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Abbé Bertrand Monnier : “Je suis à la fois prêtre, geek et métalleux !”

Publié le 21 janvier 2018

À 38 ans, Bertrand Monnier, ce diable de curé, n’est pas tout à fait comme les autres : il est fou de heavy metal… Dès qu’il a un moment de libre, il participe à des jeux de rôle, dévore les livres de littérature fantastique et organise via son association* des concerts de hard rock. Pas commun !

«Je suis l’aîné de six frères et sœurs et nous allions tous à la messe le dimanche. Ma famille est catholique, très pratiquante. Petit, je servais à la messe dominicale et mes parents, très investis dans la vie paroissiale, invitaient souvent les prêtres à la maison pour dîner ou pour des réunions.

Je les trouvais lumineux, si intéressants car ils savaient rendre les gens heureux autour d’eux. Devenir prêtre me semblait alors, et aujourd’hui encore, un beau projet. À 5 ou 6 ans, j’avais déjà trouvé ma vocation.

Être prêtre aujourd’hui, c’est une vie d’aventures avec un agenda très rempli ! Pas un jour ne ressemble au suivant. Depuis l’adolescence, je suis fan de metal, à l’époque on parlait de “hard rock”.


J’aimais beaucoup les jeux de rôle. Gros lecteur, je dévorais les histoires de vampires, de dragons, les bouquins de Tolkien. Avec les copains un peu “geek” comme moi, on s’échangeait les cartes de monstres, on partageait nos romans fantastiques. Au collège, j’ai vite découvert les groupes comme Iron Maiden, Metallica, Nirvana et Guns N’ Roses. Ce fut même une révélation. J’étais un peu différent des autres car je voulais devenir prêtre.

Et dans les années 90, quand on écoutait du metal, on était considéré comme des sociopathes, des diaboliques, des suicidaires… Mais il faut savoir que la musique metal est riche, complexe. En France, elle ne passe que très rarement à la télé ou à la radio. Et pourtant, tous les “métalleux” ont une formation musicale poussée. Rentré au séminaire, je me suis aperçu que je n’étais pas le seul à aimer ce type de musique. J’allais même souvent chez un confrère pour découvrir les derniers albums.

En France, la seule étude de référence sur le metal a d’ailleurs été écrite par un prêtre, le père Culat, du diocèse d’Avignon… Aujourd’hui, dès que je suis dans ma voiture – j’ai 28 clochers sous ma responsabilité aux alentours de Verdun – j’écoute du metal. Cette musique peut aussi être douce et paisible. Parfois, après une réunion houleuse, j’ai envie de me défouler et j’écoute alors disons une musique “plus puissante” pour souffler un peu…

Je joue aussi aux jeux vidéo, je suis un geek, quand même ! Être geek aujourd’hui, c’est être passionné par les mondes fantastiques. Je ne manque pas une avant-première de Stars Wars… Dans le cadre du caté, j’organise aussi des temps forts autour de Harry Potter par exemple car on trouve dans cette œuvre beaucoup d’éléments qui me permettent de parler de Dieu. Même chose pour Stars Wars !

En parallèle, j’ai aussi participé à la création d’une association, Metalphizik, dont je suis toujours membre actif, et nous organisons des concerts de metal dans notre monde rural. On a compté quelques belles dates avec des groupes français et étrangers connus. Je m’occupe plus particulièrement de l’accueil des musiciens.

Récemment, j’ai reçu un groupe de neotrash moldave, Infected Rain, chez moi. Ils m’ont fait écouter leur dernier album avant tout le monde. Le groupe de black metal Akroma est également venu tourner son clip dans l’église de Dieue-sur-Meuse… On s’imagine que les métalleux sont des mauvais garçons, des loustics obnubilés par les anges et les démons, les vampires et les chevaliers. Ce sont avant tout souvent des personnes très cultivées !

De toutes les façons, dès que l’on chante avec des voix saturées, le public néophyte imagine de la violence… Je porte toujours un Tshirt de métalleux, à l’effigie des groupes que j’apprécie, sous mon col romain de prêtre et cela fait sourire certains. D’autres, les plus intégristes, crient au blasphème…

Peu importe. C’est la musique de ma génération, après tout ! Bien sûr, pour des raisons techniques, il serait difficile d’organiser une messe avec de la musique metal. Dans une église, il y a une très grande résonance et cela exigerait une trop grosse installation ! »

*Page Facebook : metalphyzik

Alicia COMET

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