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Charlène, La Ciotat (Bouches-du-Rhône) : “Avec ma poche intestinale, je suis devenue Kangouroo girl !”

Publié le 19 mai 2019

Cette jeune femme de 25 ans a choisi d’assumer sa poche, qu’elle a appelée “Suzanne”, et souhaite briser le tabou de la honte pour les 80 000 Français qui sont dans le même cas.

«À l’époque, je perdais beaucoup de poids et je me déshydratais un peu plus chaque jour. Les médecins ont diagnostiqué une maladie chronique inflammatoire de l’intestin. Après des années de traitements lourds, on m’a proposé de m’opérer pour m’enlever le gros côlon, très abîmé. Comme il me restait mon intestin grêle, je pouvais tout à fait continuer à vivre. 

En décembre 2012, je n’avais que 18 ans lorsque j’ai subi cette intervention. Mais le chirurgien a sectionné une autre artère que celle qu’il devait couper et mon intestin grêle s’est nécrosé… 

Une erreur médicale grave qui m’a laissée handicapée (je n’ai plus que 30 cm d’intestin au lieu de 8 mètres !). Je suis d’ailleurs actuellement au bout du rouleau, ayant bien entendu poursuivi les responsables de l’hôpital Nord de Marseille devant les tribunaux, sans résultat pour l’instant.

Pendant dix jours, j’ai été placée en coma artificiel et j’ai été alitée durant plus d’un mois et demi. J’ai depuis récupéré mes forces, grâce à ma grande vitalité. J’aime juste la vie… évidemment d’autant plus que j’ai failli y rester.

À mon réveil, j’avais, à côté de moi, une petite poche en plastique pour recueillir mes selles. Au début, je ne la supportais pas. Au fil des mois, j’ai appris à l’accepter et mieux, à m’en faire une alliée. Aujourd’hui, je lui ai donné un nom : elle s’appelle “Suzanne” et je l’aime comme quelque chose qui fait intégralement partie de moi. Il faut dire que sans elle, je meurs. 

En juin dernier, j’ai décidé de poster sur Facebook, Instagram et YouTube des photos et cinq vidéos de moi avec ma poche complice. Je suis devenue Kangouroo girl ! Depuis huit mois, j’ai posté pas moins de cent dix-huit clichés sur ces réseaux sociaux. 

Une façon de montrer à tous les “stomisés” (ceux qui vivent avec un sac extérieur) de France que l’on peut vivre bien avec cette poche. Moi, je dois la vider près de cinquante fois par jour car il ne me reste qu’un tout petit bout d’intestin, mais je vis. Même si je dois être alimentée artificiellement. 

Devenir Kangouroo girl a été une libération pour moi car, d’un coup, je me suis sentie soutenue et reconnue par des milliers d’inconnus qui jusque-là souffraient de leur situation en silence. Je peux m’enorgueillir aujourd’hui d’avoir plus de 13 000 abonnés. Il faut casser le tabou. 

Je poste régulièrement des photos de moi dans ma vie quotidienne et je vois que mes clichés aident les autres à retrouver confiance en eux. Je me trouve belle avec ma poche. Bien sûr, il m’a fallu des années de persévérance et de travail sur moi pour en arriver là. J’ai la sensation d’arriver à dire haut et fort ce que certaines personnes gardent au fond d’eux.

Le 5 janvier dernier, j’ai lancé sur Facebook le challenge #love my bag (“j’aime ma poche !”) en publiant une photo de moi et en incitant les personnes “stomisées” à en faire autant. J’ai déjà reçu plus de mille clichés… 

C’est incroyable le retour et l’amour que je ressens chez les personnes qui souffrent du même handicap que moi. Aujourd’hui, je le reconnais, les réseaux sociaux sont devenus indispensables à mon quotidien. Cela me permet de partager. Le partage est une valeur primordiale dans ma vie. »

Alicia COMET

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