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Colette Maze : “Au service de la mémoire de Debussy !”

Publié le 29 juin 2018

A 104 ans le 16 juin dernier, cette femme incroyable joue du piano tous les jours et vient d’enregistrer un quatrième CD de son musicien préféré.

«Le secret de ma longévité tient en quatre mots : le vin, le fromage, le chocolat et … Debussy.

Bourguignonne par mon père, je suis habituée à boire un verre de bon vin chaque jour.

Le vin, c’est comme une fleur qui sent si bon. Le fromage est mon péché mignon depuis toujours : que ce soit le roquefort, le brie ou le camembert !

Et le chocolat noir, j’aime cela depuis que je dégustais toute petite des petits ballotins en cachette.

Quant à Debussy, dont nous fêtons cette année le centenaire de la disparition, il est tout simplement ma nourriture spirituelle quotidienne. Je ne m’en lasse pas.

Chaque matin, je me mets au piano (ici, il y en a trois, mais j’utilise surtout le Steinway) et je joue une partition qui me relie aux forces invisibles de l’univers.

Je suis alors en communion avec la nature. Debussy ne disait-il pas : “La musique est partout. Elle n’est pas enfermée dans les livres. Elle est dans les bois, dans les rivières et dans l’air…

Je n’avais que 3 ou 4 ans lorsque j’ai commencé le piano en écoutant mes jeunes voisins du dessus qui jouaient des petites ritournelles.

Je tendais l’oreille et reproduisais la musique que j’entendais du palier.

Mes parents ont vite compris que j’étais douée, même si je ne faisais travailler que mon petit doigt droit.

J’ai ensuite été initiée et j’ai créé mon jardin musical.

Au départ, j’ai eu des profs quelconques qui ne m’ont pas marquée.

A 15 ans, je suis entrée à l’école normale et c’est Alfred Cortot qui m’a placée dans la classe de Jeanne Blancard.

J’étais comblée de travailler avec des pédagogues aussi prestigieux que Nadia Boulanger qui m’enseignait l’histoire de la musique et Alfred Cortot, les cours d’interprétation.

C’est lui qui avait fondé la belle école normale de musique de Paris.

Avec le recul, je m’aperçois que le véritable homme de ma vie est Claude Debussy.

C’est comme cela, on n’y peut rien.

Cette sensibilité joyeuse qu’il offre dans sa musique m’enthousiasme chaque jour et me donne cette force de vie.

J’ai un besoin physique et auditif de jouer, même si je sais que chaque matin, tout est à refaire.

Je ne pratique pas qu’une demi-heure par jour… Plutôt quatre ou cinq heures !

Il y a une discipline dans tout et je m’y astreins avec bonheur.

Pour un pianiste, c’est bien de lever les doigts mais, au bout d’un moment, il a des crampes.

Moi, je joue avec une grande décontraction et je ne bloque pas les épaules… Je pourrais jouer dix heures de suite !

A l’unisson

Mon fils qui est un mélomane averti trouvait que j’apportais quelque chose de différent dans mon interprétation des œuvres de Debussy.

C’est lui qui m’a encouragée à enregistrer (à la maison), dès 2001, le premier et second cahiers des Préludes.

Et puis j’ai enchaîné en 2006, 2016 et 2017 avec deux autres CD.

En avril dernier, le quatrième album dédié à Claude Debussy est sorti, à l’occasion du centième anniversaire de sa mort.

Par la suite, tout s’est emballé : une interview dans Le Parisien, une télé et surtout une petite vidéo de moi a été vue plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux.

Le magazine de la santé sur France 5 m’a consacré un reportage et les télévisions britannique (BBC) et japonaise sont venues me voir et m’entendre jouer.

Il paraît que le dernier CD circule aux États-Unis et se vend bien en Thaïlande. Une vraie traînée de poudre…

104 ans de piano, label Continuo Classics.

Si cela n’avait tenu qu’à moi, je crois que je serais restée dans l’ombre. Je pense que c’est mon fils qui m’a créée [Rires].

Je suis avant tout au service de la mémoire du très grand musicien qu’était Claude Debussy.

Je n’ai pas d’ego et je n’aime pas trop me mettre en avant. Mais je me suis vite prise au jeu. Et il paraît que j’ai encore progressé techniquement depuis dix ans.

Je ne compte pas m’arrêter là et je travaille sur un prochain enregistrement d’une série de petites pièces moins connues comme un Nocturne pour piano et les deux Arabesques qui sont des œuvres de jeunesse magnifiques de mon compositeur préféré…

Ensemble, nous allons encore tanguer à l’unisson dans le cosmos ! »

Alicia COMET

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