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"Carie de guépard ou toux de singe, j'accours !"

Publié le 6 novembre 2012

Pour soigner ses patients issus de la faune sauvage, cette vétérinaire doit inventer d'étonnants stratagèmes.

"Dès mon plus jeune âge, j'ai assisté mon père, vétérinaire. Je le voyais faire des césariennes, l'aidais à réanimer les chiots ou les chatons... Il paraît même qu'une fois, je me suis endormie en caressant une panthère noire à la place de ma peluche préférée ! Le mercredi, mon père essayait de caler les interventions d'animaux sauvages pour assouvir ma curiosité. Je rêvais de passer mes journées à soigner des bêtes sauvages et exotiques, et je suis aujourd'hui la seule vétérinaire à exercer en libérale sur cette faune à part.

J'interviens pour des zoos, des cirques ou des particuliers. Un éléphant qui boite, un guépard qui a mal aux dents, un singe qui tousse et j'accours ! Pandas, lions, daims, guépards, tapirs, chameaux, chacun a ses particularités et je dois sans cesse m'adapter. J'ai utilisé un scalpel pour raser un ours qui souffrant d'une infection, une brouette pour transporter un chimpanzé anesthésié, et une disqueuse pour tailler les sabots des girafes. Avec le temps, j'ai développé un savoir-faire avec les éléphants, les rhinocéros et les girafes.

J'ai créé, avec l'aide de mon mari, le premier système d'harnachement pour aider les pachydermes à se relever, car si l'animal est vieux ou malade, et ne peut y parvenir seul, il peut en mourir. Aujourd'hui, de nombreux zoos français en sont équipés ce dont je suis fière. Pour les girafes, ce n'est pas simple non plus, car après avoir été immobilisée au sol, elles ne réussissent pas toujours à redresser leur cou et leur tête. La seule solution, c'est de l'aider en lui donnant de l'élan : je suis  devenue une grande spécialiste du lancer de tête de girafe !

Ce que j'aime, c'est que mes journées ne se ressemblent pas. Je passe des heures au volant, parfois pour soigner un singe, une autre pour rattraper un animal qui s'est enfui. Il me faut souvent inventer des stratagèmes en me mettant à sa place pour découvrir l'endroit où il a pu se cacher, adopter une tenue de camouflage. Les courses-poursuites sont nombreuses et je me retrouve souvent courbatue, couverte de gadoue ou épuisée après des heures à crapahuter en plein soleil.

Le plus pénible est de se rendre compte qu'on ne pourra pas soigner un animal mais à l'inverse j'ai aussi développé quelques liens privilégiés avec certaines bêtes. Je prends de leurs nouvelles, et ils me reconnaissent quand je vais les voir.

Je me souviens d'un éléphanteau, née au zoo de Vincennes, une femelle dont je m'étais beaucoup occupée. Des années après avoir été transférée dans un autre parc, je l'ai revue. Tout de suite elle est venue vers moi et s'est mise à délacer mes chaussures comme elle le faisait petite. Un geste qu'elle n'avait jamais eu avec un autre soigneur ! J'aime mon métier pour tous ces moments de bonheur."

"Un éléphant dans ma salle d'attente" de Florence Ollivet-Courtois, aux éditions Belin

Propos recueilli par Julie Boucher

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