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"Alcoolique à 12 ans"

Publié le 3 mars 2011

« Tout a commencé à mon entrée en 6ème, au collège de Châteaudun. Deux garçons plus âgés m'offraient ma première bière. J'ai accepté par défi, pour leur montrer qu'une fille aussi pouvait le faire. C'est comme ça que je suis devenue alcoolique... à 12 ans !  Car très vite, la bière ne m'a plus suffi. J'avais une stratégie bien rodée. Dans une bouteille en plastique, je mélangeais du jus d'orange avec de la vodka. Je pouvais boire dès 7 heures du matin, sur le parking du collège. Personne ne s'apercevait de rien. Et puis j'arrêtais de boire vers 15 h 30, pour ne pas arriver “bourrée“ chez moi. Mon père l'aurait vu si je n'avais pas fait attention : il connaît la dépendance à l'alcool. Il a arrêté de boire il y a 26 ans et fait partie depuis longtemps du mouvement Vie Libre (www.vielibre.org) une association qui regroupe des buveurs guéris, des abstinents volontaires et leurs proches pour aider ceux qui veulent guérir.

À la fin de la 5ème, j'ai été virée du collège à cause de mes résultats, sans que personne ne me démasque. Je suis alors rentrée dans un autre établissement en alternance, une semaine en internat et l'autre en apprentissage en entreprise. J'avais 14 ans et j'en étais à m'injecter l'alcool directement dans les veines ! J'en suis arrivée à me faire jusqu'à 8 injections par jour. Je traînais dans les rave party et je goûtais à tout, même aux drogues dures.

Un jour où je n'avais pas trop bu, alors que je roulais à vélo sur une route de campagne, je me suis fais agresser sexuellement par un de mes voisins. Le grand choc. C'était en décembre 2003. Mais je n'ai rien dis. J'ai encaissé. Et j'ai bu. En juin, j'ai été renvoyée de mon stage d'apprentissage. On parlait de me placer dans une autre entreprise... où travaillait mon agresseur !

Là, j'ai craqué, avouant l'agression à l'un de mes moniteurs. Lui a prévenu mes parents et le maire de ma commune, Michel Branchet, qui m'aidera comme un père spirituel. Tous vont m'obliger à aller voir les gendarmes. Evidemment, j'ai pris soin de ne pas boire ce jour-là. Je suis en manque et je tremble comme une feuille. La femme gendarme qui m'interroge me met en confiance. Je lui raconte mon agression et, surprise, elle me croit ! Je ne lui dis rien sur ma dépendance à l'alcool, pourtant elle le comprend. Je suis découverte...

Mon père m'a dit alors : “Quand tu voudras partir en cure, tu me le diras.“ Et il m'a donné une punition : assister aux réunions de Vie Libre. J'y suis allée d'abord en prétextant que je devais faire un exposé scolaire...  À 15 ans et demi, j'ai finalement accepté la cure : 18 jours au service des diabétiques à l'hôpital de Chartres. Pendant cinq jours, je vais rester seule, pas une visite ni un coup de fil. Les cachets me calmaient, je dormais beaucoup...  Enfin, je sors désintoxiquée et je retourne au foyer. C'est un gâteau contenant de l'alcool qui a déclenché ma rechute 15 jours plus tard. Je l'ai mangé et voilà : je recommence avec une bière, puis deux... L'engrenage.  Je retourne à l'association Vie Libre où l'un des membres me prend entre quatre yeux : avec des mots très durs, cette personne m'a ce jour-là sauvée en me racontant comment sa fille était morte d'une rupture d'anévrisme à cause de l'alcool. J'ai pleuré pendant des heures.

Depuis ce jour-là, je ne bois plus. Cela fait cinq ans. J'ai 20 ans aujourd'hui, mais je sais que je ne suis pas à l'abri. Mon but aujourd'hui, c'est aussi de toucher les jeunes qui souffrent moralement et physiquement, faire de la prévention à travers les médias, aller dans les écoles. »

« Le premier verre, alcoolique à 12 ans » d'Elodie Comte, éditions Michel Lafon.

Propos recueilli par Laurence Delville

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