euros ! Mon plus gros gain, pour l'instant, a été de 15 000 euros, sur un tournoi. Mais, attention : si je gagne souvent, il m'arrive aussi de perdre beaucoup !

Mon conseil au poker ? Y aller très, très doucement... »

Propos recueilli par Laurence Delville

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