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David : “Moi, ex-bandit, aujourd’hui comédien…”

Publié le 4 août 2017

À 43 ans, David a passé 
dix années de sa vie 
en prison, notamment pour des braquages de banque.

David Desclos, Paris

Aujourd’hui sorti d’affaire 
et père de trois enfants, David monte sur les planches* et évoque son histoire rocambolesque !

«En faisant un tour de France carcéral, j’ai passé dix années de ma vie derrière les barreaux… Aujourd’hui, je rêve de faire le tour de France des théâtres ! Belle reconversion, non ?

Je suis né dans une banlieue déshéritée du nord-est de Caen. Mes parents étaient au chômage, et mon père buvait. Avec mon petit frère, on a commencé très jeune à traîner dans le quartier populaire de la Pierre-Heuzé. Au début, on chapardait pour manger. À l’âge de 8 ans, avec ma bande, on pratiquait le vol à l’étalage dans les supérettes.

À l’adolescence, comme on rêvait de s’habiller avec des vêtements de marque, on remplissait dans les grands magasins nos sacs à dos de jeans 501, de baskets. Et puis ce fut l’escalade. S’ensuivirent les vols en filouterie. Pour cela, on s’introduisait dans les bureaux la journée afin de forcer des coffres-forts. Toujours sans arme ni violence. On récupérait la caisse des boulangers, des fleuristes. On aimait l’argent facile !

Bien sûr, je me suis fait prendre. À plusieurs reprises, ma mère a été convoquée par le juge des enfants. Elle jurait haut et fort qu’elle allait trouver une solution et réussissait à le convaincre de ne pas nous envoyer au trou. Mais à 17 ans, j’étais plus grand, toujours pas calmé. J’ai donc atterri en prison.

Derrière les barreaux, je retrouvais des gars d’autres bandes rivales. Et l’on formait de nouvelles alliances de circonstance. Plus je grandissais, plus j’étais malin. Mais surtout, je ne pensais qu’à ressortir et recommencer mes cambriolages. D’ailleurs, je n’étais bon qu’à ça. Il faut dire que j’étais l’un des meilleurs voleurs du quartier.

Au fil du temps, je me suis spécialisé dans la neutralisation de systèmes d’alarme. Très pratique pour accéder aux coffres des succursales de banque avec des chalumeaux découpeurs ! À l’époque, je n’avais peur de rien. Et j’étais fier d’être comparé à Arsène Lupin plutôt qu’à Jacques Mesrine…

À 24 ans, j’ai décidé de faire un dernier gros casse. En 1998, avec six autres copains, on a creusé un tunnel pendant quatre mois, des égouts jusqu’au siège social de la Société générale de Caen. Tout près du but, après avoir dégagé les 20 premiers centimètres du mur de l’agence, la nouvelle alarme mise en place a retenti. Deux d’entre nous ont été présentés au commissariat. Lors de mon transfert vers la maison d’arrêt, j’ai réussi à m’évader. Un an de cavale avant de me rendre et d’écoper de huit ans de prison pour le creusement du tunnel !

C’est pendant ma longue incarcération que j’ai commencé à écrire plusieurs spectacles, le synopsis d’une série télévisée, des scénarios.

Déclic

VapL’idée m’est venue très simplement : pendant les promenades quotidiennes, les gars me demandaient souvent de leur raconter mon évasion, mes mois de cavale… À chaque fois, ils étaient morts de rire quand j’évoquais ces épisodes rocambolesques de mon passé. J’ai eu le déclic. Pourquoi ne pourrais-je pas faire rire le public sur une vraie scène ?

En janvier 2005, je sors de taule en libération conditionnelle, travaille comme éboueur à la ville de Caen et me rends chaque week-end à Paris pour présenter mon spectacle sur les différentes scènes de la capitale. Je rencontre alors Nora, qui va devenir ma femme et la mère de mes trois enfants. Il est temps que je rentre dans le rang pour leur prouver que je ne suis pas irrécupérable !

Pendant un an, je rode mon spectacle. Je suis propre, définitivement rangé des voitures. Puis je fais la connaissance du rappeur et acteur Stomy Bugsy, qui me propose de mettre en scène mon one-man-show, dans lequel je me présente avec mon vrai numéro d’écrou (n° 22.249). Le message est clair. Je dis aux spectateurs : “Choisissez le droit chemin, car c’est le seul par lequel on ne se fait jamais attraper !”

Et aujourd’hui, toute ma fierté est de constater que beaucoup de jeunes ex-délinquants viennent me voir sur scène. Même les responsables de la protection judiciaire de la jeunesse de Pontoise sont venus m’applaudir… »

* "Écroué de rire", au théâtre du Gymnase, 
à Paris.

Alicia Comet

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