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Ana : “Victime de harcèlement scolaire, je me suis isolée…”

Publié le 1 juillet 2018

ana

Aujourd’hui étudiante, Ana a réalisé avec son père une BD pour sensibiliser les enfants et les parents à ce problème qui concerne un élève sur dix en France.

«Du CP à la fin du CE2, j’ai été harcelée par une élève qui m’avait choisie comme bouc émissaire.

Elle a commencé par se moquer de moi, puis à m’humilier, à me piquer mes affaires, à me bousculer.

Elle a même réussi à monter les autres filles de la classe contre moi et les envoyait me frapper.

Cela se produisait partout à l’école : en classe, quand la maîtresse avait le dos tourné, dans la cour de récréation, les couloirs, les escaliers, les toilettes…

J’étais isolée face à un groupe.

Les quelques garçons de la classe en étaient témoins, mais n’intervenaient pas et ne prenaient pas ma défense. Tout comme les enseignants.

J’avais parlé à mes parents de cette élève avec laquelle je ne m’entendais pas, mais ils pensaient qu’il s’agissait d’enfantillages, de petites histoires d’école qui s’éteignaient d’elles-mêmes.

Je ne leur ai donc plus rien dit pendant plusieurs mois.

Je partais le matin à l’école avec la boule au ventre. Le soir, j’avais du mal à m’endormir.

Mes résultats scolaires baissaient. Jusqu’à ce qu’un jour je craque et leur raconte tout : les insultes, les crachats, les coups…

Les responsables de l’établissement n’avaient pas prévenu mes parents, sans doute par désir de tranquillité, par peur du conflit dans le petit village, et que l’image de l’école en pâtisse…

Je n’allais pourtant plus en récréation.

Je préférais rester avec mes professeurs, à faire le café, vider les poubelles, laver le tableau pendant que mes camarades se défoulaient dans la cour et prenaient l’air…

Mes parents ont finalement pris rendez-vous avec la directrice, voisine des parents de ma harceleuse : la chef d’établissement n’a voulu mettre en place aucune mesure ni signaler mon cas.

Pour elle, ma harceleuse avait un comportement positif.

À ses yeux, c’était moi qui avais un problème de sociabilité et besoin de consulter un psy.

Je pense au contraire que ce sont les harceleurs qui devraient avoir un tel soutien.

Ils ont certainement un trouble du comportement ou une très faible estime d’eux-mêmes pour agir comme ils le font.

Tabou

La directrice a donc étouffé l’affaire pour ne pas nuire à sa réputation et éviter les querelles au sein du village.

J’ai finalement changé d’école : je suis allée dans celle du village voisin, et c’était beaucoup mieux, aussi bien avec les copains qu’en termes de niveau scolaire !

Mon bourreau a alors changé de proie.

Au collège, je suis aussi allée dans un autre établissement que celui du secteur pour éviter de retomber sur elle.

En revanche, au lycée, nous nous sommes retrouvées pendant deux ans dans la même classe, ayant choisi la même spécialité.

À la rentrée, elle a dit à l’une de ses amies, tout en me regardant : “Comme on se retrouve, le monde est petit !

Mes parents ont d’emblée informé les enseignants, qui ont été très vigilants et qui la surveillaient en permanence.

Elle essayait de s’incruster dans mes groupes d’amis, de les liguer contre moi et faisait circuler des rumeurs à mon sujet.

Elle n’avait pas changé, malgré les années. Poussée par ses parents, elle voulait toujours être la première, écraser les autres…

Ces “retrouvailles” malheureuses m’ont motivée à réaliser un album sur le sujet du harcèlement, avec mon père, Bloz, dessinateur de BD.

Je souhaite ainsi sensibiliser les enfants et les parents au harcèlement scolaire.

Tabou en France, ce problème concerne plus de 700 000 élèves (recensés), de la primaire au lycée, et peut avoir des conséquences dramatiques allant jusqu’au suicide de la victime.

Pourtant rien n’est vraiment mis en œuvre pour éradiquer ce fléau.

On refuse de voir, on minimise, on se tait.

Je souhaite faire passer plusieurs messages par ce biais : d’une part aux enfants, qui doivent rapidement en parler aux adultes ; d’autre part aux parents, qui ne doivent pas hésiter à changer leur enfant d’école, même si cela leur complique la vie. »

Seule à la récré, d’Ana et Bloz, éd. Bamboo.

Non au harcèlement, numéro vert : 30 20
(du lundi au vendredi de 9 h à 20 h).

Florence HEIMBURGER

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