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Alice Gautreau : “J’ai aidé des migrants en mer Méditerranée !”

Publié le 16 juillet 2018

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Sage-femme indignée par la misère dans le monde, Alice Gautreau s’est engagée aux côtés de Médecins Sans Frontières en Afrique, mais aussi sur l’Aquarius un navire qui tente de secourir les victimes de cette crise humanitaire.

«Quand je suis devenue sage-femme, mon rêve de petite fille s’est réalisé.

Et quand Médecins sans frontières m’a embauchée, c’était au tour de mon rêve d’étudiante.

J’ai commencé par une première mission à l’est du Congo.

J’y ai géré les maternités de trois centres de santé dont la plus grande accueillait 2 000 accouchements par an.

Je suivais les grossesses, mais recevais aussi des femmes qui avaient essayé d’avorter par leurs propres moyens dans ce pays où les interruptions volontaires de grossesses sont illégales.

Avant cette expérience, je peux dire que je n’avais jamais autant travaillé.

Puis j’ai demandé à intégrer l’équipe de l’Aquarius pour ma deuxième mission.

Compassion

Nous sommes beaucoup à vouloir exercer sur ce navire.

Il sillonne la Méditerranée, entre l’est et l’ouest de Tripoli, selon les ordres des autorités italiennes, pour porter assistance aux personnes qui se retrouvent en mer sur des canots de fortune surpeuplés.

MSF intervient aux côtés de SOS Méditerranée, une association citoyenne qui a affrété le bateau grâce aux dons du grand public et qui continue à fonctionner uniquement grâce à eux.

Officiellement, le bateau peut contenir 600 passagers.

Pendant les trois semaines que j’ai passées à bord, nous avons effectué huit opérations de sauvetage : le chiffre a été dépassé à six reprises, dont deux fois au-delà de 1 000 !

Quand les gens sont dans l’eau, on ne peut pas les laisser pour une histoire de chiffres !

C’est leur vie qui est en jeu.

En revanche, lorsque le bateau est beaucoup plus lourd, le risque de chavirer est réel.

Il nous arrive parfois d’arriver trop tard pour empêcher des décès, l’Aquarius n’en est pas pour autant un navire de la mort.

Au contraire, c’est sûrement le seul moment depuis des mois où les gens sont en sécurité, vivent dignement, peuvent se restaurer et dormir sans crainte.

C’est un bol d’air dans leur périple.

Les femmes montées à bord représentent environ 15 % des personnes secourues, et la grande majorité d’entre elles a moins de 25 ans.

Lors des consultations, j’essayais de toutes les recevoir une par une.

Elles m’ont raconté leurs périples, les violences, la torture, l’esclavagisme et la fuite de Libye. à chaque fois, il me fallait trouver le bon dosage entre la compassion et la distance.

Naufragés

Nous n’avons pas le droit de rester en contact avec les naufragés.

Mais je dois avouer que je le suis restée avec une femme, Constance, qui m’a marquée à vie.

Je me souviendrai toujours de cette communication radio. Mon collègue m’a annoncé qu’ils ramenaient une femme qui venait d’accoucher.

Le travail avait eu lieu en pleine mer, personne ne l’avait aidée à part un Sénégalais qui lui avait tenu la main.

Certains lui avaient même demandé de se taire.

Elle avait attrapé son bébé toute seule lorsqu’il était sorti et l’avait enveloppé dans son foulard.

Je l’ai accueillie alors que le cordon ombilical la reliait encore à son fils.

C’est le capitaine qui a établi son certificat de naissance.

Aujourd’hui, je sais qu’elle vit dans un couvent italien. Elle attend que son dossier soit examiné. Mais les délais sont longs…

Et le fait que son fils soit né dans les eaux internationales, sans nationalité, ne facilite rien.

Cette crise humanitaire est sans précédent et je suis contente de pouvoir dire que j’ai fait ce que j’ai pu pour aider, même si ce n’était pas grand-chose.

Les naufrages continuent, les décès aussi, plus de 5 000 en 2016, plus de 15 000 depuis le début de la crise.

Chacun peut pourtant s’impliquer, que ce soit en soutenant les associations ou en se mobilisant pour bien accueillir et traiter avec dignité ces gens qui cherchent seulement à vivre correctement.

De mon côté, à 28 ans, sans attache et sans enfant, je me prépare pour une nouvelle mission au Congo où je vais aider à organiser la prise en charge des personnes victimes de violences sexuelles.

Là-bas, comme souvent, c’est un sujet délaissé et il y a beaucoup à faire. »

Seuls les poissons morts suivent le courant,
d’Alice Gautreau, avec Margaux Duquesne, éd. Pygmalion.

www.sosmediterranee.fr
www.msf.fr 

Julie BOUCHER

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