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Denis Castin : “Notre accompagnement doit permettre aux sans-abri de retrouver goût à la vie”

Publié le 6 mai 2017

Cet ancien ingénieur Denis Castin 
a fondé avec un collègue l’association 
"Toit à moi", il y a dix ans. 
En leur trouvant 
un logement, ils les aident 
à se réintégrer. 
Une initiative qui prend 
de l’ampleur.

« Depuis tout petit, je suis indigné par le sort des personnes contraintes de vivre dans la rue. En 2007, alors que j’étais en train de boire un café à la terrasse d’une brasserie du centre-ville, un SDF est venu faire la manche… En lui donnant une pièce, je me suis dit que si on était plusieurs à faire ce geste régulièrement, on pourrait certainement le loger et l’aider. J’en ai parlé à un collègue, Gwenaël Morvan, et nous avons fondé ensemble l’association Toit à moi.

Son but ? Trouver et regrouper des particuliers qui font de petits dons réguliers ; ces dons se cumulent et permettent de financer l’achat d’appartements dans le parc privé. Grâce à 100 personnes qui donnent 20 € par mois, nous pouvons acquérir un logement, en remboursant un emprunt immobilier sur cinq ans. Ces “parrains” bénéficient d’une réduction d’impôt de 75 %. Au final, le don mensuel de 20 € revient à 5 €, soit seulement 1 € par semaine !

VAP 3682 GWENAEL Cette association parraine des SDF et aide à les sortir de la rue
Cette association parraine des SDF et aide à les sortir de la rue

Étincelles

L’idée de Toit à moi est d’abord de loger les personnes sans domicile pas seulement pour l’hiver mais tout le temps que dure leur réinsertion. En échange, elles versent à l’association un petit loyer correspondant, à quelques euros près, au montant de l’aide au logement qui leur est versée : ainsi, nous les responsabilisons afin qu’elles se sentent vraiment chez elles.

Mais elles ont souvent d’autres problèmes : familiaux, administratifs, d’addiction, ou de santé… Pour les aider à se reconstruire socialement et professionnellement, nous leur proposons un accompagnement personnalisé. Financé par des entreprises mécènes, ce suivi est effectué par un accompagnateur social professionnel d’une part, et des bénévoles, d’autre part. Ces derniers partagent de bons moments avec les bénéficiaires : boire un café, prendre un repas, aller au ciné ou au concert, partir en virée à la mer…

C’est notamment grâce à ces nouveaux liens sociaux que les personnes s’intègreront peu à peu dans la société et pourront quitter le monde des exclus. Notre accompagnement doit surtout permettre aux sans-abri de reprendre goût à la vie. Pour cela, Toit à moi crée autour d’eux des “étincelles” en travaillant sur leur bien-être (soins, beauté…), l’accès à la culture… Et le déclic de réinsertion va naître d’une de ces propositions.

VAP 3682 GWENAEL MORVAN A CREE TOIT A MOI UNE ASSOCIATION QUI VIENT EN AIDE AUX SDF ET SANS ABRISMais évidemment, il n’y a pas de recette miracle. Prenons l’exemple d’un de nos accompagnés, qui souhaitait devenir agriculteur. Nous avons travaillé son projet de wwoofing [ndlr : en échange d’un travail dans une ferme, on est hébergé, nourri et formé] dans une exploitation bio au Canada. Il a fini son séjour et est revenu. Cette expérience lui a permis de reprendre confiance en lui. Aujourd’hui, il suit une formation en alternance pour décrocher un diplôme d’agriculteur.

Basée à Nantes, Toit à moi est désormais implantée dans trois autres villes de France : La Ferté-sous-Jouarre et, tout récemment, Toulouse et Angers. L’association vient d’acheter son quinzième appartement et compte sept salariés, une vingtaine de bénévoles et 650 parrains qui se sont regroupés pour aider durablement des sans-abri. Gwenaël et moi avons d’abord été bénévoles, puis, en 2011, nous avons quitté nos emplois respectifs pour nous consacrer pleinement à l’association.

Pascal, ancien sans-abri, invite des bénévoles de Toit à moi, chez lui, dans son appartement acheté par l'association.
Pascal, ancien sans-abri, invite des bénévoles de Toit à moi, chez lui, dans son appartement acheté par l'association.

Rupture

À ce jour, une quarantaine de personnes ont été logées et accompagnées par Toit à moi. Chaque bénéficiaire reste en moyenne entre deux et trois ans dans un appartement avant de laisser sa place. Le public accueilli est très hétérogène : cela peut être une personne qui vit depuis longtemps dans la rue, très désocialisée, comme un jeune couple sans ressources, ou une jeune fille en rupture familiale…

Certes, notre action ne fonctionne pas à tous les coups, mais les résultats sont là : 90 % d’entre eux retrouvent ensuite un logement, plus de 70 % un boulot dont plusieurs en contrat à durée indéterminée (CDI). Nous souhaitons amplifier notre action et essaimer sur tout le territoire national. Mais pour cela, nous avons vraiment besoin de donateurs ponctuels ou réguliers (nos parrains et marraines) et de bénévoles.

Je ne regrette pas du tout mon choix de reconversion professionnelle. S’occuper des autres, ce n’est que du bonheur ! »

Pour en savoir plus et pour soutenir Toit à moi, rendez-vous sur le site : www.toitamoi.net

Florence Heimburger

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