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"Avec mon boys band de retraités, je fais danser les divorcées et les veuves!"

Publié le 16 janvier 2012

Puisqu'il aime tant la danse et le chant, il a eu l'idée de monter son orchestre-musette avec une équipe de copains, entraînant sur les pistes toutes les femmes seules de la région.

«  Je pousse la chansonnette et je fais des pas de deux depuis l'âge de 5 ans. Ma mère, qui a remporté un premier prix à une émission de radio-crochet, m'a enseigné les plus belles mélodies, et mon père, infatigable, spécialiste du paso-doble et du tango, m'a appris le secret des danses de bals. Avec de tels parents, je me devais d'assurer la relève ! Ma danse préférée ? Le tango : c'est la plus belle du monde !

À 18 ans, je vivais à Lyon, et tous les dimanches après-midi, j'allais me perfectionner en prenant des cours chez un professionnel. À l'époque, le garçon qui ne savait pas danser peinait pour séduire les filles, alors que celui qui les entraînait dans un corps-à-corps endiablé était assuré de les faire fondre.

À 27 ans, je suis venu à Paris pour suivre des cours d'animation, une autre passion. Mais je ne vivais que pour les week-ends où je faisais le taxi-boy à la Coupole, célèbre brasserie parisienne qui organisait des après-midis dansants. Là, les femmes seules, souvent veuves ou divorcées, rêvaient d'un prince charmant qui les ferait tournoyer sur la piste. J'ai eu beaucoup de succès en devenant leur cavalier d'un instant. Ces femmes mûres préfèraient danser avec un taxi-boy comme moi plutôt que de s'élancer sur la piste avec une copine ou pire, faire banquette ! Rendre ainsi le sourire aux femmes esseulées me convenait.

En semaine, je devenais animateur dans les hypermarchés. Avec ma voix de stentor, je vendais des poulets, de la laque, des boîtes pour chiens ! J'étais rarement en panne d'arguments. Certains soirs, ma voix faiblissait un peu. Mais le lendemain, je cherchais de nouveau à conquérir la clientèle en modulant mes intonations.

Côté cœur, j'ai rencontré ma première femme en dansant le tango à Lyon, et ma seconde épouse en faisant de l'animation à la Foire de Sartrouville ! Mais j'ai divorcé deux fois. Aujourd'hui, Monique, mon amie, est aussi ma partenaire idéale et une cavalière émérite sur la piste. En 1979, je me suis installé à Bordeaux. On m'a alors dit que j'avais une voix radiophonique, et j'ai travaillé dans une station locale, puis comme speaker officiel du club de football des Girondins. Et le dimanche ? Je dansais encore...

À 59 ans, je me suis lancé un nouveau défi : monter une équipe de taxi-boys. J'ai créée une association et forme mon orchestre-musette avec des copains retraités : Pilou-musette et ses taxi-boys. Nous sillonnons la région, faisant danser les femmes seules, dans les clubs du troisième âge et les bals municipaux. J'ai recruté neuf taxi-boys. Ils ont entre 45 et 75 ans, et signent une charte les engageant à pas trop boire ni trop fumer, être correct à la table, savoir “à peu près“ danser et à ne pas avoir une compagne trop jalouse ! Ils ont aussi l'obligation de faire danser toutes les femmes.

Lorsque je ne m'époumone pas au micro, c'est mon tour d'inviter les dames à valser. L'autre jour, j'étais le cavalier d'une non-voyante de 87 ans. Tous les deux enlacés, on était si heureux qu'on a fondu en larmes. J'ai aussi réussi à faire tourner une dame en fauteuil roulant. Cela m'a fait chaud au cœur de voir que, même handicapée, elle pouvait encore être ivre de bonheur ! »

Propos recueilli par Alicia Comet

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