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j’ai négligé mes propres besoins”

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Burn-out : “En prenant
 soin des autres, 
j’ai négligé mes propres besoins”

Publié le 6 février 2017

En 2015, après vingt ans de coaching professionnel, ce père de famille s’effondre : il fait un burn-out. Dans son journal de guérison, Thierry Chavel raconte les 
neuf mois qui ont suivi, 
les rechutes et la rémission. 
Un hommage à la vie, 
la vraie.

« Depuis vingt ans, je suis coach professionnel. Ma profession consiste à aider les autres à faire le leur… Un mélange de sage-femme et de confesseur. J’écoute beaucoup et parle peu.

Je reçois aussi bien des femmes que des hommes, des cadres d’entreprise, consultants et politiques que des étudiants, tous en quête de mieux-être dans leur emploi.

Mais à force de m’intéresser aux autres, j’ai négligé de prendre soin de moi. Certains fument, boivent ou jouent. Ma drogue à moi, c’était d’avoir mon agenda rempli. Je vivais pour travailler et non l’inverse.

"Quand j’étais avec des amis, je songeais constamment à mes prochaines échéances professionnelles."

J’aidais les dirigeants à se désintoxiquer de leur travail alors que j’étais aussi vulnérable qu’eux. Je n’appliquais pas les conseils que je donnais aux autres. Je menais quatre vies de front  : celle d’associé dans un cabinet parisien, de père de famille de trois enfants, âgés aujourd’hui de 6, 9 et 14 ans, tout en dirigeant un master à la fac et en écrivant. Je suis l’auteur d’une dizaine de livres sur le management.

Mais je n’étais jamais assez présent pour mes proches. Quand j’étais avec des amis, je songeais constamment à mes prochaines échéances professionnelles. Pire, même avec ma femme ou mes enfants, j’avais l’esprit ailleurs. Au point qu’un jour ma fille m’avait demandé pourquoi je ne souriais jamais.

Exalté dans mon travail et inexistant dans ma vie personnelle, j’ai fait un burn-out [“surmenage” en français, ndlr] en juin  2015, à 43 ans. Cela m’est tombé dessus brutalement, il a suffi d’un mail qui m’a plongé dans une mélancolie aussi soudaine que profonde. Puis j’ai ressenti une terrible bouffée d’angoisse à l’idée d’une réunion que j’avais le lendemain.

"Je ne répondais plus au téléphone, ne lisais plus mes courriers électroniques et passais mes journées dans un état végétatif."

Je me suis alors arrêté une quinzaine de jours. Je ne répondais plus au téléphone, ne lisais plus mes courriers électroniques et passais mes journées dans un état végétatif. J’ai perdu le sommeil et l’appétit, j’ai été victime de tachycardie, de vertiges et de coliques sévères.

J’ai pris des somnifères et des antidouleur. Plus j’en absorbais, moins ils agissaient. J’étais seul face à une souffrance psychique sans précédent. C’est ma femme qui a eu les paroles les plus bienfaisantes  : “Je vois que tu souffres, et je me sens impuissante à t’aider.”

Cette phrase m’a encouragé à tenir, cette preuve d’amour valait tous les coachings du monde. J’ai repris mon boulot en réduisant le nombre de mes rendez-vous et j’ai annoncé à mes associés que je désirais vendre mes parts. Ils ont été abasourdis.

J’ai ralenti mon rythme, sans sentir la machine redémarrer pour autant. Un jour, dans le métro, je n’ai plus réussi à avancer et me suis effondré en larmes. Le lendemain, au réveil, j’ai été victime d’hallucinations.

Un ami psychiatre est parvenu à me soigner en combinant un antidépresseur à 
un anxiolytique. Progressivement, j’ai appris à prendre mon temps. Aujourd’hui, je suis redevenu capable d’écouter de la musique, d’aller me promener ou de téléphoner à mes amis.

"Il faut parfois oser aller très mal pour aller mieux. Une rechute est toujours possible, mais j’ai moins peur de sombrer à nouveau."

J’emmène mon plus jeune fils à l’école et parle de la pluie et du beau temps avec ma voisine. Le travail n’est plus le centre de gravité de ma vie !

Le métro a du retard ? C’est l’occasion d’avancer dans ma lecture du moment. Une cliente annule un rendez-vous ? J’en profite pour filer flâner au Louvre… J’ai cessé de vouloir tout contrôler. Je ne me sens pas encore complètement guéri, mais je goûte à nouveau tous les petits bonheurs si précieux de l’existence.

J’ai mes grigris pour ne pas perdre pied  : des photos de mes enfants dans mon portefeuille et des dessins d’eux qui tapissent mon bureau, une pierre de jaspe rouge au fond de ma poche que je malaxe comme une boule antistress, un ours en peluche que j’ai depuis ma naissance et à qui je confie mes secrets.

- > Voir son site internet : 
www.jepeuxguerir.com

Et je dessine des mandalas quand j’ai besoin de me recentrer. Je me suis remis à la course à pied et retourne au cinéma… J’ai commencé à rédiger un journal de guérison, parfois entre deux rendez-vous, dans le métro ou au milieu de la nuit.

J’écris aussi un journal intime pour me vider de toutes les histoires que j’entends dans la journée. Ce burn-out m’a ouvert les yeux. Je mange de nouveau avec appétit, mon sommeil s’est stabilisé.

Désormais, je déjeune une fois par mois en tête à tête avec chacun de mes enfants, qui sont tout pour moi. Il faut parfois oser aller très mal pour aller mieux. Une rechute est toujours possible, mais j’ai moins peur de sombrer à nouveau. »

Florence Heimburger

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