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Catherine Bire : “Mes chiens au secours des sourds et malentendants !”

Publié le 12 septembre 2018

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© DCDK Catherine Bire

Cette femme éducatrice canine enseigne à des bergers australiens à devenir les oreilles de ses maîtres atteints de surdité. Unique en France.

«Un jour, lors d’un reportage télévisé réalisé en Grande-Bretagne, j’ai découvert l’existence de ce que l’on appelle les chiens écouteurs, ces toutous capables de réagir aux sons de la vie quotidienne pour alerter et accompagner leur maître sur le lieu où survient le bruit.

J’ai été fascinée par cette approche et ce qui m’a frappée, c’est le fait que le chien travaille seul, sans avoir besoin d’un ordre de son maître.

Il est en permanence à l’écoute !

Par exemple, lorsque la porte d’entrée sonne, l’animal vient toucher son maître et l’accompagne jusqu’au seuil de la maison.

Même chose pour le téléphone. Le chien peut aussi tout simplement réagir à des cris de bébé dans une chambre…

Après avoir visionné ce reportage, je me suis demandé si une telle activité existait dans notre pays… Il n’y avait rien.

Il faut savoir qu’il y a des chiens écouteurs depuis vingt-cinq ans outre-Manche, et depuis au moins quarante-cinq ans aux États-Unis.

Autant dire qu’on avait du retard…

Comme mes performances en anglais ne sont pas épatantes, j’ai suivi une formation – via Skype – avec un éducateur canin canadien.

Pendant un an, tous les jours, j’ai discuté avec ce spécialiste pour apprendre à mes chiens les rudiments de leur futur boulot.

Au départ, j’ai formé un labrador, puis un boxer, un dalmatien, et encore un bouvier…

Mais je me suis vite aperçue que le chien “le plus écouteur” était le berger australien : un toutou sensible, observateur, joueur et qui ne rechigne pas à la tâche.

Je veux que l’animal ait un lien fort et unique avec son maître, de manière à ce qu’il comprenne, voire analyse, ses besoins.

Je travaille en partenariat avec un élevage de bergers australiens en Mayenne.

A deux mois, j’achète le chiot que je sélectionne pour les besoins d’une personne malentendante, ou d’un couple de sourds, par exemple.

Ce chien est placé en famille d’accueil jusqu’à ses 18 mois afin d’être dressé.

Après, jusqu’à l’âge de 24 mois, il revient chez nous pour que je le forme aux besoins spécifiques des malentendants.

Il apprend alors une trentaine de signes, comme une personne sourde.

Ensuite, il est remis – gratuitement – à son bénéficiaire pendant une durée de huit à dix ans.

Autonomie

Pour bénéficier d’un chien écouteur (comme les chiens guides d’aveugles), il faut avoir une carte d’invalidité prouvant un taux d’incapacité à entendre d’au moins 80 % et remplir un dossier que je valide au sein d’une commission rassemblant un médecin, une pharmacienne, le fondateur de l’association…

Chaque année, une vingtaine de dossiers sont validés. Mais nous ne pouvons pas répondre à la demande exponentielle.

Nous, Les chiens du silence, sommes la seule association en France à proposer ce type de service.

Les bénéficiaires, qui ne sont jamais officiellement propriétaires du chien, ont entre 20 et 68 ans, sont sourds ou malentendants et souhaitent garder une autonomie de vie.

Ils ne veulent pas dépendre d’une tierce personne pour aller au travail, se rendre à un rendez-vous, sortir en ville, conduire un véhicule…

Il faut savoir que les chiens écouteurs ont accès à tous les commerces, les restaurants, les transports en commun, les taxis, sans aucune restriction.

On ne peut leur refuser l’entrée au cinéma ou dans un café, par exemple. à l’image des chiens guides d’aveugles qui ont eux aussi accès à tous les lieux publics.

Certains des bénéficiaires sourds conduisent leur véhicule et emmènent leur chien qui s’assoit sur le siège passager.

Dès que ce dernier entend une sirène de pompiers ou un motard qui surgit au loin, il prévient son maître qui peut alors prendre toutes les dispositions nécessaires pour s’adapter à la situation.

Une fois que le chien est remis à la personne malentendante, à l’âge de 24 mois, il est apte à remplir son devoir pendant une dizaine d’années, à la suite desquelles le chien nous sera rendu ou sera adopté par son maître.

Une retraite bien méritée pour un toutou qui bosse souvent plus de quatorze heures par jour !

Je me rends une fois par an chez les bénéficiaires pour prendre des nouvelles du berger australien en question.

Et quand je vois la joie ressentie par une jeune fille sourde de 21 ans qui, grâce à ce chien écouteur, peut enfin sortir en ville toute seule sans stresser, je suis au comble du bonheur ! »

Si vous ­souhaitez soutenir cette cause : Association Les chiens du silence – www.leschiensdusilence.sitew.com

Alicia COMET

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