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"Après 45 jours de coma, je me suis réveillé..."

Publié le 22 novembre 2012

Suite à un accident de la circulation, ce jeune restaurateur qui vivait à deux cents à l’heure s’est retrouvé handicapé. Mais il a décidé de se battre.

«À 5 h 10 du matin, mon existence et ma montre se sont arrêtées en même temps. Je venais d’avoir un accident de scooter, à 300 m de chez moi. À 33 ans, j’ai été diagnostiqué Glasgow 3, le niveau le plus grave de coma, et je suis resté inconscient pendant quarante-cinq jours. Moi qui avais l’habitude de vivre à deux cents à l’heure, aujourd’hui, je dois gérer plusieurs handicaps : une motricité ralentie, des troubles de l’élocution, une perte de la concentration. Mais je ne lâche rien !

J’ai un trou noir concernant l’accident. Cette nuit de la Saint-Valentin 2008, j’ai commis mon habituel péché d’orgueil, je me suis cru plus fort que je n’étais. J’étais sous antibiotiques, il était 23 h et, au lieu de rentrer chez moi, je suis allé en boîte sur les Champs-Élysées. J’ai bu trois verres qui, associés aux médicaments, se sont multipliés par deux. Pas étonnant que je sois tombé en conduisant, vaincu par le sommeil. Heureusement, un témoin a appelé les secours. Il m’a sauvé la vie. Dommage que les policiers l’aient mis en garde à vue, pensant qu’il pouvait être responsable de mon accident, avant de le blanchir. Je le revois régulièrement, c’est un très chic type.

Patience

Je n’ai aucun souvenir de mon coma. C’est seulement après que j’ai découvert combien ma famille et mes amis avaient été présents. Quand je me suis réveillé, je ne savais pas où j’étais. La première fois que j’ai avalé quelque chose, je me suis dit que ce resto était dégueulasse. Et je m’y connais ! Dans ma famille, les Frères Blanc, on est restaurateurs de père en fils, avec, entre autres, Le Procope, Au pied de cochon, Chez Clément. À l’époque, j’étais copropriétaire du Findi, un restaurant italien à la mode. J’adorais mon métier.

À l’hôpital, moi l’hyperactif, j’ai dû apprendre la patience. J’avais tout oublié, même mes prières. J’étais aussi ralenti dans mes capacités motrices que mentales. Le plus dur, ce fut avec mes garçons, âgés alors de 3 et 5 ans. Au début, ils me manquaient, mais je ne me sentais pas assez fort pour les voir, peut-être parce que j’avais le sentiment de ne pas avoir retrouvé la légitimité du père que j’étais. Élever des enfants quand on est un divorcé au cerveau ralenti, c’est diablement angoissant. Eux-mêmes avaient du mal à reconnaître ce nouveau papa.

Renaissance

Je voulais prouver aux autres que j’allais bien. Je voulais redevenir l’homme que j’étais, passionné par l’existence, les restaurants, le business, les relations. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que ce ne serait pas possible. Malgré mes handicaps, je me suis relancé dans des études de gestion, et j’ai obtenu mon diplôme. Quelle revanche sur ceux qui vous condamnent à ne plus jamais être comme avant ! Mes rapports avec les femmes avaient beaucoup changé. Jusque-là, j’aimais plaire et je plaisais. Après l’accident, celles que je rencontrais ne souhaitaient pas me revoir, et j’en ai conclu qu’un homme handicapé effrayait, ce qui fait énormément souffrir.

Aujourd’hui, trois ans plus tard, après de nombreux mois de rééducation, ma mémoire me fait encore défaut. J’ai toujours de la peine à lire, déglutir, suivre un scénario trop complexe, je n’articule pas assez bien à mon goût. Je suis devenu un invalide. Quel choc ! J’ai décidé d’écrire un livre pour raconter mon histoire*. C’est une thérapie, mais aussi un témoignage pour aider d’autres personnes dans ma situation. Je voudrais prouver que je vis une renaissance après cet accident. Je suis devenu plus attentif, plus sensible à la souffrance des autres. Mes relations avec mes enfants se sont beaucoup améliorées, ils ont repris confiance en moi !

Au quotidien, je suis débordé, je lis, je m’investis dans des causes, je me suis engagé en politique, je refais du sport deux à trois fois par semaine. J’ai repris goût à la vie. Et quand je vais en vacances dans un petit village du Centre, je passe parfois mes journées simplement à contempler ce paysage magnifique comme jamais auparavant.  Je sais que mon pouvoir de séduction a diminué mais j’attends de rencontrer une jeune femme, ce qui devrait se produire, selon les prédictions d’une voyante, début 2013. Finalement, je vis à cent à l’heure et mon médecin me conseille de rester à cette vitesse, de ne pas monter à cent vingt.

Je ne travaille toujours pas. J’ai du mal à me concentrer au-delà de trois heures. Mon but, ce serait de superviser trois ou quatre salons de thé, mais de ne plus courir dans tous les sens, de ne plus chercher à tout contrôler. Ce sera difficile, mais si j’ai réussi à gagner un combat contre la mort, alors je peux relever tous les défis, non ? »

* "Revivre à tout prix" de Jean-Philippe Blanc, aux éditions Guy Trédaniel : 19,90 €.

Propos recueilli par xxxx

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