France Dimanche > Témoignages > "Chirurgien et magicien"

Témoignages

"Chirurgien et magicien"

Publié le 3 mai 2011

"Dans la vie, rien n'est acquis et surtout pas le bonheur. En un instant, il peut disparaître, transformant notre existence en cauchemar. C'est l'amère expérience que j'ai connue, il y a 20 ans. A cette époque, j'avais tout pour être heureux : une remarquable carrière de chirurgien m'avait permis de devenir chef du service de chirurgie plastique de l'hôpital de Bordeaux, l'amour de mon épouse et de mes deux enfants me comblaient, et les différentes missions humanitaires auxquelles je participais en Afrique me procuraient la satisfaction d'être utile aux plus démunis.

Mais au printemps 1990, mon bel univers s'écroule. J'apprends que mon fils Loïc, alors âgé de 5 ans, souffre d'une grave leucémie. Commence alors un combat de quatre longues années, dont il ne sortira, hélas, pas vainqueur. Ce fut une épreuve terrible, mais qui a quand même eu un mérite : elle m'a permis de réaliser à quel point les enfants malades s'ennuyaient pendant leur hospitalisation, et combien il était urgent d'agir pour les divertir. Lorsque mon fils n'était pas terrassé par la fatigue, il n'avait d'autre choix que de s'abrutir à coup de télévision, comme tous les autres petits patients du service.

A Marseille, le 3 février 2010 

Quelques mois après le décès de Loïc, j'ai donc décidé de redonner vie à la passion qui m'habite depuis tout jeune en devenant magicien pour les enfants hospitalisés ! Chaque mercredi pendant deux ans, j'ai reçu l'enseignement d'un “maître magicien“, qui m'a appris les techniques de manipulation des cartes, balles, foulards et autres cordelettes. Ensuite, mes connaissances devaient être jugées par un “Cercle Magique“, constitué de professionnels réputés. Ils m'impressionnaient, et j'ai eu encore plus le trac que lorsque j'ai passé mes examens de médecine ! Heureusement, ils ont su me rassurer et j'ai pu leur présenter les tours que j'avais préparés. On m'a alors remis ma baguette magique officielle. J'ai aussitôt pensé à mon fils. La joie que je ressentais, je voulais la partager avec lui.

Quelque temps plus tard, j'ai fait mes premiers pas à l'hôpital de Bordeaux. Tout le personnel de l'établissement m'a encouragé, jugeant mon initiative formidable. Pourtant, à l'heure de pénétrer dans la chambre du premier enfant qui attendait son spectacle, de terribles doutes m'ont assailli. Je suis entré, c'était un jeune garçon de 7 ou 8 ans, recroquevillé au fond de son lit. Il ne bougeait et ne parlait presque plus. Me rapprochant de lui, je lui ai alors proposé un tour de balles mystérieuses. Il a hoché la tête pour me donner son accord, et j'ai commencé mes manipulations. Au fur et à mesure que mes balles multicolores disparaissaient et réapparaissaient, j'ai vu ses yeux s'écarquiller. Puis un léger sourire s'est affiché sur son visage, il s'est redressé et a tendu ses mains vers moi. Ça voulait dire : “Maintenant, tu vas m'apprendre à faire la même chose !“. Et là, l'émotion m'a envahi : ne serait-ce que quelques instants, j'avais réussi à lui faire oublier sa maladie, à lui redonner un peu de gaieté et de courage ! Mission accomplie !

En douze ans d'animation, j'ai ainsi rendu visite et apporté un soutien régulier à des milliers d'enfants de l'hôpital de Bordeaux. Il y a deux ans, cédant à l'envie de rejoindre les rives de la Méditerranée, je me suis installé à Marseille. Et ce sont dorénavant les petits malades de l'hôpital de La Timone que je m'efforce de divertir.

Le Professeur Martingale, comme l'on me surnomme, a créé récemment l'association Magic Hôpital. J'espère désormais récolter des fonds pour créer une école de magie réservée aux jeunes patients, et mettre en scène, avec eux, des numéros aussi ambitieux que celui des tables volantes ! Ma devise ? S'il y a une volonté, il y a toujours un chemin.

[box type="info" style="rounded"]Il en parle peu car il est modeste.

Entre 2004 et 2006, le professeur Martin a réalisé deux premières mondiales. Il a en effet réalisé deux opérations chirurgicales en apesanteur. La première, sur une artère de rat qu'il a suturée, et la seconde, sur un patient humain, qu'il a opéré d'une tumeur graisseuse.

Deux prouesses qui permettent à des industriels de travailler sur des protocoles d'interventions chirurgicales dans l'espace. Et, pour le coup, ce n'était pas de la magie, mais de la médecine de haut vol.[/box]

Propos recueilli par Thierry Lopez

À découvrir

Sur le même thème