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"A vélo, avec mon chien, j'ai fait le tour du monde"

Publié le 29 juin 2012

Il a descendu des fleuves en radeau et en pirogue. Il a fait tous les métiers, côtoyé les puissants comme les pauvres... et a amassé les souvenirs les plus fous.

« En vingt ans, avec mon chien, j'ai parcouru plus de 100 000 kilomètres dont 28 000 à vélo et visité 85 pays sur 4 continents. J'ai mangé des brochettes de mulots et des chenilles grillées en Afrique. J'ai survolé les pentes de l'Everest en montgolfière et  descendu le fleuve Congo sur un radeau que j'avais construit avec mon fils. J'ai fait la traversée de la Guyane aux Antilles sur un voilier de 14,50 mètres sans avoir jamais appris à barrer ou à hisser des voiles. Et on me prend souvent pour un fou.

Mon premier départ, c'est en 1972. J'ai 32 ans et je veux voir ce qui se passe ailleurs. Il faut dire que je n'ai jamais beaucoup bougé, mes parents n'aiment pas voyager. Je conduis une 4L et j'ai envie de me rendre en Australie par la route. En fait, je m'arrête à Kaboul et je rentre d'urgence pour des raisons familiales.

Cinq ans plus tard, je repars, cette fois avec une copine. On avait dévoré le livre d'un Breton, Joël Lodé, qui avait fait le tour du monde à vélo. Et on n'avait qu'une envie : l'imiter. Cette fois, c'est à Istanbul que je fais demi-tour, suite à une série de complications, qui ont commencé par un accident.

Descente en radeau de bambous sur 1 000 km sur le fleuve Congo
Traversée en pirogue chillouck

La troisième tentative est la bonne. En 1981, je reprends ma bicyclette avec 2 500 francs en poche, et je parcours enfin le monde, en tirant mon chien, Jim, dans une remorque. Je veux commencer par l'Est et revenir par l'Ouest. Mais je n'ai aucune envie de traverser la Yougoslavie et mon voyage débute par le Sud, le Maghreb, l'Italie, la Grèce, la Turquie, Chypre, Israël, l'Égypte.

C'est là que mon fils de 16 ans me rejoint. Et ensemble nous traversons l'Afrique subsaharienne. Lui reste à Libreville (capitale du Gabon, ndlr). Je trouve un passage sur un cargo et je pars pour l'Amérique latine. Uruguay, Paraguay, Argentine. Je perds mon chien, mordu par un serpent au Brésil. Puis je rejoins la France... en Guyane. Mon fils vient m'y retrouver, je rencontre une copine, et j'y reste dix ans. Je découvre les courses de motos, je descends le fleuve Maroni en pirogue pendant huit mois.

J'ai à nouveau envie de repartir. Ma copine n'aime pas le vélo. Je rachète un vieux voilier que je retape. Et nous embarquons pour les Antilles sans avoir appris à naviguer ni à nager. En mer, j'ai la peur de ma vie. Une tempête énorme s'abat sur nous, le bateau se couche, et nous sommes restés toutes voiles dehors, l'erreur à ne pas faire. On s'en sort de justesse. Merci au bateau, qui a résisté.

Jim avec un enfant masaï
Jim et la tortue

Ensuite, on se débrouille mieux, et l'on cabote le long des côtes des États-Unis et du Canada, on vogue dans la région des Grands Lacs, sur le Mississippi, avant de rejoindre l'Asie pour le Japon, la Thaïlande, le Népal et, pour finir, l'Inde. New Delhi aura été l'ultime étape. Je me rapatrie définitivement à Béthune pour m'occuper de mes parents qui sont très âgés.

Pendant ces vingt ans passés à voyager un peu partout, j'ai fait des rencontres extraordinaires. Grâce à mon vélo et à mon chien. Sur la route, tout le monde voulait nous photographier. On n'était pas des voyageurs comme les autres. On a dîné avec des ambassadeurs et partagé le repas de tribus rebelles au Sud-Soudan. On dormait sous notre tente, mais souvent les gens nous invitaient chez eux. Les Africains sont super, ils n'ont rien et ils vous ouvrent les bras. Je me rappelle encore ces femmes girafes qui marchaient pendant des kilomètres pour puiser de l'eau.

Jim et la pyramide de Khéops
Un des poèmes de Jim

Quand on a découvert la misère des petits villages, on demandait systématiquement à l'ambassade de France le plus possible de médicaments pour les distribuer. J'ai quelquefois eu peur. Dans le parc de Tsavo au Kenya, où, à bicyclette, on a croisé des lions, à Kampala (capitale de l'Ouganda, ndlr) où j'ai vu une femme tomber, tuée par une balle perdue, à trente mètres de moi, au Kenya où j'ai été agressé...

On a toujours travaillé, on voyageait avec peu d'argent pour éviter de se faire voler. Dans tous les pays, j'ai vendu très facilement aux touristes mes poèmes et des cartes postales avec en photo mon chien dans la remorque. Au Soudan, on était chefs d'équipe sur un chantier, en Guyane, on était soudeurs, mon métier d'origine, aux États-Unis, j'ai fabriqué des sacs en cuir.

Aujourd'hui rangé des vélos mais pas des voitures, l'aventurier devenu golfeur surveille de près son petit-fils, à la conduite déjà impeccable.

Aujourd'hui, à 72 ans, je me suis reconverti dans le golf, et je participe même à des compétitions à l'étranger. Je continue à voyager d'une autre manière, avec mes conférences, mon livre  Les mémoires de Jim, où mon chien raconte son tour du monde. Et même si j'ai parfois rencontré des ennuis sur ma route, je ne regrette rien, sauf de ne pas être parti plus tôt.

"Les mémoires de Jim, le chien globe-trotter" de Jean-Marie Malbranque, 10 euros. http://www.lechienglobetrotter.fr/

Propos recueilli par Béatrix Grégoire

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