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Bertrand Plumey : “J’ai été opéré de la hanche droite au lieu de la gauche !”

Publié le 28 janvier 2018

Bertrand Plumey, ce retraité de 68 ans, a été victime d’une incroyable erreur médicale. Il y a trois ans, un chirurgien l’a opéré du mauvais côté. Depuis, il marche avec une attelle et souffre.

«J’avais de l’arthrose à la hanche gauche et j’étais au bout des traitements classiques. Je suis allé voir un chirurgien qui, à la vue des radios, m’a dit qu’il fallait opérer. Il faut savoir que l’opération de remplacement d’une hanche est une intervention classique, courante aujourd’hui. J’étais confiant et décontracté lorsque je suis arrivé à la clinique Belledonne près de Grenoble, le 11 septembre 2014.

Dans ma chambre, avant l’intervention, on me prépare : rasage du haut de la cuisse gauche, nettoyage à la Bétadine. Je suis bien peinturluré de ce côté-là. On m’emmène au bloc en début d’après-midi. Je crois que je suis le huitième patient du jour pour ce chirurgien connu pour ce type d’opération somme toute banale. Je me souviens que lors de ma visite préparatoire en juillet, il m’avait bien rassuré : “Trois jours après, vous serez sur pied !”

Après l’intervention, on me remonte dans une chambre. Je note une agitation inhabituelle dans les couloirs. à 20 h 30, le chirurgien est au pied de mon lit et m’annonce tout de go : “Monsieur, je vous annonce que j’ai commis une erreur : je vous ai opéré de la hanche droite au lieu de la gauche !” Il est blême, accablé, abattu… Moi, le ciel me tombe sur la tête. Mais comment a-t-il donc pu se tromper ?

Douleur

Il envisage immédiatement une nouvelle opération de l’autre côté pour le lendemain matin. Le vendredi 12, je repasse au bloc. On me pose sur le côté droit – celui qui a été opéré la veille – afin de pratiquer l’opération sur le côté gauche. L’intervention se déroule bien mais j’en sors très fatigué.

Le samedi matin, je ressens de vives douleurs du côté droit, côté opéré la première fois. Je fais une hémorragie interne, ma jambe droite est violacée, gonflée comme un tronc d’arbre… et si dure. Les douleurs sont atroces. La morphine aide un peu. Je perds beaucoup de sang et on me transfuse.

Je reste à la clinique une quinzaine de jours avec cette jambe lourde et dure et suis transféré en centre de rééducation dans un état de fatigue générale avancée. Au fil des mois de rééducation, je m’aperçois que mon nerf sciatique du côté droit a été écrasé. Je réapprends à marcher mais j’ai le pied droit qui traîne.

Justice

Deux ans de kiné n’ont pas fait disparaître mes douleurs. La nuit, j’ai des décharges électriques, des crampes dans cette jambe droite. Le jour, je ne peux plus tenir debout longtemps. Etre dans une file d’attente m’est particulièrement pénible. Devant les souffrances endurées, j’ai décidé de prendre un avocat spécialisé dans les préjudices corporels et j’ai porté plainte.

Face à une telle erreur médicale, la clinique et le chirurgien sont dans le déni total. Cela m’oblige à réagir, à les poursuivre en justice. Je veux savoir comment une telle erreur est possible. Je souhaite comprendre ce qui s’est passé par la suite : pourquoi le chirurgien a-t-il pris le risque de me réopérer le lendemain ? Aujourd’hui, les questions restent sans réponse. Ma détermination à connaître toute la vérité et à obtenir justice est totale. »


Maître édouard Bourgin, avocat de Bertrand Plumey, précise : « Alors que l’erreur de latéralité pour un chirurgien est une faute incontestable, grave, et pour laquelle il ne peut se retrancher derrière la responsabilité de quiconque, nous constatons dans ce dossier que le chirurgien poursuivi nie sa responsabilité, un peu comme un délinquant d’habitude contraint de nier l’évidence. Bertrand Plumey, comme tant d’autres victimes d’erreurs médicales, est outré par la déloyauté du corps médical lorsqu’on ose lui demander des comptes. Ces comportements doivent cesser, mais hélas, les tribunaux français ne sanctionnent jamais le mensonge, ni la déloyauté… »

Alicia COMET

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