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“Des Japonais ont volé mon invention !”

Publié le 14 octobre 2013

Nicole, Orléans (Loiret)

Cette kiné retraitée de 75 ans accuse Nintendo, la multinationale japonaise, d'avoir contrefait l'une de ses créations. Et réclame un euro par machine vendue par firme nippone.

« Cet appareil, c’était mon bébé ! J’ai en effet inventé une machine qui soulage les maux du dos sans effets secondaires. Une invention extraordinaire qui m’a été volée par les Japonais de la société Nintendo. Je ne vais pas me mettre à pleurer, même si je n’en suis pas loin !

Au départ, je suis kiné et masseuse, mon rêve de gamine. Plus tard, je fais une formation d’ostéopathe, dont j’obtiens le diplôme en Grande-Bretagne en 1982. J’ai toujours côtoyé des gens qui avaient mal au dos et j’ai eu envie de trouver une solution. En mai 1983, j’ai un flash et fabrique de mes mains un objet qui, lorsqu’on monte dessus, permet de restaurer la verticalité du corps et donc l’équilibre. De forme carrée, il est constitué de deux plaques de bois rigides de 40 cm superposées et reliées entre elles par quatre ressorts.

J’ai travaillé pendant de longues heures pour mettre au point ce double plateau mobile. Lorsqu’on est debout, on tient grâce à trois points d’appui sous chaque pied. Grâce à cet appareil, en s’exerçant deux ou trois minutes par jour, on retrouve ces points et, à terme, les douleurs dorsales ou lombaires s’atténuent.

Un éditeur de livre me conseille de déposer un brevet, ce que je fais en septembre 1985. Et l’année suivante, cerise sur le gâteau, je remporte la médaille de bronze au concours Lépine des inventeurs. À l’époque, je suis vraiment heureuse car c’est une reconnaissance du bien-fondé de mon appareil. J’ai alors réussi à le faire fabriquer en petite quantité. Hélas, je ne suis ni médecin ni ingénieur et, en plus, je suis une femme. Du coup, les fabricants restent parfois un peu sceptiques. Mon modèle n’est alors pas très perfectionné, mais j’en vends tout de même 2 000 exemplaires.

Je veux améliorer ce prototype grâce à des capteurs qui enregistrent le poids lors de l’exercice. Je dépose donc un nouveau brevet en 2006 pour cette invention, que j’intitule le Lift-gym.

Brevet

Deux ans plus tard, un de mes bons amis me signale que “mon” appareil passe en boucle à la télé sous la marque Nintendo… Ma fille m’assure qu’il s’affiche aussi dans le métro. Je n’en reviens pas ! La Wii Fit est née… C’est une machine qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la mienne, même si celle-ci n’a pas de ressorts. Au départ, je ne suis pas en colère, je reste surtout incrédule, car j’ai bel et bien déposé un brevet auprès de l’Institut national de la propriété industrielle.

Je consulte alors le service des fraudes qui me conseille de prendre rendez-vous avec un avocat, car mon système a tout simplement été copié par ces Japonais ! Je les accuse de contrefaçon de brevet. Quand je pense qu’ils ont vendu au cours de l’année 2009 plus d’un million de ces appareils en France et plus de six millions aux États-Unis ! Jusqu’à présent, la firme nippone a refusé de me dédommager, et la procédure a été interrompue car je n’avais pas encore obtenu de brevet européen pour mon invention. Mais le 1er juillet dernier, je l’ai reçu, et l’affaire devrait reprendre son cours devant les tribunaux.

Cela fait trente ans que je travaille sur ce projet. C’est toute une vie de labeur qui passe à la trappe ! Si je récupère ne serait-ce qu’un euro sur chaque vente, je me sentirai dédommagée… En tout cas, je ne suis pas près de lâcher le morceau ! Même à 75 ans… »

Propos recueilli par Alicia Comet

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