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"Ancienne hôtesse de l’air, je convoie aujourd’hui en avion des enfants malades"

Publié le 19 mars 2011

«J’ai toujours eu la passion des voyages. Après une carrière ­d’hôtesse de l’air, que j’ai dû abandonner à cause d’un accident, me voilà à nouveau dans les airs ! Depuis presque un an, mes “passagers“ sont des enfants malades que je convoie en général d’Afrique vers la France. Cette expérience a métamorphosé ma retraite et ma vie. Je ne pense pas qu’à moi en disant cela, mais aussi à ces petits bouts tellement attendrissants.

Mon dernier petit voyageur avait 2 ans, il s’appelait Jeannot. Nous nous sommes rencontrés à l’aéroport de ­Kinshasa, au Congo. Il souffrait d’une malformation cardiaque et il a été opéré à Marseille. Quand il m’a regardée pour la première fois, il était tout étonné. Apparemment, j’étais la première personne blanche qu’il voyait. L’effet de surprise passé, il m’a très vite accordé sa confiance. Mais il a fallu que je demande à ses parents de partir, car leur présence le rendait trop nerveux.

Ce sont des moments difficiles pour les familles qui nous confient leurs petits. Elles sont très angoissées et transmettent sans le vouloir leur stress aux petits. Je parlais à Jeannot en français, et il me comprenait très bien, même s’il ne parle pas cette langue. Je m’occupe des enfants comme si j’étais leur maman. Je les distrais, leur donne à manger, je les change, je les câline. Le temps d’un vol, des liens se créent, et c’est difficile de les quitter.

Je me souviens que pour mon premier voyage, j’ai ramené Primaël, un petit garçon, au Bénin. Il venait de se faire opérer de l’œil et portait une prothèse. Dans son dossier médical, on expliquait comment faire pour remettre sa prothèse au cas où celle-ci partirait… Dieu merci, ce n’est pas arrivé ! Puis, du Bénin, je suis repartie vers la France avec Love-Carmelle, 2 ans, qui avait la particularité de s’exprimer en hurlant ! Mais une fois que j’ai posé cette adorable petite fille sur son siège, elle s’est endormie illico, et le vol s’est parfaitement passé.

L’an dernier, 388 convoyeurs d’Aviation sans frontières* ont accompagné 1 094 malades. Ils sont accueillis par des familles qui veillent sur eux avant, pendant et après l’opération. Les enfants viennent essentiellement d’Afrique, de Madagascar, du Laos et du Cambodge.

Quand je ne vole pas, je vais aider l’association à décharger des palettes de lait, par exemple, ou alors je cherche des sponsors pour une compétition de golf qui nous rapportera de l’argent. Je cherche également des jouets, des peluches et des poussettes-cannes, très utiles quand il faut courir avec les petits d’un terminal à l’autre !

Je collecte aussi des vêtements, car les enfants partent avec pour seuls habits ceux qu’ils portent sur eux. Souvent, ils n’ont pas de chaussures, juste des chaussettes. Malgré des moyens modestes, les familles mettent un point d’honneur à vêtir dignement leur enfant. Ils portent ce qu’on appelle des habits du dimanche. C’est émouvant mais ce n’est guère pratique, les habits du dimanche pour l’avion !

Il y a aussi des histoires qui démarrent mal et qui se terminent bien, comme celle de Joëlle, une petite fille ivoirienne. Née avec un très important bec-de-lièvre, elle avait été abandonnée dans la forêt par sa mère. Sauvée par son oncle, elle a pu être opérée aux États-Unis et elle a retrouvé sa maman.

Aujourd’hui, ma vie tourne autour du convoyage, j’y pense tout le temps ! »

* Pour en savoir plus : www.asf.fr

Propos recueilli par Anéma Isaac

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