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"Après avoir soigné les hommes pendant 40 ans, je viens en aide aux chats..."

Publié le 3 mars 2011

"Médecin généraliste, puis endocrinologue, j'ai consacré près de quarante ans à soigner les êtres humains. Voilà qui vous confronte à des questions difficiles et vous apprend la modestie... Peut-être est-ce pour cela qu'à la retraite, il y a trois ans, j'ai cherché à venir en aide aux chats. En  2006, j'ai acheté à cette fin une maison ! Pas un château, non, presque une ruine dans la campagne, à Saint-Paul-de-Vézelin, dans la Loire. Nous l'avons restaurée, et c'est devenu La Ferme de Job, avant de créer l'association*.

Notre but ? Prendre le relais quand les refuges ne peuvent plus rien pour des animaux qui ne sont pas adoptables. L'association Amichats nous a confié nos deux premiers invités. Traumatisés après des mois passés à se terrer dans des caves d'immeubles, ils ne se laissaient pas approcher. Ils ont mis un mois à sortir de leur trou, restant cachés dans le vieux four à pain. Aujourd'hui, nos pionniers se laissent caresser. Bambou le rouquin et Samba avec sa robe écaille de tortue sont des chats heureux. C'est toujours ça de pris sur les malheurs de la vie !

Depuis, une chaîne de solidarité s'est organisée. On nous signale ou l'on nous amène ces chats “difficiles“ dont personne ne veut, qui finiraient assommés à coups de pelles, noyés dans la Loire ou même empoisonnés. Ce n'est pas digne d'un pays civilisé ! Notre but est de lutter contre cette cruauté, sauver les bêtes qui peuvent l'être. A La Ferme de Job, les nouveaux arrivants sont soignés, stérilisés, nourris et disposent d'une pièce d'adaptation. Un deuxième espace est réservé habitués et nous avons ménagé partout des chatières pour qu'ils puissent circuler librement et sortir dans la campagne. Il était important d'éviter tout dangers comme la proximité d'une grande route ou d'éventuels conflits avec les riverains. Par ailleurs, nous n'accueillons pas plus de vingt chats pour éviter les problèmes d'hygiène sur lesquels nous restons très vigilants. Un logement de fonction sert également à la gardienne du lieu employée à temps partiel.

Quant à moi, je vis à une soixantaine de kilomètres. Je me rends souvent à La Ferme de Job, mais je n'en fais pas une obsession. Je crois qu'il n'est jamais bon de se consacrer à une seule cause. La mienne nourrit d'autres centres d'intérêts, en créant de l'emploi notamment, mais aussi en mêlant des gens de tous les milieux unis par une passion commune. Et le projet évolue. Un deuxième abri est en gestation dans un ancien atelier de charpentier que je viens d'acquérir.

Par ailleurs, nous avons constitué un fonds de dotation, Dotajob, dont les statuts ont été déposés à la préfecture de la Loire fin Juillet 2010. Nous pourrons ainsi faire appel, via Internet dès décembre, à la générosité des particuliers comme des entreprises, sous forme de dons pécuniaires mais aussi de locaux, comme, par exemple, un vieux hangar en Provence ou en Bretagne... J'espère en effet créer d'autres Fermes de Job ailleurs en France et surtout qu'elles continuent après moi et avec d'autres que moi. Pour cela, je me suis donné jusqu'à mes 70 ans, sept années encore pour que l'action continue. Mon rêve ? Que Les Fermes de Job n'aient plus du tout d'utilité, alors j'irais cultiver des fleurs !"

* Les Fermes de Job, 69, rue Paul Vaillant-Couturier, 42000 Saint-Etienne.  Mail : fermesdejob@free.fr

Propos recueilli par Laurence Delville

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