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"Claude François a brisé ma jeunesse !"

Publié le 29 mars 2013

Ce fan de Cloclo ne vivait que pour son idole. L’annonce de sa mort, le 11 mars 1978, il y a trente-cinq ans, fut un choc dont il ne s’est jamais remis.

« Je n’oublierai jamais la date du 11 mars 1978. Ce jour-là, j’avais 21 ans, j’étais à mon travail, dans un grand magasin de bricolage. Soudain, la nouvelle est tombée : Claude François venait de mourir. Ç’a été un peu mon 11 septembre à moi. J’ai dû m’asseoir. Ce n’était pas possible. Une telle figure qui disparaissait… Impensable ! Quand je suis rentré, après mon boulot, j’ai pris conscience que c’était vrai. Et mon existence a basculé.

Je ne vivais que pour lui, pour le voir, pour l’attendre devant ses bureaux. Il était mon oxygène. Sa perte a été une immense déchirure. En mourant, Claude a brisé ma jeunesse, il a tué ma joie de vivre. À l’époque, je n’ai même pas pu assister à ses obsèques. Terrassé par la nouvelle, je suis tombé malade. Encore maintenant, quand je revois les images de l’enterrement, j’ai l’impression que c’est un membre de ma famille qui s’en est allé.

Sacrifice

Dès l’âge de 6 ans, j’ai tout de suite adoré son dynamisme, sa gaieté. J’aimais les yé-yé : Sheila, Sylvie, Dalida, Johnny… Mais prenez Dalida : impossible de ne pas sentir son malaise en entendant ses chansons. Tandis que lorsque j’écoute Claude, ce n’est que du bonheur. N’importe laquelle de ses chansons me met en joie. À 10 ans, j’ai commencé à collectionner tout ce qui avait trait à sa vie. Mon cartable débordait des magazines Podium. Un jour, quand j’avais 12 ans, j’ai décidé de changer de prénom. Je m’appelais José et mon nom de famille était Claude. On ne m’appelle plus que Claude depuis…

Après sa disparition, je suis devenu encore plus fan. Je me suis immédiatement offert un magnétoscope afin de récupérer le plus d’images possible de lui. Toujours plus dévoué, j’ai continué à acheter ses disques. Hélas, c’était différent ! L’artiste n’était plus là : plus de concerts, plus d’apparitions publiques… Alors j’ai décidé de combler le manque avec des objets… Disques, cassettes, posters, livres, revues, dès que son nom apparaît quelque part, même dans un tout petit article, j’achète. J’ai des rabatteurs chez les libraires. Je me souviens du numéro de France Dimanche dans lequel Claude François nous parlait depuis l’au-delà. Ça a donné de l’espoir à ses fans, ça nous a mis du baume au cœur.

L’artiste n’était pourtant pas toujours un personnage sympathique. Un mois avant sa mort, je l’ai vu à Liège, au Country Hall. On l’a attendu jusqu’à 4 heures du matin. Il était odieux. Il nous a à peine regardés. Une autre fois, en 1975 je crois, lors d’un concert gratuit, il a chanté la moitié du show en tournant le dos au public. Ah, il avait un sacré caractère ! Mais cela ne me dérangeait pas : cet aspect faisait partie du personnage.

Pour mes 50 ans, ma mère m’a offert des lettres en fer forgé à placer sur la façade de ma maison. Je n’ai aucune honte à afficher ma fidélité. Pourtant, celle-ci a un prix : certaines cassettes coûtent 200 ou 300 euros. Quant à la construction d’une vie familiale, ç’aurait été un trop grand sacrifice… Aujourd’hui encore, trente-cinq ans après sa mort, je guette tous les médias qui parlent de Cloclo. Ma mère, qui a 96 ans, se moque de moi : “Je ne fais pas tant d’histoires pour Tino Rossi”, me dit-elle. »

Propos recueilli par Cyril Bousquet

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