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Audric de Campeau : “Je fais mon miel sur les toits de Paname !”

Publié le 4 mai 2019

.photos:eric-tourneret
© Eric Tourneret Audric de Campeau

Ce jeune apiculteur de 35 ans récolte ce trésor produit par les abeilles sur les toits de la capitale. Une opération délicate effectuée sur 250 ruches.

«Mon père était allergique aux abeilles mais j’ai quand même installé une ruche au fond du jardin dans notre maison en Champagne. Comme je n’y connaissais pas grand-chose au départ – je suis un pur autodidacte – j’ai fait beaucoup de bêtises. J’ai découvert ainsi à mes dépens qu’il ne fallait pas ouvrir une ruche lorsqu’il y a du vent sous peine de subir quatorze piqûres à la seconde. J’ai appris ensuite comment bien enfumer les abeilles… Et je me suis lancé, moi, jeune étudiant en philosophie à la Sorbonne. Il faut dire que j’ai toujours adoré ces insectes que je trouve fascinants.

En 2008, je décide d’envoyer des lettres pour demander l’autorisation à de grandes institutions parisiennes d’installer des ruches sur leur toit. Mes courriers restent lettre morte. Leurs destinataires devaient croire à une blague…

Mais le fait est qu’il y a toujours eu des ruches dans la capitale, c’est attesté dès le xixe siècle. Les premières ont d’ailleurs été installées sur les toits de l’opéra Garnier. Le grand public ne l’a appris qu’il y a une vingtaine d’années, lorsque Yann Arthus-Bertrand en a publié des photos insolites !


Photo Pierre Torset - Paris Photographer

Toujours est-il que j’ai obtenu ma première autorisation un an plus tard, en 2009, pour les Invalides. Puis pour le musée d’Orsay, l’École militaire, le ministère de l’Intérieur, la Monnaie de Paris, où d’ailleurs le chef Guy Savoy a installé sa cuisine juste en dessous des trois ruches !

Ce n’était qu’un passe-temps au départ. Je n’avais pas vocation à faire du business. Mais ça a tout de suite marché. Quand les placards de la cuisine de ma mère ont été envahis de pots de miel, elle m’a suggéré… d’aller le vendre ! Et la vente, ça s’apprend.

Aujourd’hui, je suis l’un des plus gros apiculteurs de Paris mais je ne suis pas le seul. On dénombre environ deux mille ruches dans la capitale et j’en gère plus de deux cent cinquante.

Je vends mon miel dans les petites épiceries de quartier mais aussi dans des magasins plus prestigieux comme Fauchon, La Grande épicerie ou Le Printemps.


Photo Sébastien Bechotte

Certaines sociétés établies dans Paris me demandent aussi d’installer des ruches sur leur toit et d’en récolter la production : c’est le cas du joaillier Boucheron, place Vendôme, qui en possède trois et offre “son” miel à ses clients prestigieux… Les toits de l’hôtel Mandarin Oriental accueillent deux ruches dont la récolte est utilisée par le célèbre chef du restaurant, Thierry Marx. D’autres sont également présentes à l’Élysée et à Matignon.

Mes colonies d’abeilles restent en bonne santé. Je fais régulièrement analyser le miel pour détecter d’éventuelles traces de polluants. “Aucune”, m’affirment les labos. Pour une raison simple : l’abeille a la faculté de filtrer le nectar qu’elle transforme en miel.

Cela n’empêche pas les autres problèmes. Même à Paris, ces insectes sont décimés par le frelon asiatique, qui fait des ravages depuis trois ans, ou par le varroa, un acarien vorace. En outre, nous ne pouvons contrôler la météo. S’il pleut trop au printemps, la récolte de miel sera mauvaise. L’abeille ne sort pas butiner sous la pluie… »





Pour acheter Le miel de Paris



 

Alicia COMET

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