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belles leçons de vie !”

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Anne Papas : “Les patients 
nous donnent de 
belles leçons de vie !”

Publié le 5 mai 2017

Dans ses chroniques, Anne Papas, cette infirmière de 45 ans, raconte son quotidien, à la fois épuisant et revigorant, dans un grand hôpital parisien. Malgré ses horaires variables et son salaire de misère, elle évoque son bonheur d’aider les patients au 
jour le jour.

«vLa plus grande qualité d’une infirmière c’est d’avoir de l’empathie pour autrui. C’est presque une vocation : il faut être motivée, solide physiquement et psychologiquement et posséder une bonne capacité d’analyse. Tout en gardant une certaine distance, qui n’est pas de l’indifférence, mais qui permet de respecter le patient dans son individualité et sa souffrance.

Le plus difficile dans ce métier, c’est justement de ne pas toujours pouvoir gérer la douleur de ceux dont on a la garde. Parfois, je dois m’occuper de dix malades à la fois et je n’ai pas toujours le temps de rester avec celui qui vient d’apprendre qu’il a un cancer par exemple. Il est en détresse ; il a besoin de se confier. Et moi, je dois filer pour une prise de sang, une toilette, une urgence…

Dans les hôpitaux, on manque cruellement d’infirmières. Le taux d’absentéisme est très élevé et le turnover énorme. Elles raccrochent généralement après sept années de boulot. Elles sont épuisées. Comment ne pas l’être quand on vous demande d’être présente tous les matins à 7 heures, cinq jours d’affilée, et d’enchaîner sur deux week-ends de garde ?

On exige de nous une flexibilité des horaires incroyable. Jeune maman, il m’arrivait souvent de ne pas voir ma fille tellement j’étais débordée. Il est si difficile de concilier vie professionnelle et personnelle !

Livre Anne PapasMystère

Dans les services de réanimation, on nous demande de travailler de jour pendant trois mois et d’enchaîner avec trois mois de boulot de nuit. Cette alternance est épuisante et très mauvaise… pour la santé ! On change de rythme en permanence. De plus, on est mal payées. En 2015, le salaire d’une infirmière est de 1.700 € bruts par mois, un montant inférieur à la paye moyenne des travailleurs français et bien en dessous du revenu mensuel fixé dans les autres pays d’Europe. Résultat : les soignantes désertent la profession.

Notre métier est très pointu : on fait trois ans d’études au cours desquels on apprend l’anatomie du corps humain, mais aussi l’ensemble des pathologies et des médicaments qui existent. Il faut bien être capable de surveiller les suites opératoires d’un patient hospitalisé et connaître et reconnaître tel ou tel effet secondaire d’un traitement administré. Comme je le dis souvent, finalement savoir piquer, c’est plutôt facile ! En revanche, respecter chaque fois toutes les règles d’asepsie et comprendre la finalité des soins prodigués est ardu.

Malgré ces contraintes, c’est l’un des plus beaux métiers du monde. J’adore le lien profond que l’on a avec les malades. Je cherche comment les accompagner soit vers la guérison, soit, lorsqu’ils sont condamnés, vers la mort. Aujourd’hui, on décède le plus souvent à l’hôpital et notre rôle est important dans ces circonstances dramatiques. En service de soins palliatifs, on est confronté à la mort chaque jour. Il suffit parfois, simplement, d’être présente, de tenter de soulager une douleur, d’assurer le confort du patient : va-t-on le changer de position toutes les heures ? Repérer ce dont il peut avoir envie…

Répondre aux interrogations des proches qui sont désarmés. On a beau être soignante, on n’a pas forcément toutes les réponses sur les mystères de la mort. Faire un petit massage à un patient qui geint, une piqûre de morphine à celui qui souffre trop et apporter un petit café réconfortant aux membres de la famille d’une personne à l’agonie, c’est aussi cela notre rôle. Être à l’écoute…

Souvent, les malades nous donnent de belles leçons de vie. Certains d’entre eux sont tellement courageux face à l’adversité et la souffrance qu’on est vite amené à relativiser nos petits soucis du quotidien. D’autres acceptent leur disparition avec une grande sérénité, très impressionnante. À leur contact, on n’a plus du tout envie de se plaindre… »

* "Astreintes – Chroniques d’une vie d’infirmière",  d'Anne Papas, aux éditions Rue de l’échiquier, 15 €.

Alicia Comet

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