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“À défaut de me tuer, mon cancer m’a ruinée…”

Publié le 29 avril 2013

Bien sûr, Nancy est heureuse d’avoir échappé à la mort. Mais elle doit faire face à de nombreux problèmes matériels.

« En juillet 2011, à la suite d’une mammographie, j’ai découvert qu’une lésion cancéreuse s’était logée dans l’un de mes seins. À ce stade, mon traitement avait cependant toutes les chances de fonctionner. Pendant mes longs mois de chimio et de radiothérapie, après l’ablation de la tumeur, mes proches m’ont aussi beaucoup soutenue. Mon compagnon, ses fils, mes parents et mes amis : je leur dois une part de ma guérison. Aujourd’hui en effet, ma maladie est en passe d’être vaincue ! C’est formidable, c’est une grande victoire ! Toutefois, je ne peux oublier que mon cancer, à défaut de me tuer, m’a ruinée.

Bien sûr, le plus important, c’est que je suis toujours en vie ! Je n’ai perdu que de l’argent, ce qui n’est pas si grave. Mais je tiens toutefois à en parler car lorsqu’on est malade, on se passerait de ce type de problèmes matériels : c’est un stress supplémentaire qui empêche de se consacrer pleinement à la lutte contre le cancer. Pendant toute la durée de mon traitement, mon indemnité maladie n’équivalait en effet qu’à la moitié de mon salaire de secrétaire. C’était déjà bien que la Sécurité sociale assure ce minimum, alors que je ne pouvais plus travailler. Mais si cette baisse de revenus est gérable dans le cas d’un arrêt court, c’est beaucoup plus difficile lorsque ça dure et qu’on doit quand même continuer à nourrir sa famille ! D’autant qu’un cancer occasionne beaucoup de frais supplémentaires !

Par exemple, j’ai été dans l’obligation de m’acheter des perruques et ces prothèses capillaires coûtent au moins 300 euros, sur lesquels la Sécurité sociale ne rembourse qu’un forfait limité ! Alors plutôt que de choisir des cheveux longs et bouclés, pour conserver ma physionomie naturelle, j’ai dû me rabattre sur du court et du raide ! Malgré ce choix à l’économie, j’en ai quand même eu à chaque fois pour plus de 150 euros de ma poche !

Négligence

Pareil pour certaines huiles essentielles et certains compléments alimentaires : tout au long de mon traitement, c’étaient les seuls remèdes naturels qui m’aidaient vraiment à lutter contre les nausées, à renforcer mes défenses immunitaires et à apaiser les brûlures causées par ma radiothérapie. Leur utilisation n’était donc pas superflue. Pourtant, ils ne sont pas remboursés.

Mais le pire, c’est la négligence coupable dont a fait preuve ma banque. Mon conseiller savait en effet que je souffrais d’un cancer qui me privait momentanément de travail. Pourtant, il a “oublié” de me rappeler que j’avais contracté une assurance “maladie- perte d’emploi” qui pouvait prendre en charge le remboursement du crédit que j’avais fait pour investir dans l’entreprise de mon compagnon ! Et moi, accaparée par mes problèmes de santé, je ne m’en suis pas du tout souvenue. Du coup, j’ai continué à payer mes traites en puisant sur mes économies ! Résultat : je me suis vite retrouvée confrontée à de gros soucis d’argent, en plus de mon cancer.

Toutes ces complications, je suis certaine que beaucoup d’autres malades ont dû les affronter. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, je milite activement pour que des solutions soient adoptées afin de leur faciliter la vie. Je sais que les budgets de l’État sont réduits en ces temps de crise mais pour des affections aussi longues que le cancer, pourquoi les indemnités maladies ne seraient-elles pas revalorisées ? Ces fameuses perruques, qui nous aident à garder une apparence normale, ne devraient-elles pas être mieux remboursées ? Ces huiles essentielles et ces compléments alimentaires, comme beaucoup d’autres produits dits de “confort” mais qui se révèlent indispensables face à la maladie, ne pourraient-ils pas être pris en charge, au moins en partie ?

Il faudrait aussi que les malades, au début de leur parcours de soins, reçoivent une petite brochure d’information leur rappelant par exemple qu’ils ont peut-être des assurances, et qu’ils peuvent les utiliser pour faire face à leurs engagements financiers. Pensez-y, Messieurs les politiques : des décisions utiles sont à prendre… »

Nancy tient à remercier le centre qui l’a beaucoup aidée. « Centre Ressource », 1140 rue André-Ampère, 13851 Aix-en-Provence. Tél. : 04 42 22 54 81.

Propos recueilli par Thierry Lopez

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