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Dorothée Cambier : “Peindre sous l’eau me rend tellement heureuse !”

Publié le 29 septembre 2018

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Depuis qu’elle a découvert l’art subaquatique, un monde nouveau s’est ouvert à elle. Elle nous révèle ce qu’elle ressent dans l’élément liquide avec ses pinceaux.

«Il y a un an et demi environ que j’ai commencé l’art subaquatique.

C’est mon père qui m’a transmis sa passion de la peinture.

Notre famille était dans le textile, papa avait repris l’usine de filature de mon grand-père à Renaix, en Belgique, ma ville natale.

Après mes études à Saint-Luc, une célèbre école d’art à Tournai, je suis devenue architecte d’intérieur. 

J’ai travaillé pendant huit ans pour une décoratrice belge, puis j’ai volé de mes propres ailes.

J’ai adoré ce métier, mais il était trop stressant.

Au bout de quatorze ans, j’ai donc quitté la ville pour la campagne.

Mes deux fils, Grégoire et Clément, étaient petits, alors j’ai donné des cours de peinture à des enfants, puis à des adolescents.

Ensuite, j’ai enseigné le lâcher-prise aux hommes d’affaires, en leur apprenant à peindre avec leur ressenti. 

Par la suite, Nathalie, une amie, est arrivée avec une belle idée : ouvrir un atelier de peinture pour des personnes autistes, ou différentes.

Je l’ai aidée à créer son association privée, Kunst plus [“art”, en néerlandais et en allemand, ndlr].

Et j’y suis restée trois ans.

Mais, j’avais envie de reprendre ma place dans mon atelier, et de retrouver mes pinceaux.

Evidence

L’autre élément indispensable à ma vie, c’est l’eau.

Dès l’âge de 7 ans, j’allais souvent à la mer.

Pendant des années, j’ai géré un club de voile, donné des cours de planche à voile, de bateau…

Je nage tous les matins, du mois d’avril jusqu’en octobre.

C’est vital pour moi.

Avec ma combinaison, mes petites palmes, je pars en mer ou dans ma piscine étang, située devant mon atelier.

Sans chlore, elle s’autonettoie grâce à des plantes. Il y a même des poissons !

Mais je n’avais pas encore pris de cours de plongée. 

Comme ma famille me le permettait, j’ai pu, enfin, assouvir cette envie.

Aujourd’hui, avec ma bouteille, je descends jusqu’à 20 m.

Pendant nos vacances en Espagne, après ma première plongée dans les profondeurs, avec le soleil, le calme, le déclic est arrivé comme ça.

J’ai pensé : “Il faut que je peigne sous l’eau !

C’était comme une évidence. 

Quand il fait beau, je travaille sous l’eau, sinon, je reste dans mon atelier.

Selon mes joies ou mes tristesses, j’ai développé trois styles : l’expression, le moderne et le subaquatique. 

Mais comment est-ce possible d’un point de vue technique ?

Sur le chevalet alourdi avec du plomb, utilisé surtout en piscine, je place ma toile en lin, lestée aussi, que j’ai imperméabilisée avec un produit fixatif.

J’utilise une peinture à l’huile de qualité.

Je prépare ma palette en fonction du temps, de mes humeurs, et je mélange moi-même mes couleurs.

Je dispose d’une heure d’autonomie, c’est le temps imparti avant de remonter à la surface.

J’attends que la peinture sèche avant de retoucher à la toile, mais toujours sous l’eau.

Pour un tableau, je redescends quatre à six fois, minimum. Ce sont les différentes couches qui créent le relief.

Avant de plonger, je prépare ma bonbonne, mes palmes, le masque, le détendeur et les bottines.

Pour tout lester, j’évalue le nombre de kilos de plomb en fonction de l’eau, salée ou non, sans oublier la ceinture sur laquelle j’accroche tous mes ustensiles.

J’ai toujours plusieurs gants pour la main droite, car je peins avec le doigt.

Pour changer de couleur, j’utilise un autre gant, tout en évitant de tacher ma combinaison.

Je range mes peintures dans un petit sac, que je referme après chaque utilisation, sinon tout remonte à la surface.

En mer, c’est compliqué de porter le matériel, il faut être deux. Lors de ma dernière plongée à 10 m, j’ai peint couchée, sans support. 

Dans ma piscine de 1,60 m de profondeur, je m’équipe en plus de boîtes en plastique pour ranger mes affaires et je tiens ma palette de couleurs dans la main gauche.

Bercée

Immergée, j’ai l’impression d’être un poisson dans l’eau, je ressens une véritable légèreté.

Quand on se sent sécurisé par une atmosphère, on est en connexion avec son âme, et la création pure se libère.

Sous les flots, on est bercé par le ressac, le sable peut rentrer dans le tableau.

Les éléments se mélangent et je suis au plus proche de la nature, beaucoup plus que dans ma piscine naturelle.

Je me libère de ma grotte intérieure et de mes maux.

Grâce à la respiration, le corps est calme et oxygéné, il se décharge de la pollution et du stress.

Il entre en symbiose avec ce qui l’entoure. 

C’est mon chemin personnel, commencé il y a quelques années, qui m’a amenée doucement vers cet art sous l’eau.

Quand je descends, ce qui me fascine ce sont ces bulles aluminium d’oxygène qui remontent, c’est d’une beauté incroyable.

Et ce reflet du soleil qui transperce la mer, quel bonheur !

J’encourage à découvrir et à respecter les fonds marins, mais ma principale motivation est de tout faire pour lutter contre la pollution.

Alors, s’il vous plaît, arrêtez d’abîmer les océans.

Regardez la nature autour de vous, et ce qu’elle nous offre, et cessez de la souiller.

C’est pourquoi, à chacune de mes plongées, je remonte avec un grand sac, chargé de conserves, de morceaux de verres, de plastique… »

https://dorotheecambier.eu

Anita BUTTEZ

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